USA 11 : Chesapeake – Bahamas

Classé dans : Atlantique Nord, USA | 3

HCela fait plus d’un mois que Michel a contacté différentes marinas de Floride et des Bahamas pour laisser Spica début décembre. Mais pas de réponse, ou des réponses négatives, ou des réponses à des prix indécents. On sait que la côte sud est des Etats Unis et certaines îles des Bahamas ont été partiellement touchées par les différents ouragans de cet automne, mais il est très difficile d’obtenir une information précise sur l’état des marinas. Cette incertitude devient pesante car deux options s’offrent à nous : soit laisser le bateau en Floride, ce qui nous oblige à quitter les Etats-Unis au plus tard le 1er mars, date d’expiration de notre cruising permit ; soit le laisser aux Bahamas, ce qui nous laisse plus de temps en France. On passe une matinée entière à pointer les marinas du nord des Bahamas. Parfois, c’est un peu folklorique, comme avec celle qui nous convenait sur le papier mais qui, au moment de réserver, nous a incidemment indiqué qu’on ne pourrait sûrement pas y accéder, le chenal d’entrée ayant été bouché par l’ouragan Matthiew! Après plusieurs échanges téléphoniques, un accord est enfin trouvé avec l’une d’entre elles, sur Grand Bahama. Ensuite il faut trouver les billets d’avion, sachant qu’il n’y a pas d’aller-retour en continu possible (il faut faire un stop d’une nuit à Miami, Atlanta ou Amsterdam – on retiendra Miami). On enclenche donc le compte à rebours et on n’est pas très large pour parcourir les 700 miles restant, faire un peu de tourisme au passage, anticiper sur un ou deux fronts froids et avoir le temps de nettoyer le bateau. François Gabart, sur son multicoque géant, mettrait certes moins d’une journée, mais nos meilleures journées sont quand même à 220 milles, donc confiance!

Beaufort

Partis au petit matin de Norfolk emmitouflés dans nos duvets, on sort de la baie de Chesapeake par son estuaire, très large mais barré par un gigantesque pont, le Bay Bridge, qui plonge en tunnel au milieu pour laisser le champ libre aux bateaux de tous tonnages qui naviguent en baie de Cheasapeake.

On double le Cap Hatteras au moteur sur une mer calme et on arrive à Beaufort en Caroline du Nord, de nuit. On est bien contents de connaître le coin, car le chenal d’accès serpente entre les bancs de sable, dans un festival de bouées et alignements clignotants, et un fort courant. On s’amarre à 21h au ponton de Town Dock Marina, avec un accueil toujours aussi cordial le lendemain, et toujours la voiture de courtoisie pour faire les courses. C’est la veille de Thanksgiving et la ville est toute décorée. Il recommence à faire une température agréable et c’est la première fois qu’on ne met plus le chauffage. C’est presque le sud! Il faut dire qu’en 24h, l’eau est passée de 11 à 25 degrés!

Charleston

La deuxième étape est beaucoup plus dure: contrairement aux prévisions qui annonçaient sur toutes les sources 15 à 20 nds de N, le vent monte rapidement dans la soirée, jusqu’à 27-28 nœuds établis avec des pointes à plus de 30, et une mer hachée nous obligeant à prendre un puis 2 ris. Heureusement c’est du portant et ça file vite, record du bateau battu à 20,9 nds, avec un léger courant contre, et 220 milles au compteur en 24h. On arrive à Charleston à midi. La marina municipale située près du centre ville étant complète, nous avons réservé à Charleston Harbour Marina, de l’autre côté de la rivière, à Patriot Point sur Hog Island. C’est un bon choix, belle marina bien tenue, intégrée à un bel hôtel avec piscine extérieure chauffée, dont nous pouvons profiter. Un service de navette très pratique et gratuite relie l’hôtel à Charleston. Nous y partons tout de suite.

Ville ancienne qui damait le pion à La Nouvelle Orléans avant la guerre d’indépendance, Charleston a tiré sa richesse de l’exploitation de l’esclavage dans les cultures de riz, en particulier. Elle est l’une des premières à avoir pris les armes pendant la guerre de sécession, à Fort Sumter, à l’entrée de la baie.  Elle n’a pas été épargnée par les destructions (incendies, ouragans et un séisme dévastateur) mais s’est toujours relevée. Elle a beaucoup de charme avec ses belles demeures à colonnades, ses bâtiments officiels en forme de temples grecs, son marché central, ses nombreux parcs et monuments à l’honneur des confédérés.

 

 

 

Elle ne semble pas avoir réglé ses problèmes de racisme, si on se souvient de la tuerie de 2015 et des destructions récentes des monuments à la gloire des confédérés. Aujourd’hui, l’ambiance est un peu particulière, c’est Black Friday et il y a un monde fou dans les rues : touristes en calèches, vacanciers prenant d’assaut les boutiques et les restaurants, qui font honneur à ce qui est, paraît-il, une des premières destinations touristique des USA. On flâne toute l’après-midi et on rentre après un diner de cuisine locale.

Le lendemain Michel visite le porte-avion de la deuxième guerre mondiale, exposé à Patriot Point (impressionnant!), pendant que Christine bosse à distance. Et l’on profite de la piscine chauffée de l’hôtel, pas désagréable après tous ces jours de froid.

 

Cap Canaveral

Cette étape ne s’impose pas de prime abord : pas de ville à proximité, aucune possibilité de mouillage, peu de place dans les deux petites marinas, au milieu du 2ième port de paquebots au monde (jusqu’à 9 en simultané, remplis de milliers d’américains qui font des croisières de 4 jours au départ de New York jusqu’aux Bahamas, et d’ici vont visiter le parc Disney d’Orlando dans l’après-midi !). L’attrait du Kennedy Center et la possibilité de faire les formalités de sortie des USA pas trop loin du bateau font pencher la balance.

Dès la sortie du chenal de Charleston, on se retrouve au près dans une mer agitée. En prenant un ris, à la lumière du projecteur avant, Christine se rend compte que le bout-dehors s’est arraché et chalute entre les deux coques. Ce problème potentiel avait été identifié à La Grande Motte. Outremer avait modifié la pièce, mais nous n’avions pas trouvé de point fixe pour nous la faire expédier. Heureusement, nous avions mis un bout-fusible pour l’attacher à la martingale (la pièce qui met en tension la poutre avant pour compenser la traction de l’étai). Ce fusible a joué son rôle, la martingale est intacte sans fragilisation de la structure, d’autant que les rivets qui tenaient le bout-dehors sur la poutre ont également explosé. Moyennant un peu d’acrobatie sous les embruns, on remonte la pièce avant de la saisir sur le trampoline.

Nous voilà privés du gennaker et du code zéro qui s’amurent sur le bout-dehors, mais un bon vent est annoncé, nous ne devrions pas trop en souffrir et nous aurons tout le temps aux Bahamas de faire la réparation. Et nous n’aurons pas à démonter la pièce avant de la changer, c’est fait!

Après cette frayeur, on continue l’étape avec un vent portant qui faiblit avant d’arriver, en nous obligeant à nous appuyer au moteur. A la pointe de Cap Canaveral, on aperçoit d’immenses structures métalliques (les pas de lancement des fusées) et d’immenses bâtiments, dont le célèbre VAB, bâtiment d’assemblage qui a notamment servi à monter les fusées Saturn V.

Bonne surprise, Cape Marina est une marina familiale bien tenue, très agréable, mais il n’y a rien autour, si ce n’est quelques restaurants qui ne nous laisseront pas un souvenir mémorable. Heureusement, Uber fonctionne bien, et pour pas cher.

Nous passons toute la journée du lendemain au Kennedy Space Center, ouvert au public comme un grand parc d’attraction.

La conquête spatiale est mise en scène de manière extraordinairement ludique et didactique. Un bus fait circuler entre les pas de tirs historiques, mais toujours en activité (une fusée Falcon de SpaceX est sur son pas de tir, en vue de son lancement le 4 décembre), le célèbre VAB (Vehicle Assembly Building), gigantesque bâtiment d’assemblage des fusées (1 étage de 160 m de haut) et les bâtiments de contrôle. On est très étonnés de ce mélange de haute technologie et de quasi-bricolage, et on se demande comment les ingénieurs de l’époque ont bien pu obtenir ce niveau de qualité et de précision sans CAO et avec une informatique à ses tout débuts. L’expérience d’Apollo 13 (et le film qui en a été tiré, star des formations de crise en entreprise) montre que le facteur humain et la débrouillardise, à bord comme à terre, ont joué un rôle essentiel.

 

   

La journée ne suffira pas pour tout voir, et plusieurs présentations valent vraiment le voyage.

Un bâtiment dédié à la fusée Saturn V contient la fusée de secours du programme Apollo qui n’a pas été utilisée. C’est le royaume de la démesure…

 

La salle de lancement de l’époque Apollo y a été transportée, et le lancement d’Apollo 10 y est reconstitué, comme si on y était.

De nombreux outils des missions lunaires ont été rassemblées ou reconstitués, comme la combinaison d’Alan Shepard encore couverte de poussière de lune.

 

 

Un hall entier abrite la navette Atlantis, dans sa configuration spatiale.

 

Le lendemain 29 novembre à 14:30, après des formalités douanières sans histoires, nous quittons les Etats-Unis. Vous avez aimé la saison 1? C’est décidé, comme dans toutes les bonnes séries, il y aura une saison 2!

Vers Grand Bahama

La météo nous promet une traversée du Gulf Stream inconfortable : nordet 15 à 20 nœuds, donc vent contre un courant de l’ordre de 3.5 nds, c’est comme passer le Raz de Sein au mauvais moment, et en pleine mer. L’important sera de ne pas aller trop vite, dans une mer qui promet d’être courte et creuse, et de choisir le bon angle, entre le près serré qui permettrait de traverser à angle droit et la route directe au grand largue qui ferait trop durer le plaisir.  Donc précautions : patch de scopoderm pour Christine, 2 ris dans la grand-voile pendant la nuit. Malgré quelques grains et un confort plus que relatif, les 30 miles de la partie la plus active sont avalés avant la fin de la nuit. Dès qu’on est sous le vent des brisants au nord de Grand Bahama, on peut ré-accélérer sur une mer calmée, et on retrouve brutalement les incroyables couleurs des Bahamas, bleus très clairs sur fond de sable jaune, bleu presque noir des grands fonds. On embouque le Bell Channel en fin d’après-midi et on s’amarre au ponton en béton de la marina. Très bon accueil et jolie marina bien tenue malgré ses dégâts encore bien visibles (au plus fort du cyclone de catégorie 5, une tornade s’est formée à l’aplomb de la marina …).

Les formalités de douane se font le lendemain à la marina, moyennant 300$ en liquide comme précédemment, mais, cette fois-ci, on avait tout prévu, contrairement à notre première entrée à Mayaguana en avril dernier.

Il nous reste trois jours pour ranger Spica et visiter Grand Bahama avec une voiture de location. On découvre alors que l’île a été ravagée par l’ouragan Matthew en octobre 2016. La côte garde des traces bien visibles, avec des arbres abattus, la plupart des hôtels fermés et surtout de très nombreuses maisons partiellement détruites et abandonnées.

A l’intérieur les forêts de pins sont hachées menu par endroit. On a l’impression que l’île ne s’est pas remise de cette catastrophe, et que les circuits touristiques sont partis ailleurs. Nous triplons les aussières avec des renforts en chaîne et croisons les doigts pour qu’il n’y ait pas de phénomène dangereux : en cette saison, ce sont plutôt les coups de vents de nord accompagnant le passage d’un front froid sur la côte US, les redoutables northerns, qui sont le plus à craindre.

Le dockmaster, Fabian, est très présent avec son collègue Aaron, et vérifie que notre whatsapp marche bien, pour nous envoyer régulièrement des photos de Spica. Le retour au boulot dans les frimas promet d’être brutal.

 

 

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3 Responses

  1. Jean Louis Marchand

    Bonjour,
    Pas la facilité donc cette croisière !
    Bonne fin d’année
    Amitiés
    Jean Louis

  2. Jean LEMAISTRE

    Joyeux Noël Christine et Michel et bravo pour cette navigation pas facile tous les jours.

    À très bientôt

    Amitiés

    Pascale et Jean

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