USA 16 : Chesapeake saison 2

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Georgetown, Sassafras River

Après trois mois passés en France, nous revoilà à bord de Spica au nord de la baie de Chesapeake, au fond de Sassafras River dans le chantier de Georgetown Yacht Basin. Ce choix répondait à plusieurs critères : suffisamment nord et éloigné de la côte pour réduire le risque cyclonique, disposant d’un élévateur assez large pour soulever les catas, et ayant une bonne réputation, avec un prix correct. L’ouragan Florence, qui a touché durement les Carolines, pas très loin au sud a confirmé que nos inquiétudes étaient fondées, mais le nord du Maryland est resté à l’écart du vent et des inondations catastrophiques plus au sud.

La remise à l’eau est un moment toujours stressant mais elle s’effectue cette fois-ci sans problème.

La vie à bord reprend alors son cours normal, après un nettoyage sérieux de Spica (rempli de punaises issues des bois tout proches !) et Spikette.

On papote avec nos voisins de pontons, « tourdumondistes » ou skippers professionnels. La météo commence à nous jouer des tours, avec une succession de fronts du plus bel effet esthétique.

  Washington

On profite d’une journée pluvieuse pour faire un saut à Washington DC, distante de 150 kms, histoire de retrouver une vie culturelle en contraste avec le Maryland profond où se trouve le chantier. Le matin, passionnante visite guidée du Congrès, pile la veille de l’élection de mi-mandat (mid-term). On comprend mieux les règles institutionnelles qui répartissent les pouvoirs entre l’autorité présidentielle et les deux chambres du sénat et des représentants. On note au passage que nos parlementaires feraient bien d’aller y faire un tour : ils constateraient qu’on peut gouverner un pays aussi gigantesque que les Etats – Unis à l’économie, avec seulement 100 sénateurs et 435 représentants (équivalents de nos députés). La visite permet de pénétrer dans chacune des chambres et de constater avec surprise la compacité (et la modestie) des locaux, comparés à nos hémicycles (pas de photo, c’est interdit, et le dispositif de sécurité est réellement impressionnant). Au départ situées dans des bâtiments séparés, les deux chambres ont été réunies au 19ième par la fameuse coupole.

Ce lieu est le symbole de la démocratie américaine. Il est parcouru par les présidents le jour de leur investiture, et on leur rend les hommages de la nation après leur mort. Une expo photo en retrace quelques étapes, comme ici celles consacrées à Kennedy, en un saisissant raccourci de l’histoire.

On passe l’après-midi à la National Gallery of Art, gigantesque musée conçu sur le modèle de la National Gallery de Londres, brillamment agrandi par Pei, avec une collection inouïe de peintures splendides couvrant toutes les époques de l’art byzantin à nos jours.

Retour à la politique en revenant dans le Maryland : nous sommes la veille des élections du mid-term.

Peu de grands panneaux, mais plutôt une multitude d’affiches plantées le long des routes, d’autant qu’on vote pour à peu près n’importe quoi, en dehors du Congrès, même les conseils de classe!

Côté navigation, notre feuille de route prévoit de rejoindre la Martinique, où une place nous attend au Marin le 10 décembre. Deux routes possibles : la première par les Bermudes avec 2 étapes de large, une première de 650 milles, puis 950 milles jusqu’à Antigua. Cette route a l’avantage de rejoindre l’arc antillais avec un bon angle par rapport à l’alizé, mais nécessite une fenêtre météo de 3 nuits pour rejoindre les Bermudes, que nous n’aurons pas la chance d’avoir. La deuxième longe la côte américaine vers le sud, repasse par les Bahamas, en refaisant à l’envers la navigation du printemps 2017, mais contre l’alizé. C’est du près serré pour les 500 derniers milles, qui nécessite souvent de se mettre à l’abri derrière Haïti et la République Dominicaine, pas terrible et très lent, on oublie dans le temps imparti. Le vrai plan B est de laisser Spica aux Bahamas. 3 semaines ne seront en effet pas suffisantes pour valider le plan A, avec même un cyclone tardif sur la route!

La bonne nouvelle, c’est de pouvoir reprendre l’exploration de la baie de Chesapeake qu’on a commencée l’an dernier à la même saison, ses 150 rivières et ses 18 000 km de côtes. On retrouve le même temps très variable, plus froid que chez nous du fait de l’absence du Gulf Stream, bien qu’on soit à la latitude de Bordeaux. Mais les couleurs d’automne subliment les berges boisées de la baie. L’autre avantage de cette période tardive est l’absence de foule dans les mouillages, car, en été, ce doit être de la folie, vu le nombre de bateaux et de marinas. Enfin pas de moustiques en cette saison, parait-il redoutables l’été.

Après avoir quitté Georgetown, dit au revoir à tout le monde (le chantier, mais aussi Christian sur 1+1, Shaun et Shannon sur Breeze, Noèmie et Dimitri sur Private Island, Enrico, … c’est fou ce qu’on se fait des copains en bateau!) on fait un saut de puce pour mouiller à Fairlee Creek, 20 milles au sud, petite anse fermée par une passe (très, très …) étroite qui rase la plage à quelques mètres (photo de la passe prise le lendemain en sortant, si, ça passe!).

Ensuite s’ouvre un parfait abri tout temps. Il fait nuit noire à 17:15 depuis le changement d’heure le week-end dernier, ce qui nous laisse à peine le temps de mouiller!

Annapolis

Direction côte ouest, vers Annapolis, car la météo prévoit une journée pluvieuse, bonne occasion pour re-visiter la ville plutôt que de rester bouquiner au fond d’une rivière.

C’est notre 3ème escale (voir USA Chesapeake 2017), on est tombé amoureux de cette ville préservée du XVII siècle. Elle apparaît à l’embouchure de la Severn River, dominée par le dôme de son Capitole de style géorgien. Pas un immeuble ne vient enlaidir la ville. Capitale du nautisme pendant le Boat show d’octobre, elle regorge de marinas. Mais on préfère prendre une bouée près du port intérieur, au cœur de la ville, juste en face de l’académie navale. Il règne une bonne ambiance en ville, entre les élèves officiers en tenue à tous les coins de rue, les touristes et quelques rares navigateurs, on s’y sent bien. On complète notre visite de la ville : tout d’abord le Capitole du Maryland, construit en 1772 et toujours en activité car Annapolis est la capitale de l’Etat, malgré ses 60000 habitants, le dixième de Baltimore.

Ses deux chambres conservées sous leur forme originale, doublées le leur version du 19ième, toujours en activité:

Sénat
Chambre des représentants

 

C’est dans la salle du Sénat que Washington a présenté sa démission de chef des armées, après avoir gagné la guerre d’indépendance contre les Anglais en 1783. Ce renoncement aux honneurs et à la vie publique est illustré par un gigantesque tableau qui le représente avec son aide de camp et notre Lafayette national, considéré partout aux US comme un véritable héros de l’indépendance.

La ville a gardé les maisons de ses riches planteurs de tabac, dans un style géorgien, en briques rouges, que les visites guidées font revivre.

Puis on revient à l’US Naval Academy, surtout pour son musée et ses maquettes anciennes.

Balade à Eastport, juste l’autre côté de la baie, quartier résidentiel, plein de restaurants tous aussi sympathiques les uns que les autres, de marinas, de chantiers navals et shipchandlers.

Saint Michaels

On retraverse la baie vers la côte est pour visiter Saint Michaels. Ce village est considéré comme le cœur de Chesapeake. Il est situé au sud de Kent Island, dans Miles River. Il abrite le musée maritime de la baie de Chesapeake, près duquel on jette l’ancre en milieu d’après-midi, dans une belle baie bien abritée.

La ville est miraculée : elle a échappé à la destruction pendant la guerre anglo-américaine de 1812. La flotte anglaise détruit sur son passage tous les villages le long de la baie. Les habitants de Saint Michaels trouvent un stratagème : ils allument des lampions au sommet de la colline et des mats des bateaux, et éteignent toutes les lumières de la ville. La flotte anglaise, arrivée à la tombée de la nuit se fait berner et tire ses boulets en direction des feux, et donc au dessus du village qui est ainsi sauvé, malin! Aujourd’hui c’est un joli village très touristique.

Le musée maritime tient toutes ses promesses : on le repère de loin par le vieux phare de Hooper Island, octogonal, l’un des 3 derniers phares existants, fixés sur des pieds vissés dans le sol.

Son déménagement a été épique! Il a conservé l’aménagement d’époque, et on peut même se déguiser avec les tenues des gardiens.

Il abrite aussi un chantier naval de reconstruction à l’identique des bateaux dragueurs d’huitres, les skipjacks.

On peut voir travailler les charpentiers de marine et s’initier aux techniques traditionnelles de construction navale. De nombreuses coques attendendent d’être rénovées, on se croirait au chantier du Guip, en Bretagne.

On y trouve aussi une splendide collection de bateaux de travail très anciens, remontant à l’époque où, manquant de planches, on construisait les fonds en assemblant des troncs d’arbres creusés inspirés des premiers canoes (« logs »).

 

Dans un autre bâtiment, on peut voir la reconstitution d’un dragueur d’huitres avec des vidéos d’archives et l’histoire de l’ostréiculture dans la baie.

Une salle est consacrée à la chasse, avec même un atelier de sculpture d’appeaux à rendre jaloux nos « paloumayres »! (chasseurs de palombes, dans le sud-ouest).

Une salle extraordinaire est dédiée aux cartes anciennes. Elle contient la toute première représentation de la baie de Chesapeake réalisée par John White en 1590.

La suivante, établie par John Smith en 1612, a fait référence pendant de nombreuses années, les cartographes suivants se contentant de la copier.

C’est aussi à Saint Michaels qu’a vécu James A. Michener, auteur d’une vaste fresque historique portant sur 4 siècles de la baie de Chesapeake, chef d’œuvre du roman historique américain.

Solomons Island

Après Saint Michaels, on repart côté ouest à l’entrée de la rivière Patuxent, à Solomons Island. On y avait fait une courte escale l’année dernière, en étant frustrés de ne pas être restés plus longtemps. Comme la météo annonce un bon coup de vent, on réserve à Zahnizer’s Marina, petite marina familiale, qui est primée chaque année pour son accueil et la qualité de ses services. Comme l’année dernière, Terry, dockmaster, nous attend pour nous aider à nous amarrer sur un ponton qu’elle nous a choisi protégé du fort vent de nord annoncé, devant de belles propriétés.

Son accueil chaleureux (elle se souvenait même de notre passage précédent) lui a valu d’être élue meilleure dockmaster de l’année 2017, et c’est bien mérité. La marina, familiale depuis sa fondation, a été revendue en mars 2018 au gigantesque groupe Safe Harbour, il faut souhaiter que les reportings à la maison mère laissent du temps à l’équipe pour continuer à s’occuper aussi bien de ses clients !

On y reste 3 jours de farniente, dans un confort digne de la maison : salon avec télé et café à volonté, salles de bains individuelles, lave et sèche-linge, et surtout bar et restaurant délicieux où règne une bonne atmosphère parmi la clientèle d’habitués.

Le village a été fondé par Isaac Solomon, homme d’affaire de Baltimore, qui y a créé une conserverie. Il s’est développé avec des chantiers navals très actifs, et l’exploitation des fruits de mer. Aujourd’hui c’est un village très touristique, avec un beau front de mer sur l’entrée de la rivière Patuxent.

Visite du Calvert Marine Museum, dominé ici aussi par un phare octogonal, celui de Drum Point, lui aussi déplacé par hélicoptère. Le musée, moins grandiose que celui de Saint Michaels rassemble des reconstitutions de bateaux de travail, bugeyes et skipjacks, et de magnifiques barques anciennes. A l’intérieur des salles : aquariums, fossiles découverts dans les falaises toutes proches de Calvert et squelettes de dinosaures, histoire de l’ostréiculture. Une salle fait revivre une bataille de la guerre anglo-américaine de 1812 à la rivière Patuxent.

Un bâtiment abrite un atelier de modèles réduits animés par une association de retraités qui construisent et font naviguer leurs bateaux l’été

Le lendemain on part à vélo explorer la pointe en face, après avoir contourné Back Creek et ses condominiums de belles maisons. La pointe est un parc commémorant l’emplacement d’un camp d’entrainement amphibie établi de 1942 à 1945 où ont été formés une dizaine de milliers de soldats pour préparer le débarquement en France.

Potomac

On va rester côté ouest de la baie de Chesapeake pour continuer à descendre au sud car la côte est est très peu profonde, avec des rives marécageuses. Les îles au centre de la baie se sont progressivement effondrées, et vont être inexorablement submergées.

L’étape suivante nous amène à l’entrée du Potomac dont la pointe nord, Point Lookout fut un lieu stratégique de la guerre civile entre les Unionistes du nord et les Confédérés du sud (1861-1865). Une énorme prison a vu périr des centaines de confédérés. Il faut dire que le Potomac fait la frontière entre, au nord, le Maryland unioniste et, au sud,  la Virginie confédérée.

Saint Mary’s River

Après s’être abrité pour la nuit dans une petite anse de Smith Creek, sauvage et déserte, on remonte Saint Mary’s River, large et profonde, jusqu’à Saint Mary’s City, distante de quelques milles, repérée par une croix sur une pointe.

On était prévenus, il n’y a pas de ville à Saint Mary’s City. La première capitale du Maryland a été créée par un groupe de colons catholiques, sous le commandement de Leonard Calvert, arrivés en 1634 à bord de 2 bateaux, l’Ark et le Dove, pour fonder une colonie libre de culte. La ville a été abandonnée au XVIIIème siècle. Des fouilles ont retrouvé l’emplacement du village et le State House, premier parlement de 1676 du Maryland, a été reconstruit à l’identique au début du siècle dernier. Un musée en plein air restitue l’architecture du village, en figurant l’emplacement des maisons par de simples charpentes. Bon, succinct…

Le musée est fermé, mais la balade champêtre est bien agréable. A côté, une église animée en ce dimanche matin et une petite université, Saint Mary’s College, avec une grosse infrastructure de voile légère.

Yeocomico River : Kinsale

On traverse le Potomac, large d’une dizaine de milles pour notre première incursion en Virginie cette année. Après la ville fantôme de Saint Mary’s, on aspire à trouver un vrai village et la ville de Kinsale sonne comme la promesse d’une ville animée, si on se réfère à son homonyme irlandaise. Ce sera raté! La Yeocomico River se divise en plusieurs bras de mer : au sud et au nord, des installations ostréicoles. Au centre le bras de rivière est plus résidentiel. Mais au débouché d’un coude de la rivière, on tombe sur un pont flanqué d’horribles silos à grains qui remplissent une énorme barge. Un peu plus loin, la rivière fait une boucle qui la protège complètement du large, somptueux mouillage dans une ambiance hivernale.

On laisse notre annexe Spikette au ponton branlant d’une marina fermée, complètement délabrée. Le village, désert à part quelques poules bien étranges …

… est formé de petites maisons, la plupart fermées, de part et d’autre d’une route sinueuse empruntée par les camions venant décharger leur grain dans les silos. A la sortie du village, une énorme scierie. On marche le long de cette route jusqu’au seul restaurant repéré, distant de 5 kms mais il est fermé! Alors qu’on rentre au bateau vers 4h le ventre vide, une voiture s’arrête à notre hauteur. Une femme en descend. Lynn engage la conversation, nous trouve très courageux de marcher le long de la route, est désolée que le musée dont elle s’occupe soit fermé et … nous invite à dîner chez elle! La suite est une rencontre forte autour d’un feu de cheminée, à déguster un excellent dîner et à échanger avec Lynn et Walter, couple de retraités cultivés et pleins d’humour, le meilleur des USA. Le crumble et la bouteille de vin qu’on avait amenés n’étaient pas de trop pour remercier nos hôtes. Le lendemain matin, on fait visiter Spica à Walter, qui n’en revient pas de son confort, tellement différent des bateaux locaux qu’il connait.

Great Wicomico River et Reedville

En poursuivant vers le sud le long de la côte ouest, on quitte le Potomac et on remonte la Great Wicomico River, petite rivière contrairement à ce que pourrait suggérer son nom. Son premier affluent sur sa rive nord amène à Reedville, capitale historique du « menhaden », variété de poisson gras, cousin des maquereaux, qui formaient des bancs gigantesques au large de la Virginie. La ville a été fondée par un dénommé Elijah Reed en 1874, où il a développé des usines de transformation qui ont fait la fortune de la ville, … et sa ruine par suite de surpêche. L’entrée de Cockrell Creek est hérissée de ruines industrielles : anciens réservoirs et docks rouillés. Une haute cheminée en brique domine l’entrée du port. Il reste des installations récentes qui continuent à transformer le poisson en huiles et farines et fournissent des appâts pour les casiers de pêche au crabe.

Mais en remontant la rivière jusqu’à Reedville, l’atmosphère change : les rives sont boisées, entourées de belles maisons.

On mouille dans cet environnement résidentiel, à côté d’un autre bateau…

… et on va visiter le village construit sur une presqu’île. Des maisons de style géorgien du XIXème siècle s’alignent de part et d’autre de la route.

Pas une âme qui vive, pas un bistrot ni un resto ouvert, on commence à toucher les limites de la navigation hors saison. A la tombée de la nuit, c’est à dire 5h30, on se réfugie au bateau dans la chaleur du carré bien chauffé : bouquins, apéro, soupe consistante, film.

Rappahannock River et Irvington

La Rappahannock River, parallèle au Potomac, est une belle rivière. On aperçoit le pont métallique bleu qui surplombe la rivière de ses 110 pieds. Juste après, sur la rive nord, s’ouvre l’entrée de Carter Creek qui abrite le village d’Irvington, très touristique. Plusieurs marinas sur ses berges. Les bras de mer sont très étroits et on a l’impression de circuler entre les maisons au bord de l’eau.

Dans la fourche de Bridge Cove, juste la place pour un bateau et ainsi s’abriter du coup de vent de nord glacial, qui doit nous tomber dessus la nuit suivante.

Le village a été reconstruit après un incendie en 1917. En cette veille glaciale de Thanksgiving, la seule lumière vient d’un bar à vin, rendez-vous de la bonne bourgeoisie venue d’on ne sait où dans leurs résidences secondaires. Il fait chaud, le vin est bon…

York River et Yorktown

On a quitté notre petit écrin d’Irvington à la mi-journée, car le vent de nord souffle encore et c’est avec un ris qu’on fait une petite étape jusqu’à l’entrée de la Piankatank River, où on mouille derrière un long épi naturel qui nous met à l’abri du vent et de la mer. Coup de stress le lendemain matin : le chauffage refuse de démarrer alors qu’il ne fait que 5° dans le carré. Ouf il repart mais le froid va nous accompagner toute la journée jusqu’à l’entrée de la York River. On a réservé à la marina de York River Yacht Haven, à l’entrée de Sarah Creek, juste avant Gloucester Point, de l’autre côté du pont par rapport à Yorktown. On aspire à un peu de sociabilité après ces villages fermés et ces mouillages forains.

Puisqu’on est sous le signe de l’histoire cette année, on profite de cette journée pluvieuse et venteuse pour visiter le site historique de la bataille de Yorktown d’un coup de Uber (grosse consommation d’Uber, cette année – on a beau dire, qu’est-ce que c’est fiable, pratique et bon marché!). Dans la mémoire collective, c’est la bataille de Yorktown en 1781 qui a fait basculer la guerre d’indépendance en faveur des américains par l’intervention décisive de l’armée française. La ville entière est un parc national et on peut se promener entre les maisons historiques restaurées et le champ de bataille. Une vidéo retrace les étapes de cette bataille. Cornwallis, commandant des forces anglaises, attend des renforts par la mer. Les bateaux anglais vont affronter les forces françaises venues des Caraïbes, commandées par de Grasse. Il extermine la flotte anglaise dans la Battle of the Capes, à l’entrée de la baie de Chesapeake. Cornwallis se retire à Yorktown. Les forces américaines commandées par Washington et françaises commandées par Rochambeau font le siège de Yorktown. Cornwallis tente un repli sur la rive nord de la rivière mais une tempête coule la majorité des bateaux. Le piège se referme sur l’armée anglaise et Cornwallis se rend. Cette victoire ne signe pas la fin de la guerre qui continue plus au nord, mais fait définitivement et irréversiblement basculer les rapports de force.

Sous une pluie battante, on rejoint en trolley le musée de la Révolution américaine, gigantesque et magnifique musée qui nous permet d’affiner nos connaissances historiques.

Dans un magasin de souvenirs, une bénévole, reconnaissant qu’on est français, nous fait cadeau de la carte éditée à l’occasion de l’arrivée de l’Hermione sur les côtes américaines, ici-même.

La Fayette étant aussi révéré que Washington, ce voyage de l’Hermione a marqué les américains. Saluons la mémoire de Jean-Louis Frot, maire visionnaire de Rochefort, et de l’équipe constituée à son initiative, qui ont eu l’idée folle de faire revivre ce bateau magnifique.

Hampton

Dernière étape avant de quitter la baie de Chesapeake. Pour une fois il fait doux et c’est sous un ciel bleu que l’on rejoint Hampton, à l’entrée de la rivière James, celle-même où les premiers colons se sont établis.  Marina tranquille en face de Norfolk, on attend la fenêtre météo pour quitter Chesapeake. Il y a quelques bateaux en transit comme nous et c’est assez vivant. Michel en profite pour réparer le rail de solent, dont une butée a éclaté. Visite au grandiose Mariners’ Museum de la ville voisine de Newton News, siège de chantiers navals qui ont joué un rôle important pendant la 2éme guerre mondiale. Ce musée gigantesque et peu connu vaut vraiment le déplacement. Une succession de salles retrace l’exploration maritime à travers les âges.

Des maquettes de cargos et de paquebots nous impressionnent par leur taille et leur qualité.

En 2013, le bateau américain Oracle a remporté l’America’s Cup par 9 manches contre 8 après un retournement de situation incroyable, étant menés 8 contre 1 par les néo-zélandais (après avoir embarqué le « magicien » anglais Ben Ainslie) Un hangar retrace cette épopée, sous Oracle suspendu au plafond, avec la présentation de pièces choisies pour leur caractère innovant comme les extrémités des safrans ou les pièces fabriquées en impression 3D.

Pour tout savoir des foils, des ailes rigides, du carbone, mais aussi des méthodes d’arbitrage mises en œuvre pour la première fois, basées sur l’utilisation permanente de la réalité augmentée.

Un autre hangar regroupe une centaine de petits bateaux du monde entier.

Le cœur du musée, c’est la mise en scène de la construction du premier des cuirassés construits pendant la guerre civile, l’USS Monitor, à partir de son épave retrouvée au sud du Cap Hatteras. Ce n’est pas notre tasse de thé, mais comment résister au talent de mise en scène des américains?

Mais pour nous, le top du top, c’est une petite salle obscure où sont présentées les maquettes léguées par August F. Crabtree. Cet américain, originaire de la côte ouest, a consacré 80 ans de sa longue vie à une passion exclusive : construire des miniatures de bateaux historiques, en sculptant tout lui-même dans les moindres détails (personnages compris), avec l’obsession permanente de la réalité historique. Le résultat laisse sans voix.

Résultat, on y a passé deux après-midis, au chaud, alors que le blizzard soufflait fort dehors!

C’est aussi à Hampton que le pirate Barbe Noire (Blackbeard), de son vrai nom Edward Teach, qui écumait l’entrée de Chesapeake (avec plus de 500 bateaux capturés) fut tué en novembre 1718. Sa tête fut empalée à l’entrée de la rivière sur ordre du gouverneur, pour rafraichir les ardeurs de ses congénères.

Le noroit qui accompagne le front froid de la perturbation est là (dans tous les sens du terme!), cap au sud vers la chaleur! (du moins c’est ce qu’on croyait).

 

 

 

 

 

4 Responses

  1. JP Roux -Levrat

    Quel plaisir de retrouver les aventures de Spica et de son équipage, tous les jours nous suivons la progression du bateau …dommage que la mto vous ait fermé l’accès aux Bermudes.
    Les pilotcharts de la zone pour la saison ressemblent à une loterie.
    Bon vent à tous les deux.

  2. Marchand

    Quel plaisir de vous retrouver tous deux dans ces bons comptes rendus de voyage
    Toujours aussi vifs et cultivés
    Félicitations pour tout cela
    Françoise et Jean-Louis

  3. Daniel et Marie France Bodinier

    Hello tous deux,

    Super le contre rendu , bravo pour toutes ces explications.

    On vous souhaite bon vent à tous les deux.

    Bizzzz….

  4. COTTET - EMARD

    Bravo aux descriptions, j y suis allé naviguer en 2014 et vous lire permet de revivre ces moments dans cette immense Cheasapeake.
    Merci encore.
    Patrick et Sylvie

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