Maiden Cruise

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Voici venu le temps des rituels.

Premier d’entre eux, fêter dignement la fin des travaux du chantier, avec l’ensemble des équipes qui ont travaillé sur Spica. Nous retrouvons avec plaisir beaucoup de têtes connues, rencontrées lors de nos visites durant la construction, ou pendant les finitions à bord. Nous retrouvons l’excellente ambiance que Xavier Desmarest a su insuffler au sein de ses équipes. Une casquette brodée au nom du bateau (merci Alain…) remise à chacun laissera une trace du bateau au chantier.

Pot chantier

Deuxième rituel : partir en « maiden cruise ». Ce « voyage de jeune fille », comme l’appellent nos amis anglo-saxons, est l’occasion de grandes fêtes sur leurs paquebots, celui du Queen Mary 2 fut, parait-il somptueux. Nous resterons à une échelle plus petite de notre modeste embarcation, même si les rencontres, avec copains de bateaux et famille sont l’occasion de bien arroser le lancement de Spica. C’est le moment de vraiment tester le bateau et l’équipage en condition de croisière, avant de revenir au chantier pour régler les derniers points avant de prendre le large. En tous cas nous pouvons témoigner que « voyage de jeune fille » ne signifie pas temps de jeune fille en Méditerranée. A se stade, un commentaire s’impose : plus nous découvrons la Méditerranée, plus elle se révèle parfaitement inadaptée à la navigation à voile. Nous aurons le choix entre les 3 spécialités locales que sont le mistral, le coup de suet, et le calme blanc. Comme on nous a dit avant le départ, il faut être prêt à tout.

La destination prévue était la Corse. C’était sans compter avec la météo avec laquelle nous allons apprendre à composer. Nous changeons donc nos plans en direction de la côte provençale.

Dès le premier jour, le ton est donné, on aurait dû se méfier. Après 3 heures au moteur par calme plat, nous faisons la connaissance de Beauduc (on nous avait pourtant prévenus…), où  le vent forcit brutalement, en face de l’embouchure du grand Rhône, nous obligeant à prendre un ris sans trop traîner. Le ciel est couvert et le paysage en face de Fos n’incite pas à trainer dans le coin. Première occasion de battre de record de vitesse du bateau.

Beauduc Beauduc 2

Marseille

Notre premier coup de coeur est pour l’arrivée à Marseille. Entre la Joliette dominée par l’immeuble de Zaha Hadid, siège de la CMA-CGM, le MUCEM de Rudy Ricciotti et le fort St Jean à babord, les îles du Frioul sur tribord, et Notre Dame de la Garde en face (la Bonne Mère des marseillais), avec les collines blanches en arrière-plan, quel spectacle! Arrivée en début d’après-midi au vieux port. N’ayant pas pu avoir de place dans les deux clubs principaux qui se partagent es pontons du Vieux Port, c’est le port municipal qui va nous héberger. Accueil royal par le personnel de la marina, qui part en trombe dans son semi-rigide après un bref « suivez-nous », en direction … du ponton face au parvis de l’hôtel de ville : c’est un emplacement unique, où nous nous amarrons écroulés de rire entre deux histoires marseillaises, en plein centre ville, au pied du quartier historique du Panier, avec vue directe sur La Bonne Mère pour nous protéger, comme tous les Marseillais!

 

Mairie Marseille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ND Garde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour une fois, nous ne regrettons pas les 3 jours de mistral à venir, on ne peut pas être mieux pour visiter la ville et retrouver la famille.

Marseille

 

Porquerolles

Après Marseille, vive Porquerolles … hors saison. La plus touristique des îles du Levant, en face d’Hyères et de la presqu’ile de Giens, est rejointe en une longue journée au moteur. Départ du vieux port au lever du soleil au moteur. On longe le château d’If, célèbre comme prison et mis en scène par Alexandre Dumas dans « Le Comte de Monte Cristo ».

If

 

On laisse les îles du Frioul à tribord et on met cap à l’est. On se faufile à la pointe des Goudes dans le passage des Croisettes, spectaculaire par son étroitesse entre les falaises blanches de craie.

Croisettes

 

A passer par mer d’huile au Cap Sicié de sinistre réputation, avant d’arriver en fin d’après-midi à Porquerolles. Le ponton visiteur de la marina, complètement ouvert sur le noroit, nous inspire une confiance limitée (on comment à se méfier…), mais là rien ne s’annonce, et on s’amarre à côté d’Addiction, notre très grand frère, premier de la série des magnifiques Outremer 5X.Porqureolles 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grande balade à vélo le lendemain à parcourir de ses 7,5 X 2,5 km, de long en large, à grimper les côtes, d’un bord à l’autre. L’histoire de Porquerolles est singulière, puisque l’île a été offerte en 1911 par un dénommé François-Joseph Fournier comme cadeau de fiançailles à sa femme Sylvia, au retour du Mexique où il avait fait fortune. Ce sont eux qui ont imaginé l’aménagement de l’ile, créé les vignobles, les lieux d’hébergement, la compagnie maritime. Ce sont d’ailleurs leurs descendants qui tiennent encore l’économie de l’ile, après son rachat par l’Etat seulement en 1971, cette transition relativement récente expliquant l’état exceptionnel de conservation des espaces naturels.

Porquerolles 5

Porquerolles 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Porquerolles 3

 

 

Porquerolles 4

Nous rendons les vélos à 18h, éreintés mais totalement séduits par le charme de l’île. Le lendemain, mouillage devant la plage Notre Dame qui se conclut par un splendide coucher de soleil sur la baie de Hyères et la presqu’île de Giens.

St Tropez

Dans notre souci d’alterner les îles et les ports, nous mettons le cap vers Saint Tropez, la mythique. Après avoir contourné le cap Camarat, nous longeons la plage de Pampelonne, surmontée de splendides maisons disséminées dans la verdure. Petite incursion dans l’anse des Canebiers pour apercevoir la Madrague, petite maison au raz de l’eau qui ne paie pas de mine. Puis apparait le village de Saint Tropez, avec ses petites maisons ocres serrées autour de l’église, reconnaissable à son clocher arrondi.

St Trop 1

 

… ça fait un peu décor d’opérette mais il faut dire que l’ensemble est très réussi. Le vent est monté régulièrement et nous nous amarrons dans le port par 20 nœuds de vent de travers, heureusement aidés par le personnel du port, pour prendre des pendilles immondes, trop courtes et qui nous tiendront à peine quand le vent aura tourné face à l’entrée du port, et forcé à plus de 25 nds. On en viendrait presque à regretter les piles de la Grande Motte (cf article précédent).

Pour se remettre, rien de mieux un pot sur le vieux port, à la terrasse de Sénéquier presque déserte.

St Trop 6

Nous sommes en avant-saison, et seuls deux magnifiques plans Fife mouillent au quai d’honneur.

Alors que penser de Saint Tropez ? Toute la ville exploite l’effigie de Brigitte Bardot du temps de sa splendeur : son image est déclinée en peintures, poteries et autres objets dérivés. Dans son sillage, la concentration de ceux qu’on appelait pas encore les people est devenue hallucinante, et a entraîné une concentration inimaginable des plus grandes enseignes de luxe, s’installant désormais dans des hotels particuliers entiers! Tout cela pourrait nous faire fuir mais nous trouvons dans la vieille ville des rues agréables, bobo bien sûr mais tout à fait charmantes, surtout hors saison.

St Trop 2St Trop 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux musées rappellent que st Tropez n’est pas née sous BB : le Musée de l’Annonciade, réunissant des toiles des pointillistes et impressionnistes, comme Signac, Marquet, Bonnard ou un peintre local Auguste Pegurier. Clin d’oeil au retour de Suède, avec une vue de l’entrée de Boulogne par Marquet, très réaliste…

St Trop 4

Et surtout  le musée maritime de la citadelle, remarquablement rénové en 2013, impitoyable avec nos lacunes dans l’histoire de France! Malheureusement, nous arrivons quelques jours trop tôt avant l’ouverture du musée à la gloire des films tournés à St Tropez, qui va s’installer dans le bâtiment de la célèbre gendarmerie.St Trop 7

 

Iles de Lérins

Après cette escale urbaine et mondaine, un peu de nature sauvage et de calme nous attend aux îles de Lerins, en face de Cannes. La traversée s’effectue sous un beau soleil, mais sans vent, principalement au moteur. Nous flânons devant la croisette, côté mer, devant les palaces et le palais des festivals, pas encore envahi des festivaliers.

Cannes 2

Cannes

Carlton

 

Nous mouillons devant Sainte Marguerite et partons à la découverte de Saint Honorat, île privée où des moines continuent à habiter le monastère et cultiver de la vigne.

Lerins 1

 

On y accède par un port minuscule, qui inspire déjà la sérénité..

Lerins 4

 

Seule l’église se visite et il se dégage une impression de calme et de sérénité dans ces paysage de forêt de pins et de champs cultivés.

Lerins 5Lerins 6

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’ailleurs, si le cœur vous en dit, vous pouvez faire une retraite chez les moines et participer aux travaux des champs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au sud de l’île, impressionnant château fort bien conservé, avec une sorte de cloître intérieur, d’où on a une vue magnifique sur la mer qui scintille et les caps alentours.

Lerins 2

Lerins 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lerins

Après une nuit calme, seuls au mouillage (il parait qu’en saison, on passe à sec de Ste Marguerite à St Honorat, d’un bateau à l’autre!), petite visite le lendemain matin à Sainte Marguerite, plus touristique, qui abrite des associations dans les casemates du château où fut enfermé le masque de fer. L’intérêt principal de l’ile, c’est une magnifique forêt d’eucalyptus et de pins maritimes.

Sainte Marguerite – Porquerolles

Contrairement à nos plans, la météo nous ramène vers l’ouest car des vents contraires et assez frais sont annoncés dans les jours à venir, et on ne veut pas se faire coincer à l’est du cap Sicié. Pas de vent, on avance sur une mer agitée au moteur, à se faire secouer dans du clapot court. Le ciel se charge progressivement et le mouillage convoité au nord-est de Port Cros, se révèle sinistre à la tombée de la nuit avec un nuage accroché sur les flanc des falaises qui bordent le mouillage. D’un commun accord, nous poussons jusqu’à la plage Notre Dame sur l’île de Porquerolles, que nous retrouvons avec délice.

Sanary

Ciel plombé, petite pluie digne de l’Aber Wrach’, direction Bandol. Mais pas de place à Bandol, on envisage d’aller aux Embiez, mais la perspective de rester un ou deux jours coincés dans cette marina ne nous réjouit guère. Finalement, on est accueillis à Sanary, dans cette petite station balnéaire très authentique.

Sanary 3

A terre il règne une ambiance de fête au village avec une braderie sur le port C’est dimanche et nous croisons dans l’entrée du port une myriade de « pointus », bateaux traditionnels dont Sanary abrite la plus grande collection de Méditerranée.

 

Sanary 2

La fête du jour donne l’occasion d’embarquer les touristes pour une courte sortie en mer, hélas au moteur.

Sanary 1

ll fait beau. On se sent bien dans cette station au charme un peu désuet, comme Arcachon, mais pas défigurée par des immeubles. Le lendemain le mistral est bien au rendez-vous, comme l’avait prévu le BMS (bulletin météo spécial), BMS qui ponctuent notre emploi du temps depuis le début de la croisière. Il paraît que c’est normal parce qu’on est en avril. Début mai, on nous dira qu’il faut attendre le 15. Et le 15, où j’écris cet article coincé à Cap d’Agde par la version locale du mistral (la tramontane), on ne nous dit plus rien…

Calanque de Port Miou

Après la visite des douanes, (autre rituel – il faut dire qu’on ne passe pas inaperçu : au bout du ponton visiteur, juste en face de l’entrée du port), nous quittons cette agréable escale en direction de Marseille. Moteur puis tentative de code 0 et de spi mais le vent nous lâche et nous continuons au moteur. Direct jusqu’aux calanques, près de Cassis, en longeant le surprenant Bec de l’Aigle.

Bec de l'Aigle

On commence par la calanque d’En Vau, étroite, saisissante avec ses falaises verticales de craie blanche.

En Vau

Petit tour dans la calanque de Port Pin dont le fond est occupé par une petite plage où des courageux se baignent. Les va-et-vient des bateaux de promenade est incessant et il n’y a pas vraiment de place pour mouiller, d’autant que ces calanques sont ouvertes à l’est, d’où le vent est supposé se lever dans la nuit. Nous continuons par Port Miou, plus large et plus profonde. Le fond est occupé par une véritable marina. Dans l’entrée, des bouées sont censé accueillir un grand nombre de bateaux au peid des falaises, dans un décor exceptionnel…mais nous resterons seuls pour la nuit, luxe enviable! Le meilleur de la Méditerranée.

Port Miou 3

Port Miou 4

 

 

 

 

Port Miou 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Port Miou – Marseille

Des quelques milles qui nous séparent de Marseille, nous longeons de près la côte le long des autres calanques, moins spectaculaires et plus ouvertes que celles près de Cassis.

On retrouve Marseille, son quai d’honneur devant l’hôtel de ville, l’ambiance si particulière, pleine de contrastes. On en profite pour retrouver notre famille qui habite ici, déambuler dans le quartier du Panier, faire le plein des savons de Marseille et des calissons d’Aix, visiter la Vieille Charité. Bernard rejoint le  bord pour un retour de nuit à La Grande Motte.

Marseille – La Grande Motte

On laisse Marseille derrière nous, au fond de sa baie, surmontée de Notre Dame de la Garde, visible de très loin en mer. La nuit est calme, en grande partie au moteur sauf à l’arrivée où l’on glisse sur eau plate sous un filet de vent.

Retour LGM

Nous retrouvons La Grande Motte au petit jour.

La Grande Motte 1

La Grande Motte 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Grande Motte a été créée de toutes pièces dans les années 60. A l’instar d’autres lieux touristiques créés dans la même période (Les Arcs en Savoie, Cap d’Agde dans l’Hérault, … ) celle ville a rassemblé tous les ingrédients du jacobinisme français : une décision au plus haut niveau de l’Etat, une mission d’aménagement confiée à un haut fonctionnaire, un architecte qui a les pleins pouvoirs. L’architecte, c’est Jean Balladur, le frère de l’homme à la chaise à porteurs de Plantu. Il devait avoir la lubie des Aztèques, en tous cas c’est ce qui l’a inspiré pour concevoir un ensemble de pyramides et de bâtiments, assez surprenants de prime abord. On aime ou on déteste, mais il faut avouer que le geste architectural est intéressant, bien que très daté. Ce qui est très réussi (et très novateur), ce sont les cheminements piétonniers, et les plantations de pins parasols omniprésents. Comme ils ont maintenant 50 ans, l’ensemble est très forestier, et très agréable à vivre, aux dires de ceux qui y habitent. Merci à Outremer d’avoir contribué à améliorer notre culture urbanistique du 20 ième siècle.

Ainsi la boucle est bouclée pour éprouver le bateau et l’équipage. Ces quelques milles nous ont permis de détecter quelques petits problèmes qui seront réglés dans la semaine suivante, avant notre départ définitif de La Grande Motte, et de commencer à trouver nos marques à bord. Mot d’ordre : anticipation, pour ne pas se laisser déborder par les forces en jeu et rester dans les contraintes admissibles pour le matériel.

 

5 Responses

  1. Louis-Bernard

    Voilà un joli mois de mai et de saintes escales sous la protection de la bonne mère et des bons « business » moines… Les photos sont très belles.
    Il semble donc que la Méditerranée ne soit pas votre terrain de navigation préféré…
    C’était juste pour vous engager à prendre le large…. dès que possible !
    Alors bon vent à Spica dans toutes les mers du globe !
    Amitiés de frère Loulou.

  2. Cecile

    La Méditerranée hors saison, ça a l’air joli. Tout est prêt pour le départ maintenant !! Au revoir la Grande Motte.

  3. Guihard

    Coucou Christine, super ce reportage et ces belles photos, merci à toi et à ton captaine. Ça fait plaisir pour vous ce beau projet qui se réalise.
    Sympa aussi de continuer à avoir de tes nouvelles dans une autre sphère.
    Pleins de bonnes choses en attendant de vous lire à nouveau.
    Bizzz

  4. JP Dehorne

    Bonjour
    on ne se connait pas mais nous avons des amis en commun (Hervé et Claire de Nantes) qui m’ont parlé de vous car je suis en ce moment sur un big projet pour lequel je prépare un brevet de yachmaster et suis en discussion avec Le chantier Outremer. Ces amis m’ont donc conseillé de voir votre blog et votre bateau. Très sympa ce que vous rapporter. quand au bateau je connais bien car j’ai tourné autour pas mal de temps. P

  5. Bernard Demay

    Bonjour,
    Très sympa , ce blog , et encore plus sympa de m’avoir permis quelques miles à bord, cette accélération lors de la survenue du petit souffle d’air, au petit matin…
    Je regrette ce manque de sensations à bord de Mandala.
    Je vais quitter la Croatie et débuter le tour du Peloponnese.
    Amities à vous. Bernard

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