Baléares 1/3 : Menorca

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Découvrir les Baléares en 2016, cela peut paraître ringard ! Mais pour nous qui naviguons souvent l’été dans l’ouest, en bottes et en cirés,  et en fonction des marées, cette navigation aux Baléares nous a paru beaucoup plus douce, surtout en catamaran. On a été les rois du pétrole ! (au propre et au figuré, car le vent n’a pas été souvent au rendez-vous).

On nous avait mis en garde, conseils d’amis, lecture des 2 guides de navigation locaux (Graham Hutt et Alain Rondeau) contre une côte défigurée par des complexes touristiques et des marinas aux prix prohibitifs. D’où notre option de privilégier de nombreux mouillages forains, des bouées là où c’est interdit de mouiller et quelques marinas qui nous ont semblé incontournables. Soit 18 jours de navigation d’île en île, en suivant la logique géographique du nord-est au sud-ouest, Menorca, Mallorca, Ibiza, et Formentera.

Arrivés le 21 mai, la météo n’a pas été très favorable : un temps plutôt frisquet au début, un résidu de mistral à Menorca, puis une longue période de vent de SSE avec une houle désagréable. Nous avons basculé en été assez rapidement à partir du milieu de notre séjour à Mallorca. Partout sauf à la fin à partir d’Espalmador, nous avons été surpris de bénéficier d’une fréquentation des mouillages encore extrêmement faible. Comme partout, la période estivale doit être à fuir, notamment si la météo devient défavorable. S’agissant des « vrais » mouillages (sur son ancre), ils ont été limités par un équipement frénétique en bouées. Pendant notre séjour, les journaux faisaient état d’un plan « secret » du gouvernement pour équiper la plupart des calas encore vierges. Entre la légitime protection des posidonies et le tiroir-caisse, pas facile d’y voir clair, mais la tendance est hélas sans équivoque.

Menorca

C’est la moins touristique des îles principales, la plus au nord, la moins festive… mais celle qui nous a semblé la plus authentique. Sa côte très découpée, bien que peu élevée, offre de nombreuses possibilités de mouillages, dans les fameuses « calas ». Elle reste sous l’influence du mistral, appelé tramontana avec lequel il faut composer. Quant aux calas, nous apprendrons à nous en méfier, le terme recouvre à peu près toute côte qui est plus ou moins creusée. Évidemment, en termes de qualité de mouillage, il y a un monde entre une vague plage exposée aux vents dominants et une ria sinueuse qui devient un abri parfait une fois qu’on est au fond.

Les 110 milles qui nous séparent de Barcelone sont avalés en une soirée et une nuit de pleine lune, sous code 0, au petit largue par petite brise, un bonheur de navigation.

Lune

La mer st couverte de créatures curieuses, sortes de petites méduses avec une sorte d’os de seiche sur le dos, bizarre (d’autant que nous retrouverons ces « os de seiche » recouvrant les plages!.

Meduse

Sieste réparatrice à l’arrivée dans la cala d’Algaierens, au nord, bordée de 2 belles plages défendues par la Punta Rota qui porte bien son nom, et presque déserte.

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Arrivée le soir à Fornells, à l’entrée étroite entre des falaises spectaculaires, rouges à l’est et blanches à l’ouest. C’est une vaste baie entourée de collines vertes, paradis de la voile légère, et excellent mouillage de très bonne tenue, bien protégé, sauf sans doute d’une forte tramontana.

Menorca 3

Le village à l’entrée est spécialisé dans la « caldereta de llagosta », délicieuse bouillabaisse à la langouste locale. C’est entouré d’une nuée de dériveurs que Spica repart le lendemain matin pour Mahon.

 

Mahon a été de tous temps le théâtre d’occupation et de conflits entre Phéniciens, Grecs, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, royaume d’Aragon pour 3 siècles (capitale Perpignan), Turcs. On comprend que les Anglais, après avoir chassé les Turcs, aient installé la capitale de l’île à Mahon en 1722, avant de se faire expulser par les Français en 1756, puis de revenir 2 fois, ce qui leur laissa le temps d’installer une distillerie de gin toujours active. L’Espagne prend les choses en mains définitivement en 180

2. La rade, une des plus grandes d’Europe, est de la classe des Plymouth, Brest ou Lorient, très bien protégée par une entrée étroite dominée au sud par l’imposante presqu’île de Mola. Toute l’entrée est hérissée de forts, murailles, défenses qui témoignent des guerres qui ont ravagé l’île pendant des siècles.

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La rade est immense et, après plusieurs îles et ramifications, la ville de Mahon apparaît, perchée sur la falaise, dominée par ses églises en pierre dorée.

 

Mahon 3

 

Mahon 1

 

Bref on est tombé sous le charme et, de notre ponton flottant en face de la vieille ville (qui permet d’éviter la marina située au fond de la rade près de la zone industrielle), nous déambulons du marché aux petites places ombragées et aux ruelles étroites qui ont gardé leur charme provincial.

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Mahon 5

Il y a finalement peu de possibilités de mouillage, sauf dans la cala située, tout à l’entrée, à grande distance de la ville (et en zone militaire, donc débarquement à terre interdit!). Les deux pontons flottants face à la ville sont donc une excellente option. Il ont été baptisés, pour une raison mystérieuse, Cristina et Clementina, nous avons choisi le premier, bien sûr. Ils se situent dans un cadre préservé, tout près d’une île militaire désaffectée, l’Isla Pinto. Nous sommes clairement toujours hors saison, un seul bateau viendra s’amarrer à côté de nous, et seulement la deuxième nuit.

Mahon 6

 

 

Ciutadela

Ancienne capitale de l’ile, choisie par un peuple qui ne devait pas être bien marin, la comparaison avec Mahon est de prime abord cruelle : l’entrée est défigurée par une rangée d’immeubles qui masquent de la mer la superbe tour Saint Nicolas qui date du XVII. La cala est très étroite et l’amarrage des bateaux se fait en épi, cul au quai, sur pendilles et sans trop droit à l’erreur!

Ciutadela 5

Le centre historique est très étendu, avec de larges places, des ruelles étroites bordées de palais et de maisons de nobles qui rappellent que Ciutadela a été la capitale pendant de nombreux siècles.

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Ciutadela 4Ciutadela 3   Ciutadela 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au moment de partir le lendemain, grosse frayeur : un courant violent s’installe brutalement dans la cala, la mer monte de 60 centimètres en 5 minutes, puis redescend aussi vite et d’autant après une pause de 1 ou 2 minutes. Nous voyons les marineros du port arriver très nerveux, en compagnie de personnes du coin qui nous mettent en garde contre le risque de percuter le quai et de prendre des bouts dans les hélices, répétant sans cesse un terme que nous ne comprenons pas « resaca, resaca ». Effectivement toutes les pendilles s’emmêlent, montent à la surface avec les déchets présents au fond.  On profite d’une « marée basse » pour filer sans demander notre reste, avec l’aide des marineros qui tendent fortement toutes les pendilles pour les écarter de notre passage.

Alors c’est quoi, la resaca? Si nous avions lu attentivement les avertissements des guides, nous l’aurions sû! C’est un phénomène très local, proche d’un tsunami. Pour des raisons imprévisibles, un mystérieux déséquilibre apparaît entre les paramètres qui régissent la hauteur de l’eau. Il semblerait que ça se déclenche lors d’une période dépressionnaire, accompagnée d’un coup de vent de secteur ouest à sud et d’une période de vives eaux. Certes les pressions n’étaient pas hautes. Mais comme il y avait 10 nds de SE et une marée de 77, le mystère reste entier. En tous cas en juin 2006 une resaca de 4 mètres d’amplitude s’est déclenchée brutalement dans la soirée. Une centaine de bateaux ont été détruits, certains déposés sur le quai à plusieurs dizaines de mètres de leur emplacement. On comprend maintenant la nervosité des marineros, on l’a échappée belle!

En route pour Formentera…

3 Responses

  1. Louis-Bernard

    Merci pour ce récit agréable, illustré, commenté ; de vraies vacances en somme…. Mais qui rappelle que les règles de la nature sont toujours aussi surprenantes, voire imprévisibles….
    Bon vent pour la suite !

  2. Vincent jean roger

    Tout cela donne envie d’aller voir…
    Où êtes -vous maintenant ?
    Et les 40 noeuds à Gibraltar?
    Retour d’Espagne demain, embarquement lundi 4 sur Swing !
    Amitiés
    Jr

  3. Cecile

    C’est l’architecture que j’ai retrouvé dans les vielles villes de Cuba.
    Merci pour le récit !

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