Alicante – Gibraltar

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7 juin, fini le farniente aux Baléares. Il nous reste 1250 miles jusqu’à La Rochelle, certes en 4 semaines, mais le trajet dans ce sens n’est pas des plus simples. Certaines escales s’imposent par leur position-clé sur la carte ou leur intérêt historique, comme Gibraltar, Porto et La Corogne. D’autres répondent à une météo qui ne nous a pas épargné les coups de vent, les vents dans le nez et les calmes. A chaque fois, nous avons eu d’heureuses surprises enrichissant nos modestes connaissances historiques et géographiques. Mais que d’heures à tirer des bords et que d’heures de moteur!!!

Alicante - Gibraltar

 

Pour l’instant, au départ de Formentera, un petit vent de sud vient gonfler le code 0 jusqu’à la tombée de la nuit, avant; hélas, de s’essouffler complètement.

 

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Alicante

Escale sans grand intérêt, Alicante est entourée de sierras désertiques et, de la mer, elle offre un spectacle d’immeubles paraissant construits au hasard, dominés par son château fort perché sur une colline. Le paseo est, certes, original, mais l’ensemble ne nous convainc pas…

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Ce n’est donc pas la raison de notre escale. Nous nous étions donné rendez-vous avec des amis à Alicante il y a plusieurs mois, et c’est donc avec un grand plaisir que Bertrand et Pilar viennent prendre un verre à bord.

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Bertrand est un ami ex APM de La Rochelle (un peu de pub : APM = Association Progrès du Management – www.apm.fr). De Barcelone, où ils ont vécu après La Rochelle, ils se sont retirés sous le soleil d’Alicante. Pilar est péruvienne, et nous passons la soirée chez eux devant un mémorable dîner péruvien qui avait mitonné toute la journée, bravo Pilar! Rendez-vous pris à La Rochelle, quand vous y reviendrez.

Cartagena

Cette escale n’était pas préméditée, sur le trajet Alicante – Gibraltar que nous avions prévu en direct. Nous préférons y attendre la fin d’un coup de vent d’ouest sur la mer d’Alboran. Quelle heureuse surprise de découvrir cette magnifique ville au passé glorieux, fondée par le carthaginois Asdrubal, élevée comme puissance de l’antiquité par l’empereur Auguste, tombée sous domination arabe, puis redevenue puissance militaire et commerciale espagnole. Son théâtre antique, commandé par Auguste, était totalement enfoui sous plusieurs couches de constructions maures et médiévales, constituant un village de pêcheurs à l’époque moderne. Il a été dégagé, depuis 1995 seulement, par des fouilles d’une grande ampleur, qui ressuscitent ce gigantesque monument, un des mieux conservés de l’antiquité, très bien présenté dans un musée souterrain moderne qui lui donne accès.

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La ville garde la splendeur de sa richesse tirée de son exploitation minière et de son développement commercial avec l’édification de nombreux palais, fin XIX et début du XXème siècle, dans un style néobaroque. Il règne une ambiance de fête dans les bars à tapas bondés à 11 heures du soir, il faut dire que c’est jour de foot! Si on rajoute l’accueil impeccable de 2 marineros sur le ponton de l’excellente marina YPC (celle de l’est), cette escale est vraiment un must à recommander, au milieu de cette côte sans grand intérêt d’Alicante à Gibraltar, où mur d’immeubles hérité des années 70 ne laisse plus que quelques spots sauvages.

 

Gibraltar

Presqu’ile spectaculaire au croisement de l’Europe et l’Afrique dominant le détroit entre la Méditerranée et l’Atlantique, c’est un cap mythique! Bien avant d’en apprendre son histoire tourmentée et les batailles titanesques qu’il a suscitées, il a fallu, nous aussi; le conquérir. Après 40 heures de moteur sur une mer d’huile, nous l’avons vu émerger de la brume au petit matin, rocher isolé de 400 mètres dominant les plaines environnantes, qui nous présente côté est sa face rocheuse verticale spectaculaire.

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Il fait face au mont Jebel, tout près côté marocain, composant les piliers d’Hercule de l’Antiquité. A seulement une quinzaine de miles du but, au lever du soleil, les premières bouffées de vent brûlant nous suffoquent au large d’Almeria. A 10 milles du « strait », vent d’ouest chaud 10 nœuds ;  5 milles plus loin, 20 nœuds, exactement dans l’axe du goulet, nous obligent à tirer des bords au milieu des dizaines de cargos au mouillage ; 5 milles plus loin, près de la Punta Europa, le vent forcit jusqu’à 30 nœuds, la mer devient blanche et d’un seul coup la température baisse d’au moins 10 degrés, le deuxième ris est pris en vitesse et le solent réduit. On lutte littéralement contre ce vent qui semble nous refuser le passage. Et après un dernier virement de bord devant Punta Europa, le vent tombe brutalement à 10 nœuds dans la baie d’Algeciras, nous laissant un peu sonnés sur Spica qui se dandine, désormais manifestement sous-toilé. Bienvenue à Gibraltar!

Nous longeons la partie ouest dont les pentes douces sont couvertes d’immeubles où se concentrent la plupart des 30000 résidents de Gibraltar. Cette ville moderne sans charme contraste avec la beauté sauvage de la côte est. C’est de la marina de la ville espagnole de La Linea que, coincés par un fort vent d’ouest, nous irons explorer pendant 3 jours ce caillou « so british », isolé au bout de la péninsule ibérique.

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Cette position stratégique et sa domination sur le détroit expliquent son histoire mouvementée, marquée par une appartenance maure pendant 6 siècles, lui donnant son château et ses fortifications, puis espagnole pendant 3 siècles et enfin britannique à la suite du traité d’Utrecht en 1713. Depuis, les tentatives de reprise par l’Espagne, qu’elles soient militaires ou négociées ont toutes échoué (notamment le grand siège de 3 ans, de 1779 à 1781) jusqu’à la dernière : en 1968, pour protester contre le résultat d’un référendum favorable au maintien sous la couronne britannique, Franco organisa un blocus, qui isola complètement Gibraltar de l’Espagne durant 16 ans:. Dernière péripétie de cette longue histoire, le Brexit. Coïncidence, nous aurions pu écouter le meeting de David Cameron, venu encourager le non au Brexit (on se demande pourquoi, le rocher est favorable au maintien à 96% !).

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Mais 5 mn avant son intervention, tout est annulé et un organisateur nous apprend l’assassinat d’une parlementaire qui provoque la suspension de sa campagne et l’arrêt de la manifestation. Le Brexit ouvre une nouvelle période d’incertitude, dans une configuration inédite où ce sont désormais les habitants de Gibraltar qui sont demandeurs d’une appartenance européenne renforcée, à contre-courant de la majorité de leurs compatriotes britanniques.

Pour accéder à Gibraltar, il faut d’abord montrer patte blanche à la frontière que franchissent tous les jours des milliers de travailleurs espagnols. Puis on traverse à pieds la piste de l’aéroport, le passage étant régulé par des feux pour permettre le décollage et l’atterrissage des avions!

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Une réserve naturelle occupe toute la partie supérieure du rocher, laissée sauvage. On y accède par un téléphérique et la vue, du sommet, est à couper le souffle, avec au sud, dans la brume, les côtes montagneuses et découpées de l’Afrique toute proche, de l’enclave espagnole de Ceuta jusqu’à Tanger la marocaine, et l’Andalousie au nord.

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La ville s’étale au pied du rocher. Les célèbres macaques du rocher nous entourent., paisibles tant qu’on les laisse tranquilles.

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Dans la descente, St Michael’s cave, gigantesque grotte connue depuis l’antiquité, s’ouvre sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur, ornée de stalactites et de stalagmites formant d’énormes colonnes. Utilisée tour à tour comme cache militaire, comme hôpital durant la deuxième guerre mondiale, une salle de concert y a maintenant été installée, comme à Lanzarote.

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Plus bas, c’est l’homme qui a construit tout un réseau de tunnels pour se protéger des assauts qu’a subis Gibraltar dans son histoire, y stocker des vivres et y positionner des armes : grâce à ces tunnels, elle est notamment sortie victorieuse du grand siège de 1779 à 1781, mené par une coalition franco-espagnole. D’autres tunnels ont été creusés pendant la deuxième guerre mondiale, base stratégique entre Afrique et Europe, formant un vrai gruyère au sein du rocher. Juste au-dessus de la ville, le château maure du 12ieme porte les marques des batailles qu’il a endurées. Il domine la vieille ville et toute la baie d’Algeciras.

La ville fortifiée est entourée de murailles épaisses dans lesquelles ont été creusés des tunnels d’accès. Toutes les casemates, places et bâtiments sont désormais convertis au tourisme, dans une ambiance très britannique : langue, bâtiments, cuisine, horaires…

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Les pubs sont pur jus avec de la Guinness, des stews, des pies et autres spécialités bien british.

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La rue principale est une succession de boutiques, réputées moins cher car hors taxes, mais en pratique, cours de la livre et marges compensent largement. Bien sûr une photo de la reine orne l’accueil du city hall. Intéressant musée qui contient des vestiges gallo-romains, un hammam maure remarquablement conservé et nous apprend la récente découverte d’un peuplement Neanderthal dans les grottes désormais immergées, côté est.

Malgré l’exigüité du territoire, la construction se poursuit frénétiquement, avec les tours d’un nouveau quartier en front de mer, Ocean Village, et de sa marina. A la pointe sud, nous allons en bus revoir Punta Europa qui nous avait bien occupé à notre arrivée. Le petit phare est dominé par le grand minaret d’une mosquée.

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Comme beaucoup, nous avions choisi La Linea pour amarrer Spica près de Gibraltar. De prime abord sinistre, cette petite ville se révèle très vivante autour de son marché et de son centre, très commerçant, l’activité étant dopée par sa proximité de Gibraltar. Malheureusement, la marina en est loin, et se révèle une des pires de notre voyage. Perdue au milieu de nulle part, sur un terrain vague initialement destiné à un centre commercial, on aurait pu penser que l’ingratitude du site serait compensée par un accueil chaleureux, comme presque partout. Et bien non : obligation de s’amarrer sur un quai battu par le vent pour faire la paperasse des formalités, sans aucune aide, toujours aucune aide pour s’amarrer à un ponton bien trop court pour Spica, nous voilà prisonniers du ponton faute de carte magnétique disponible, etc… Les gags se poursuivront jusqu’à notre départ, sans un mot d’excuses et dans l’indifférence la plus totale, est-ce la contrepartie de tarifs particulièrement bas? La Linea rejoint Eveissa à notre hit parade, et on se demande bien pourquoi on n’a pas reconsidéré notre choix en faveur de l’une des marinas de Gibraltar!

2 Responses

  1. Louis-Bernard

    Nous attendons avec impatience le récit de la remontée vers le nord, aussi bien commentée et illustrées que les étapes précédentes….
    Merci de ces témoignages !

  2. Patrick BERTRAND

    Même si Alicante ne vous a pas convaincus, vous y êtes toujours les bienvenus. La cuisine péruvienne a assez de ressources pour d’autres diners. Ce fut un plaisir de vous avoir un moment avec nous. Rendez-vous à Alicante ou à La Rochelle.

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