Martinique (côte au vent)

Classé dans : Caraïbes | 0

La Martinique hors des sentiers battus, tel était notre programme en préparant notre passage à travers l’arc antillais. On nous avait souvent parlé de la côte au vent de la Martinique (côté Atlantique), mais un fort alizé nous avait empêché de l’approcher avec un minimum de sécurité lors de notre premier séjour. Cette fois-ci, après le passage d’une onde tropicale, les conditions semblent durablement se stabiliser, avec une baisse prolongée de l’alizé et moins de mer, il ne faudra pas rater ce créneau. Nous le verrons, il s’agit en effet d’un des plus beaux sites de toutes les Caraibes.

Pour l’instant Les 120 milles entre Barbados et Martinique sont avalés en une nuit. Atterrissage un peu lugubre à l’ilet Cabrit, pointe sud-ouest de l’ile, au milieu des bouts des casiers vaguement repères par des flotteurs minuscules ou des bouteilles en plastique, entre les grains et de bonnes rafales à plus de 30 noeuds,

 

L’escale à la marina du Marin, qui bénéficie de très bonnes infrastructures, est prévue depuis longtemps pour régler quelques questions techniques. Nous sommes surpris (comparativement à 2006) par la qualité de l’accueil. Il règne une bonne ambiance avec tout un tas de petits bistrots et restos tout autour de la marina. Les ships sont de vraies cavernes d’alibaba, et c’est une base technique de premier plan au Caraïbes, où on soulève même des catamarans avec un aspirateur, tout est possible.

 

Finalement cet arrêt forcé se révèle très agréable.

Nous tombons pile sur le jour du marché d’artisanat qui se tient une fois par mois, et qui nous permet (enfin) d’acheter des verres à ti-punch dignes de ce nom.

Cela nous laisse le temps de préparer la suite du programme: l’outil de base, le voici :

Ce guide rédigé par un navigateur, Jérôme Nouel, en vente au Marin, se révèle d’une exhaustivité, d’une précision et d’un niveau de détail remarquables.

Pour nous rapprocher, on va passer la nuit au mouillage à Ste Anne, par un beau dimanche ensoleillé.

   

 

Le lendemain, après un tour au marché, en route pour la côte au vent!

Entre la passe du Vauclin au sud et la presqu’île de la Caravelle au nord, s’étend un vaste plan d’eau de 30 milles de long, protégé de la houle atlantique par une barrière de corail, échancré, côté terre, de quatre baies, appelées havres -les bien nommés- découpés de baies et de pointes. L’intérieur est parsemé d’îlets et de patates de corail (appelées cayes) qui en font sa beauté et sa (relative) dangerosité. L’ensemble donne une infinité de mouillages, plus ou moins bien ventilés ou abrités. Mais les mises en garde du guide et de radio-ponton sont claires, quant à l’absence de balisage de la multitude de cayes, l’étroitesse des passes et la présence de nombreuses nasses de pêche. Ces conditions imposent d’avoir une parfaite visibilité, soleil au zénith dans le dos, et de surveiller la survenue des grains pour ne pas se faire piéger, car on navigue la plupart du temps à quelques dizaine de mètres des cayes.

Au fait…
… on passe où??

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon, nous nous disons que ce n’est pas pire que la baie de Morlaix ou les Anglo-normandes vent contre courant dans la brume, nous faisons prendre l’air au compas de relèvement et à la règle Cras, et en route. Le jeu en vaut vraiment la chandelle : des paysages parmi les plus beaux de la Caraibe, 10 bateaux croisés en une semaine, nous sommes souvent seuls au mouillage, dans un confort total, la houle étant cassée par le reef. Cette solitude est très étonnante, puisqu’en même temps 220 bateaux (on a compté) s’entassent au mouillage à Ste Anne, à 30 milles de là.

Nous rayonnerons à partir de 6 centres d’intérêt ou mouillages, du sud au nord : le Vauclin et Petite Grenade, l’ilet Long et la baie du Simon, l’îlet Thierry et le cul de sac Frégate, l’ilet Lavigne et la baie du François, l’îlet Chancel et le havre du Robert (le plus beau) et enfin la baie du Trésor.

Le Vauclin et Petite Grenade

Après avoir arrondi la pointe sud de la Martinique, il faut remonter au près contre vent et courant, entre les casiers (vraiment très denses!) pour rejoindre la passe du Vauclin, entre la côte et la barrière de corail. Cette partie est sûrement pénible dès que l’alizé monte dans les tours, mais présentement, avec 15 nœuds de vent et un grand soleil, c’est une pure partie de plaisir, et l’ambiance est nettement plus sympathique qu’au matin de notre arrivée.

L’entrée de la passe est bien signalée par deux bouées rouges qu’on laisse à tribord (et oui, on est en balisage inversé par rapport à l’Europe, vert à babord, rouge à tribord). Mais après c’est : démerdez-vous! Les cayes se repèrent à leur frange d’écume si elles affleurent ou par la couleur de l’eau qui passe du bleu foncé au bleu émeraude  puis au marron en quelques mètres. Parfois, d’un peu loin, on se demande vraiment où il faut passer…

Malgré l’heure un peu tardive et le soleil face à nous, nous nous présentons devant la passe du cul-de-sac Petite Grenade. Il faut repérer une maison au sommet de la colline, attendre de la relever au compas à 220°, s’engager entre les cayes déferlant de chaque côté à quelques mètres, puis relever les dérives pour passer le seuil à 1,7 mètres de profondeur. On ne commence pas par la plus facile.

Une fois le seuil franchi, on se retrouve dans une sorte de lac bordé de mangrove, avec quelques très belles maisons sur la rive gauche et une île sauvage à droite. Calme absolu. Trois autres bateaux, à distance, partagent ce havre où on pourrait en loger des centaines. Si ce n’est pas le paradis, ça y ressemble et nous décidons d’y rester 2 nuits. On comprend l’appellation de Petite-Grenade, le paysage nous rappelle les mouillages du sud de Grenade : la mangrove, les belles maisons, le calme, les´ immenses champs de banane au loin…

On gonfle le kayak pour explorer les minuscules plages serties dans la mangrove. Le soir, nous partons en annexe visiter le village de pêcheurs bien dans son jus de l’autre côté de l’îlet, à la recherche (infructueuse) de poisson frais…

Le Simon et l’ilet Long

La baie du Simon est réputée d’un accès relativement facile mais ce matin-là, les grains se succèdent et nous voilà en train de faire des ronds dans l’eau entre les cayes pour embouquer la passe de la Petite France et rejoindre le mouillage de l’îlet Long. En effet si la visibilité n’est pas bonne, les cayes ne sont pas visibles et le coin ressemble à un champ de mines. Le mouillage lui-même est protégé de la houle mais pas du vent et ça décoiffe!

 

Comme toutes, l’île est privée avec une petite maison en bordure d’eau au milieu d’une végétation un peu rase.

Pas une âme qui vive aux alentours. Les fonds sont par contre très décevants, comme sur toute cette côte : peu de coraux, encore moins de poissons. Nous partons explorer en annexe le fond de la baie qui est entièrement privé, bordé de superbes maisons, au milieu de jardins fleuris, avec des appontements pour speedboats.

Le lendemain, au réveil, la vue panoramique sur toute la chaine volcanique est splendide.

Le cul de sac Frégate

Haut lieu du tourisme de la côte au vent pour ses « fonds blancs » et la célèbre baignoire de Joséphine entre l’îlet Thiery et Oscar : ce sont des petites zones de sable blanc entre les herbiers, de faible profondeur, où l’on a pied. Il n’est pas certain que la future impératrice Joséphine y soit venue mais c’était un lieu de rencontre et de plaisirs pour les békés au XIXème siècle. Aujourd’hui,  Ils se repèrent à l’impressionnante concentration de bateaux de toutes sortes – speedboats, maxicatamarans et kayaks – et la musique style Ibiza qui en émane. Un marin local a trouvé le filon, auto baptisé « le roi Mongin » à ses débuts, « l’empereur Mongin » aujourd’hui. Les touristes arrivent par vagues, et le rhum coule à flot… Un conflit a longtemps perduré entre les organisateurs et le petit boutique hotel de l’île d’à côté, mais la hache de guerre semble désormais enterrée.

Nous trouvons au sud de l’îlet Thiery un trou de souris pour un seul bateau entre les différentes cayes qui entourent l’îlet. On attendra sagement le départ des bateaux pour explorer en kayak  la baignoire et ses alentours et « cocher la case » Joséphine, qui ne mérite vraiment pas le voyage!

Le Havre du François

Quelques milles nous séparent du havre du François, mais il faut faire le tour par l’extérieur du reef qui déborde l’îlet Thiéry. Ce havre est plus grand, et on l’explore dans le sens des aiguilles d’une montre : au sud le Trou Monnerot, entouré de mangrove, face à un village de pêcheurs, un peu étroit pour y passer la nuit ; la marina du François pour petits bateaux à moteurs principalement ; puis sur le côté nord du Havre, un petit mouillage tranquille entre l’îlet Lavigne et la pointe de la terre, où sont mouillés 3 autres voiliers. On aspire à un peu de calme après la frénésie qui entoure les fonds blancs. Le seul inconvénient est qu’il est peu ventilé et que l’eau est opaque, comme dans tous les fonds de baie.

   

C’est aussi l’occasion de renouer avec la société après les derniers mouillages sauvages : délicieux blaff (le meilleur de la Martinique, paraît-il) au restaurant Kaï Nono au dessus du port et complément de marché au village du François. L’accès au village distant de 1 km se fait soit par la route, soit par le canal.

Et c’est avec l’annexe que nous bravons les eaux boueuses et le fond incertain du canal qui se faufile dans la végétation : par des appontements un peu branlants, on débouche sur le marché aux poissons, minuscule mais très actif où l’on achète des darnes de thazar. Par le même chemin nous renouerons avec la civilisation de consommation d’un Carrefour Market très bien approvisionné. Petit tour en annexe pour une baignade sur un fond blanc personnel et thazar au barbecue le soir.

Le Havre du Robert

Grand beau temps pour rejoindre le Havre du Robert : c’est une vaste baie, beaucoup plus fréquentée que les baies précédentes par son accès facilité par une large passe, la ville du Robert au fond et quelques petites marina privées autour. En ce jour de samedi on se méfie d’une certaine affluence et on se dirige tout de suite vers l’un des beaux mouillages recommandés par le guide : le célèbre fond blanc du Trapèze entre les îlets Chancel et de la Grotte. Le fond blanc lui-même est recouvert d’embarcations.

On le délaisse pour une anse microscopique, Zouk-la (tout un programme) entre la terre et deux avancées de corail.

 

L’îlet Chancel est également privé, mais on a accès aux petites plages et aux ruines d’un village et d’une ancienne poterie.

 

 

 

 

 

 

 

Il y vit en liberté une très rare espèce endémique d’iguanes.

Le lendemain nous explorerons sous un soleil éclatant et une eau scintillante les multiples mouillages du havre du Robert, plus ou moins ventilées ou abritées, urbaines ou sauvages, boisées ou plus arides…

Petit Piton
Petite Martinique
Pointe Hyacinthe

 

 

Ce sera pour une prochaine fois et nous filons vers la baie du Trésor, en longeant Loup Garou, version martiniquaise de Sandy Island.

La baie du Trésor

La baie du Trésor, à la pointe de la presqu’île de La Caravelle, tire son nom d’un chargement d’or qui aurait été déversé par les corsaires et flibustiers qui s’abritaient dans cette baie sauvage au XVIIème siècle. Pendant un temps, la presqu’île abritait la sucrerie Dubuc. Les terres se sont révélé trop sèches pour la canne, et l’affaire périclita. Il ne subsiste que les ruines de l’habitation, transformées en musée. La végétation a repris ses droits et toute la presqu’île a été transformée en parc naturel, avec un réseau de sentiers qui permet des vues magnifiques sur l’entrée de la baie et la pointe Caracoli  qui la protège.

 

L’un des sentiers permet une visite très pédagogique de la mangrove.

 

C’est sur le sentier que nous rencontrons nos voisins de mouillage, Pauline et Cyril, qui naviguent sur un vénérable Sun Legend de 30 ans. Nous leur proposons de poursuivre notre conversation sur Spica à l’apéro. Quelle n’est pas notre surprise de les entendre arriver à la nage par nuit noire avec dans le sac étanche les bières, les cacahuètes, et de quoi se sécher et s’habiller. Bravo, quel art de vivre sous les tropiques!

Les deux équipages avaient hésité à passer la nuit dans la baie, son statut de parc naturel l’interdisant dans certains guides, d’autres affirmant que l’interdiction porterait sur le mouillage quand des bouées seraient installées. Nous avons fait le même raisonnement : pas de bouées, donc mouillage possible. C’eût été dommage de ne pas s’y réveiller…

Cette découverte de la côte au vent, parmi les plus beaux paysages qu’on connaisse aux Caraïbes, nous a convaincus qu’en sortant des sentiers battus, on peut toujours trouver des mouillages déserts aux Antilles, même en Martinique, à condition d’avoir de bons guides de navigation et de respecter la météo! Seul bémol de taille, on regrette la pauvreté des fonds, tant en coraux qu’en poissons. La pêche est d’ailleurs définitivement interdite dans la plupart des fonds de baie : la mer a été durablement empoisonnée par un puissant insecticide employé sans limite dans les plantations de banane. Malgré les mises en garde des autorités sanitaires, le chlordécone, c’est son nom, a fait des ravages dans l’environnement, et va sans doute se révéler comme un des grands scandales sanitaires des prochaines années, dont on commence juste à voir les premiers effets dramatiques sur la santé des martiniquais riverains des plantations, ou qui y travaillaient.

Au moment de partir, Mr Volvo se venge. Nous devons rejoindre le Marin pour faire réparer une panne d’électronique, chronique sur ces moteurs. Heureusement, nous avions prévu le coup et la pièce à bord, et Jean-Paul, chef d’atelier de Mécaplaisance, est parfaitement à l’heure pour faire la réparation, un grand merci à lui. De toute évidence, ces problèmes vont nous suivre longtemps, Volvo se révélant incapable, depuis des années, de fiabiliser cette fameuse « carte MDI », pourtant essentielle au démarrage des moteurs.

On ne va pas se laisser abattre pour autant, d’autant que ça nous permet de passer la soirée avec Sirius. Nous avons eu le plaisir, pendant des années, d’avoir JeanGab comme voisin de ponton au Crouesty. Sirius, son superbe Sun Magic 44 qu’il a rénové avec grand soin vient d’hiverner à Curaçao, et nous savions que nos routes allaient se croiser, lui se préparant à une transat retour. Excellente soirée avec son équipage, à bord puis dans un excellent bistrot, un peu de pub pour le « 20 », juste au-dessus de la capitainerie. Dommage, JeanGab, que tu ne puisses pas retrouver ta place à côté de Nunki à ton retour!

Tout ça ne nous rapproche pas de St Martin. Il ne nous reste plus que 4 jours avant notre avion, et l’alizé se remet péniblement d’un gros coup de mou. Alors on bascule en mode visite rapide, le prochain post sera court!

 

Laissez un commentaire