Bahamas 2/3 : les Exuma

Classé dans : Atlantique Nord, Sud-Ouest | 1

Ca y est : on touche au cœur des Bahamas. Poussière de 365 îles qui s’étirent sur 80 milles de long, entre le Golfe d’Exuma à l’est, 1000 mètres de profondeur bleu outremer et le Bahama Bank à l’ouest, 2 à 5 mètres d’eau bleu turquoise. On peut les parcourir de deux façons. Soit sur la côte est, rectiligne, sans abri, généralement au vent, pour tailler la route. Soit sur la côte ouest, en général plus abritée, en slalomant entre le îles ou en suivant tout droit des routes entre des waypoints positionnés sur la carte sur des fonds sableux, très peu profonds, où la navigation requiert une grande prudence. Nous optons pour une route mixte, pour profiter au mieux de l’intérêt de chacune.

Pour passer d’un côté à l’autre on emprunte des « cut « , passages étroits et profonds entre les îles, parcourus de forts courants de marée, l’eau couvrant l’immense Bahama Bank devant s’y écouler en force. C’est une navigation à vue, qui nécessite une attention particulière. Les Exuma sont le domaine de prédilection des équipages nord-américains, qui se retrouvent tous les ans comme de vieux habitués, pendant une courte saison.

Les iles elles-mêmes sont basses, couvertes d’une végétation rase avec des plages de sable blanc. La plupart sont inhabitées. Presque toutes sont privées, avec piste d’atterrissage et maisons, parfois abandonnées, avec retour à l’état sauvage. Certaines, en nombre très limité, sont des lieux de rassemblement incontournables, autour d’une petite marina ou d’un restaurant, avec du charme et une ambiance bon enfant. Mais les prix y sont ceux d’une riche clientèle qui dépense sans compter. A terre il n’y a rien à voir, très peu de contacts locaux faute d’habitants et le plus souvent aucun commerce local.

George Town

Nous commençons notre visite des Exuma par la plus grande, Great Exuma, au sud, abritant la capitale George Town. C’est après une navigation de quelques heures depuis Calabash Bay, sous spi par un petit alizé de nordet, que l’on se présente devant Elizabeth Harbour, la grande rade entre George Town et les îles qui lui font face. La passe sud est étroite et sinueuse, entre les cayes non signalées et le soleil dans l’œil, mais la carto électronique semble fiable. Le mouillage est réputé pour abriter la plus grande concentration de bateaux des Bahamas, entre 250 à 500, principalement nord-américains venant passer l’hiver au soleil.

Heureusement pour nous, la saison est presque finie, et il n’y a qu’une centaine de bateaux disséminés dans les différents mouillages, le petit temps présent permettant de jeter l’ancre n’importe où. Près de George Town, on retrouve Nemo et son équipage familial norvégien, avec qui nous avons sympathisé à Caïcos. Nous mouillons pour notre part près de Stocking Island, à l’est, devant Sand Dollar Beach. L’île est accessoirement célèbre pour ses BBQ sur Sand Volley Beach, au restaurant Chat’n Chill. Dans l’annexe sur la plage, la conch salad se prépare à la demande dans son cabanon spécialisé  : le conch est sorti de l’eau, nettoyé, coupé en petits cubes avec de l’oignon, des tomates, du piment, du jus de citron et d’orange… à tomber par terre!

 

 

Les déchets sont donnés aux touristes américains, qui en nourrissent des bataillons de raies, qui viennent les bousculer pour réclamer leur pitance!

Le site n’est pas sans nous rappeler Anegada, aux BVI.

Tribe, un magnifique Gunboat 62 parfaitement entretenu malgré ses 16 ans, est au mouillage juste devant la plage.

Stocking Island est aussi célèbre pour abriter 3 « holes » successifs, rares trous à cyclone des Bahamas, transformés en marinas pour bateaux locaux pour les plus au nord. Celui du sud, protégé par un accès peu profond, est resté plus sauvage.

 

 

 

 

 

Il abrite quelques beaux bateaux traditionnels particulièrement toilés, qui se rassemblent une fois par an lors à George Town lors d’une célèbre régate, paraît-il très disputée. On notera les planches de rappel, mobiles selon l’amure!

 

 

La « capitale », George Town, se trouve à l’ouest d’Elizabeth Harbour, de l’autre côté du bras de mer. Qui n’a pas vu ces splendides yachts privés à Monaco, Antibes ou Saint Barth, immatriculés à George Town, pour des facilités fiscales? Le décalage entre le luxe de ces yachts et le look de leur quartier d’immatriculation est total : George Town est une petite bourgade construite en forme de boucle autour du Lac Victoria, petit étang communiquant avec la mer, avec ses commerces, ses restaurants, ses 2 supermarchés, ses banques, son marché de vannerie avec ses panières à pain à 35$ ! Malgré quelques maisons en ruine et des détritus qui trainent (comme partout aux Bahamas, où on reste au niveau 0 environnemental), il règne une bonne ambiance et les habitants sont accueillants. On accède au ponton des annexes situé à l’intérieur du lac Victoria par un minuscule pont sous la route.

 

 

 

 

 

Comme souvent, il n’y a pas de poubelles. On est censé déposer son sac dans un « truck », contre 2$.

Dans le meilleur des cas, ça doit finir dans un vague incinérateur sans aucun tri, au pire dans la mer. Nous sommes vraiment choqués qu’un pays aussi riche, aussi proche des Etats-Unis à tous points de vue, aussi touristique et doté de sites naturels aussi exceptionnels, se moque à se point des questions environnementales.

Les bâtiments sont aux couleurs typiques des Bahamas, roses pour le gouvernement, de diverses teintes pastel pour les autres.

 

     

On y trouve, paraît-il, le plus important shipchandler des Bahamas, « Top to Bottom », en fait un bric à brac aux prix extravagants!

 

La sortie d’Elizabeth Harbour vers le nord se fait à vue, par Conch Cut, un passage assez étroit qui sinue entre les cayes.

La visite des Exuma se poursuit du sud au nord, d’abord côté atlantique sous voile pour tracer la route, puis au moteur côté grand banc, avec des stops dans des îles ayant connu des fortunes diverses, entre trafics en tous genres, caprices de la jet set, et abritant quelques (rares) belles propriétés.

Darby Islands est notre premier mouillage, bien abrité, par le vent de sud qui nous accompagne depuis quelques temps, sous le vent d’une île habitée pendant quelques années par un excentrique anglais. Il s’y est installé en 1939, a fait construire un château abritant une station radio ultra-moderne, a planté une cocoteraie de 20 000 pieds, importait du bétail. Sympathisant nazi, il a fait construire un quai pour accueillir des sous-marins allemands (qui n’auraient jamais pu rentrer dans l’étroite passe!), et aurait en fait ravitaillé les U Boat passant dans le sound. Après la guerre il est devenu persona non grata aux Bahamas. Il ne persiste que les ruines du château en haut de la colline et l’île est actuellement à vendre. Vous pouvez l’acheter pour 35 millions de $US! Sa jumelle Little Darby se loue, mais les bâtiments ont l’air complètement abandonnés. Entre les deux, les guides signalent un bon mouillage tous temps. Notre visite en annexe nous fait douter des facilités d’accès, et il y a beaucoup de courant.

Farmers Cay

Petit stop-déjeuner à Farmers Cay, où habite une petite communauté de 55 âmes tournée vers la pêche et le tourisme. Une première tentative de mouillage près de l’île principale, Little Harbour Cay, échoue, par mauvaise tenue. Nous traversons pour Great Harbour Cay, où il y a juste la place de mouiller à l’entrée de la belle baie du NW, en dehors du courant dans 2 m d’eau.

L’accueil au ponton de l’île est chaleureux. Il règne en cette chaude fin de dimanche matin une torpeur particulière dans le port principal, Little Harbour.

Le célèbre restaurant-librairie-bistrot Ocean Cabin, semble fermé, et la lecture du panneau des horaires nous laisse dubitatifs.

Mais une voix répond à notre appel, et prend notre réservation pour 13 h. Le temps de faire le tour du village, entre les maisons fermées et les 4×4 abandonnés (c’est fou comme on abandonne les voitures aux Bahamas, il faut dire que ça ne doit pas être simple de s’en débarrasser).

Le « Yacht Club », sa petite marina et son restaurant, joliment situés sur une île la pointe nord, semblent fermés pour la journée (en fait, nous apprendrons qu’il l’est depuis 10 ans…).

Un sculpteur qui ne déparerait pas en Nouvelle Calédonie bondit de sa maison à notre passage, nous fait l’article en vain. Il se console en nous félicitant de l’élection de Macron, et en rigolant des déboires de Trump avec le FBI, mondialisation, mondialisation… A l’heure dite, le resto est ouvert, et 4 américains du Tennessee, venus de Nassau en petit powerboat super motorisé, non ponté, sont déjà attablés, enfin on rencontre quelqu’un!

Le décor est particulièrement soigné, style bistrot de marins avec ses pavillons de tous les pays au plafond (les habitués du Mermaid, aux Scilly, y trouveront quelque ressemblance), sa bibliothèque, son artisanat local de vannerie et ses pastels au mur.

 

Le repas est à la hauteur : poisson pané et « rice’n peas» en légumes. Il ne faut pas oublier de signer le livre d’or en repartant !

Staniel Cay

Incontournable arrêt à Staniel Cay, très active marina dont on entend sans arrêt les appels des motoryachts sur la VHF pour avoir une place. En s’approchant, la densité de bateaux, en particulier à moteur, augmente considérablement. C’est une petite marina entourée de jolis petits bungalows en front de mer et d’un village très touristique.

Le mouillage principal à l’ouest de Big Spot, nous laisse dubitatifs par le vent de SW annoncé, et nous mouillons à l’est pour la première nuit (tenue médiocre). Nous passerons à l’ouest pour la deuxième, sacré intuition on le verra.

L’ambiance est très sympa au bar de la marina, où l’on retrouve le soir l’équipage de Nemo, et où l’on fait la connaissance l’équipage de Tribe,  Gunboat 62 croisé à George Town, skippé et entretenu par Abram et Anna, sympathiques professionnels qui forment l’équipage de la propriétaire et ses filles.

Les deux attractions principales qui attirent les speedboats venus à la journée de Nassau sont une colonie de cochons nageurs sur la plage de Big Major Cay et la célèbre grotte marine Thunderball Cave, où a été tourné un James Bond et le film Splash. Pour ce qui est des cochons, ce n’est pas l’enthousiasme de notre côté.

Mais la visite de la grotte en PMT vaut le détour. Comme il faut la visiter à marée basse, nous avons le choix entre 6 h du matin et 7 h du soir. 6 h, c’est quand même un peut tôt. Rendez-vous pris pour le soir avec l’équipage de Nemo et celui de Tuva’u, Outremer 43, croisé à la Grande Motte avant notre départ. Nous les retrouvons au restaurant du Yacht Club autour d’une une salade. Mais rapidement,  l’horizon se charge d’un énorme nuage noir, qui nous fait accélérer le retour. Nous sautons dans nos annexes pour affronter les presque 40 nœuds et la pluie, des vagues plus hautes que l’annexe à la pointe de l’île. L’anémomètre enregistrera 33 nds établis et des rafales à 39, ce qui fait beaucoup pour un front non prévu (la météo annonçai utne simple bascule au NE avec 10 à 15nds…). Ouf, les mouillages ont bien tenu le coup et le seul dégât collatéral est la perte d’une serviette de plage qui sera finalement récupérée par une plongée d’Olympe, de Tuva’hu, surveillée par un requin. Cela valait bien un copieux apéro, avant que nos routes divergent, Tuva’u rentrant en Europe.

Décidés à ne pas se laisser abattre par tous ces contre-temps, la visite de la grotte est programmée pour le lendemain matin avant notre départ, et cela valait la peine : par un boyau qui ne laisse que quelques dizaines de cm d’air à marée basse, on pénètre dans une immense grotte sous marine qui occupe une bonne partie de l’île, dont la voute, trouée à plusieurs endroits, laisse passer le soleil. Il n’y a plus qu’à télécharger et revoir ce James Bond.

Pipe Creek

C’est un écrin de sable blanc et d’eau cristalline, semés de bancs de roche, au milieu d’îles privées, loin de toute agitation, dont les accès sont particulièrement étroits et sinueux, avec des courants vicieux, au point que les guides en déconseillent la visite. L’accès par le sud nous semble jouable, en entrant ensuite entre Rat Cay et Overyonder Cay (superbes maisons), avant de mouiller au centre, entre The Mice et Thomas Cay. Nous y faisons un petit stop pour y déjeuner. Nous partons explorer en annexe ce lagon sauvage bordé de villas et de resorts discrets et de marinas défendues par des caméras de surveillance! Le site est malgré tout exceptionnel, tout le centre étant occupé par un banc de sable découvrant.

 

 

 

 

 

Warderick Wells

Warderick Wells marque l’entrée sud du parc des Exuma, « The Exuma Cays Land and Sea Park ».

Ce parc de 22 milles de long sur 8 de large a été créé en 1958, en réaction à la surexploitation des fonds sous-marins, principalement à Abaco. Le but était de créer une réserve naturelle où la pêche est strictement interdite. A terre, pas de construction sur la quinzaine d’îlots que comprend le parc, en dehors de la maison du parc sur Warderick Wells.

« Wells » dans le nom de l’île vient de la présence de puits utilisés autrefois par les marins de passage, pêcheurs et trafiquants en tous genre. L’entrée dans le sound est tortueuse entre les bancs de sable et les coraux, mais pour la première fois bien balisée. Des bouées sont installées en plein courant, qu’il faut réserver par VHF la veille à 9 h, selon une procédure assez archaïque (on passe commande -forcément dans des mauvaises conditions de communication, puisque par définition on n’est pas sur place- et le lendemain à 9h, le parc confirme les attributions). A l’arrivée on se voit attribuer un numéro de bouée. Une quinzaine de bateaux partagent le mouillage, particulièrement spectaculaire..

A marée basse le banc de sable au milieu assèche complètement, et l’arrière du bateau est à 50 cm du banc sur lequel on a pied!

La maison du parc vend des objets dérivés, mais pas vraiment d’information sur le parc lui-même. Il n’y a rien à faire qu’à se baigner, faire du PMT (sans intérêt) et profiter du paysage, très beau comme partout. Le lendemain matin, à la fraiche, nous partons faire le sentier de découverte, émaillé de panneaux explicatifs sur la mangrove. Au sommet de la colline Boo Boo Hill, il y a un amoncellement de bois flottés sur lesquels sont gravés les noms des bateaux visiteurs. La prochaine fois, s’il y en a une, on ne viendra pas les mains vides.

La faune et la flore partiellement endémiques, sont superbes, avec le fameux lézard à queue bouclée! (« curled tail lizard »).

 

 

Shroud Cay

Après un stop exprès à Hawksbill Cay (mouillage très beau mais très rouleur), c’est une île très étrange qui nous attend : ceinturé de falaises basses coralliennes, l’intérieur est entièrement occupé par une très belle mangrove, parcourue de chenaux sinueux où nagent de petits requins, avec de belles plages dans les coudes.

 

Le mouillage principal (pas fameux, car ouvert de tous côtés) se situe devant la plage, au sud de la pointe ouest, et le parc y a installé quelques bouées. A marée haute, on peut, en annexe, traverser l’île dans tous les sens. Comme nous sommes à marée basse, un banc de sable nous empêche de rejoindre le rivage côté océan. En rentrant, d’autres équipages américains réunis sur la plage nous font signe de les rejoindre. C’est l’heure du « pot luck », moment de grande convivialité typiquement US où chacun amène son plat, avec transats, parasols, énormes glacières, apéro et de quoi grignoter dans une parfaite organisation. L’un d’entre eux nous explique qu’après avoir navigué dans le monde entier, c’est son ultime plaisir de venir voir tous les ans le coucher de soleil avec ses amis sur la plage de Shroud Cay.

La traversée vers Nassau pour le lendemain s’annonce musclée, elle le sera.

One Response

  1. Super récit et les paysages sont magnifiques. ça me redonne la bougeotte moi…

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