USA 1 : Florida

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A nous l’Amérique!

Qui n’a pas rêvé d’arriver à New York en bateau et passer à côté de la statue de la liberté et d’Ellis Island, dans le sillage des immigrés de la vieille Europe des siècles derniers?

C’est une destination inhabituelle pour les voiliers français. A l’issue d’une transat, ils font soit un tour d’Atlantique et repartent des Caraïbes vers les Açores, soit continuent vers le Pacifique en passant le canal de Panama.

Il faut dire que pour naviguer aux Etats-Unis, il faut vaincre au moins deux obstacles : les formalités d’immigration et l’assurance. Pour l’immigration, l’ESTA, que l’on remplit sur internet avant un voyage aux Etats Unis par avion, ne suffit pas. Il faut un visa (type B1/B2), que l’on obtient en deux temps.

D’abord en remplissant un formulaire sur internet questionnant sur le caractère pacifique du séjour. Une fois qu’on a montré patte blanche, il faut aller à l’ambassade des Etats-Unis à Paris pour un entretien sur rendez-vous avec un officier de sécurité. Après s’être délesté de tout ce qui peut ressembler à de l’électronique, on retrouve l’officier dans l’ambassade, qui nous cuisine à nouveau sur nos intentions. Ensuite, il garde le passeport et si tout va bien, le renvoie avec le visa la semaine suivante. Ces visas sont valables 10 ans, étant bien précisé par l’officier que c’est un « droit à concourir », en aucun cas ils ne garantissent l’entrée sur le territoire.

Pour un résident français, il existe, paraît-il, deux alternatives. La première à l’ambassade des USA de Barbados, mais sans adresse fixe sur place, le doute est de mise. La deuxième est de mouiller aux BVI, de partir aux USVI en ferry, et de demander un visa à l’arrivée. La procédure est parfaitement reconnue contrairement à tout ce qu’on peut lire dans les forums spécialisés, mais le visa n’est que provisoire, pour une durée de 90 jours.

En ce qui nous concerne, pas de problème, moins d’une semaine après, les passeports munis des visas étaient dans la boite aux lettres.

Deuxième obstacle, l’assurance : la majorité des assurances ne couvrent pas les Etats-Unis, pour, paraît-il ne pas s’exposer aux procédures US. Trois courtiers français, dont le nôtre qui représente Generali, l’acceptent, moyennant une modification significative de la franchise, une surprime et surtout une réduction drastique de la responsabilité civile.

Remplissant maintenant toutes les conditions pour nous présenter sur la côte américaine, on espère ne pas se faire refouler. Au préalable, on conseille de faire un tour sur internet, et de faire connaissance avec une future relation, la CBP.

La CBP, c’est l’US Customs and Border Protection, qui dépend de la fameuse Homeland Security.

Fort de ses 60 000 employés (!), c’est un organisme fédéral créé après le 11 septembre, qui regroupe la douane et l’immigration. Il est organisé en « régions » chaque Etat comprenant en principe plusieurs régions. La procédure est la suivante:

– quand on pénètre les eaux territoriales (moins de 12 milles), on appelle le numéro de la CBP la plus proche de son point d’entrée. L’interlocuteur prend note et donne un numéro de téléphone à rappeler une fois arrivé. Souvent, l’officier demande un numéro de téléphone local, ce qui peut poser problème avec un numéro français, mais si on a une carte SIM des Bahamas, les numéros bahamiens étant considérés comme américains, c’est tout bon!

– une fois au mouillage ou amarré à la marina avec le pavillon Q jaune envoyé (demandant la libre pratique, comme à l’entrée dans tout pays, mais ici plus sensible qu’ailleurs…), on rappelle le numéro indiqué. En général, il faut le faire durant les heures ouvrables (8h – 17h), ce qui induit une heure d’arrivée préférentielle. L’officier en ligne demande tous les renseignements du bateau et de l’équipage, et donne le sésame, un numéro d’enregistrement.

– muni de ce numéro, on a 24 heures pour rendre physiquement visite au bureau de la CBP le plus proche. Avant cette visite, les débarquements et contacts avec d’autres bateaux sont formellement interdits. C’est là qu’une sérieuse préparation s’impose : cette procédure ne peut se faire que dans un « port of entry », dont la liste figure sur l’excellent site des CBP. Mais parmi les « ports of entry », il y a de tout : des aéroports, des marinas, ou de simple bureaux éloignés de tout mouillage. Il faut donc, au préalable, Google Maps à la main, vérifier l’éloignement de l’adresse de la CBP du lieu choisi pour atterrir. C’est pour cette raison que nous avons choisi West Palm Beach, plus précisément Riviera Marina : cette marina est adjacente à un terminal de ferries, et les bureaux de la CBP sont à 5 mn à pied, bingo!

– l’entretien « face to face » se déroule au bureau de la CBP (parfois au bateau), en présence de l’équipage du bateau (chacun a droit à photo, empreinte des deux mains, comme à l’aéroport). Nous avons été accueillis par un officier particulièrement aimable, efficace et pédagogue. Outre le droit de séjour de 6 mois, il faut impérativement acheter un cruising permit, d’une durée maximale de 12 mois (sinon, il faut refaire la même manip dès qu’on bouge!). L’ensemble coûte 19$, moins de 5% des droits des Bahamas! Nous voilà enfin en possession du fameux permis, et surtout de son sésame, le numéro que tous les organismes officiels ne cesseront de nous demander.

– ce n’est pas fini : quand on déplace le bateau « significativement » (un peu de flou autour de cette notion, mais c’est en gros quand on entre dans une nouvelle région CBP), il faut appeler le numéro de la nouvelle CBP locale. L’officier demande le numéro du permit cruising, et donne son nom pour attester qu’on a suivi la bonne procédure, en cas de visite des coast guards, qui n’ont pas l’air de rigoler sur le sujet, on en reparlera plus tard.

Michel reste une semaine à West Palm Beach, Riviera Marina, pendant que Christine fait un aller-retour en France. Grande marina calme, dans un bel environnement, services à la hauteur du prix, mais attention, un banc de sable la jouxte côté nord, avec moins d’un m à marée basse. On est tout de même heureux de trouver, sans réservation, une possibilité de laisser Spica à quai une dizaine de jours.

 

En ce week-end à rallonge pour cause de Memorial Day, c’est de la folie, tout ce qui flotte part à l’assaut de Peanuts Island, face à la marina.

Malgré sa taille et sa hauteur, Peanuts est une île créée de toutes pièces à partir des déblais extraits lors de la création de l’inlet de Riviera Beach, qui a été creusé artificiellement.

Michel profite de ce séjour forcé pour faire un peu de maintenance du bateau, visiter la ville et pousser jusqu’à Fort Lauderdale et Miami. Ce séjour nous laissera aussi perplexe que le personnage de ce beau mural de West Palm Beach, tant la Floride concentre la plupart des aspects irritants des USA, au plan économique, social,  environnemental notamment.

 

Son histoire est finalement assez méconnue. Toute la région a été fortement marquée par la personnalité d’Henry Flagler, véritable héros de l’âge d’or de la fin du 19eme, « the guilded age », décrit par Mark Twain dans le roman éponyme. Cofondateur de la Standard Oil, à l’âge de 62 ans il décida de s’installer en Floride. Le coin lui plut tellement qu’il y acheta une maison, puis fit construire un manoir, deux hôtels gigantesques, le tout à West Palm Beach, dans ce qui était à l’époque une île. Comme la région était isolée de tout, il y installa un chemin de fer, jusqu’à l’extrême sud des Keys (ce chemin de fer fut détruit par un cyclone, et les ponts réutilisés pour construire la route qui relie les Keys). Le succès fut immédiat, et ne s’est jamais arrêté depuis. Le manoir Flagler fut transformé en hôtel à sa mort, on lui adossa une tour de plusieurs étage. L’affaire périclita, et l’ensemble fut racheté par sa petite fille dans les années 60, la tour rasée, le manoir restauré et transformé en un musée, passionnant pour connaître l’histoire de la Floride, et imaginer la démesure de la vie des tycoons de l’époque.

 

 

La géographie de l’est de la Floride est assez curieuse : sur plusieurs centaines de km, un cordon littoral percé de chenaux (les « inlets ») isole de l’océan une vaste étendue maritime, plus ou moins large, avec de multiples ramifications. L’ensemble est parcouru par la célèbre « Intracoastal Waterway », réseau navigable intérieur, un paradis pour navigation tranquille loin du grand large par lequel on peut rejoindre la Canada, pour autant que son tirant d’air ne dépasse pas 65′ (raté pour Spica). Le Gulf Stream passe à raser la côte, et pour peu que le vent soit de la partie, même les poids lourds se font malmener en sortant des inlets.

Sur des centaines de km, toute la bande côtière est couverte de maisons ou de résidences de grand luxe, souvent d’accès réservé, dans des condominiums. Les riches retraités américains s’y installent l’hiver, créant des bouchons gigantesques dans la Highway 95, pourtant à 2×6 voies. Comme partout aux US, les distances sont énormes, et à part dans quelques centre villes limités, il faut impérativement une voiture pour rejoindre le supermarché le plus proche, souvent distant de plusieurs miles, et remplir la cambuse du bateau.

Pour un européen, West Palm Beach downtown paraîtrait presque familier : quelques rues sympathiques bordées de restaurants, une belle marina, les immeubles Flagler à l’horizon, une jetée, de belles pistes cyclables.

 

 

Plus au sud, Fort Lauderdale mérite la visite, bien pavoisé ce jour de Memorial Day.

C’est le plus grand centre nautique au monde : 100 marinas, 40 000 bateaux. Sur des km2, la périphérie de la ville abrite un nombre incroyable de PME spécialisées dans tous les secteurs du nautisme, à l’image de Bluewater http://www.bluewaterweb.com/, qui distribue sur internet des guides nautiques et des cartes du monde entier. Une fois qu’on l’a trouvée, l’accueil y est particulièrement chaleureux, et on est tout de suite frappé par la compétence super pointue des vendeurs.

Dans le centre, des canaux ont été créés lors de l’assainissement des marais dans les années 50. Ils se sont recouverts de milliers de maisons d’ultra luxe, chacune avec son ponton et son bateau devant la piscine.

 

Encore plus au sud, Miami downtown parait de taille modeste, quand on connaît d’autres villes des US. Mais le centre d’intérêt, c’est Miami Beach, sur la côte.

La ville date des années 30, inspirée des Arts Déco, et ne manque pas d’allure en levant la tête. Au rez de chaussée, l’alignement des boîtes de nuit est conforme à l’idée qu’on s’en fait, en termes de contenant comme de contenu, avec même quelques traces hippies..

 

La saison d’hiver prend fin, il commence à y avoir un orage par jour, et la chaleur devient franchement insupportable.

Nous sommes contents de repartir le 1er juin vers le nord, avec le sentiment que le meilleur des USA reste à parcourir.

 

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One Response

  1. Clerc didier

    sympa cette description de la Floride , on a passé 3 j à Miami, visité un peu en Ford Mustang Miami beach mais bon pas trop ma tasse de thé.
    J’y étais passé y a 30 ans déjà .
    Véro est donc rentrée en France et je suis resté 1 mois et demi entre Boston et l’ouest du Canada.
    Les formalités pour se rendre aux Us sont définitivement rebutantes pour nous , donc by air puis car.
    par contre j’ai adoré le Massachussets et la nouvelle écosse.
    Bon je vais continuer à parcourir le spica site , a+ didier

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