USA 2 : Beaufort, North Carolina

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Pour remonter la côte US vers le nord, ce n’est pas difficile, on tourne à gauche et on prend le Gulf Stream Express. Courant garanti toute l’année, entre 2 et 4 nœuds. Mais les berges de ce véritable fleuve en pleine mer ne sont pas visibles, bien qu’elles soient très nettes, l’eau chaude en provenance du Golfe du Mexique ne se mélangeant pas à l’eau froide de l’Atlantique (les bulletins de prévision les appellent « Gulf Stream walls, c’est tout dire). La position moyenne théorique figure sur les cartes, mais on ne peut pas s’en contenter car, en remontant vers le nord,  on navigue souvent sur la rive gauche, et à quelques centaines de mètre près on perd ou on gagne l’avantage. La façon la plus sûre de s’y maintenir, c’est de superposer à la carte les données fournies une fois par semaine par l’excellent site de la NOAA (le service hydrographique américain). Il compile plusieurs modèles théoriques, et les met en ligne de façon graphique, il n’y a plus qu’à les reporter sur la carte, et on vérifiera la fiabilité parfaite de ces données. On peut aussi se fier à l’écart de température entre l’intérieur et l’extérieur, de l’ordre de 2 degrés, toutefois plus net au nord qu’au sud, où l’eau ambiante reste assez chaude.

Bien sûr, comme partout il vaut mieux éviter vent fort ou houle de secteur nord, sinon le tapis roulant se transforme en machine à laver et peut vite lever une mer dangereuse, l’énergie contenue dans une telle masse d’eau en mouvement étant prodigieuse : une tranche verticale du Gulf Stream fait environ 30 milles de large sur plus de 300 m de hauteur, ce qui en fait, de très loin, le « fleuve » le plus puissant de la planète.

Sa forme est très biscornue : il touche la côte en Floride, monte plein nord, puis tourne à droite plein est à la hauteur de Savannah sur 2 degrés de longitude, avant de repartir nord-ouest à raser le Cap Hatteras (ce qui, on le verra, complique sérieusement la navigation dans ce coin), avant de quitter progressivement les eaux US pour aller faire fleurir les rhododendrons en Irlande (et les hortensias à Ouessant).

Pour y naviguer dans les meilleures conditions, il est particulièrement intéressant de superposer la situation du courant à la profondeur. Le logiciel Maxsea dispose d’une bathymétrie en 3D qui montre parfaitement que le Gulf Stream, jusqu’à Savannah, parcourt le plateau continental, avant de longer la falaise sous-marine, notamment au large du Cap Hatteras.

A ce niveau, le plateau continental ne fait que 25 milles de large, on commence à comprendre pourquoi nos voisins de ponton Pat et Michelle, sur Jade, qui font souvent la route, nous ont conseillé de bien calculer notre coup avant de passer le cap, les turbulences liées à la rive du fleuve se superposant à celles générées par la limite des grands fonds atlantiques (en 10 milles, la profondeur passe de 100 à 3000 mètres).

 

2 juin, Spica quitte West Palm vers le nord sans destination précise à ce stade, on ira le plus loin possible. Le temps est très lourd et orageux, avec des vents très faibles et erratiques, sauf sous les grains.Ce temps pourri est bien parti pour nous accompagner un bon moment. Même la nuit la chaleur reste étouffante. On passe notre temps à épier les nuages et si un grain devient menaçant, on le surveille au radar pour le contourner (comme il y a peu de vent synoptique, le déplacement des masses nuageuses est très lent). Parfois, on n’a pas le choix, et le déluge est au rendez-vous.

 

 

Quand il est trop large pour dévier sa route, on réduit la toile, car il est impossible de savoir si le vent sera violent sous les nuages. On a été plutôt chanceux pendant ces quelques jours, cernés par les grains, avec une trombe aperçue mais restée à distance du bateau. Polly et Andrew, sur Drummer, n’ont pas eu cette chance, ils ont eu de gros dégâts sur l’électronique à la suite d’impacts d’orage.

 

Au moteur, on engrange les milles, avec un courant impressionnant de plus de 4 nœuds, qui permet d’avancer entre 9 et 10 nœuds sur le fond, sur un seul moteur

Au quatrième jour de mer la météo annonce un front froid assez actif. On décide de s’arrêter à Beaufort, en Caroline du Nord (Beaufort NC, à ne pas confondre avec Beaufort SC, les 2 ne se prononçant d’ailleurs pas de la même manière). Ce port, niché sous le cap Lookout, est le dernier abri avant le Cap Hatteras, qu’il vaut mieux passer dans de bonnes conditions. De plus, cette escale avait l’air de faire l’unanimité parmi nos voisins de ponton. Un coup de téléphone pour vérifier que Spica aura bien une place, et on incurve notre route vers le chenal d’entrée. Dans un fort courant de marée, le chenal d’entrée est embouqué entre les bancs de sable. En ce dimanche après-midi de fin de week-end, nous sommes doublés par d’impressionnants bateaux de pêche au gros qui rentrent à plus de 30 nds. Nous longeons la petite marina, Beaufort Docks, construite le long de la ville, sur un bras de mer bien protégé, en face d’une île sauvage.

 

L’accueil est étonnant : le harbourmaster nous appelle en VHF, deux collaborateurs sans âge nous aident à nous amarrer dans la bonne humeur, le skipper d’un bateau de promenade nous félicite pour notre manœuvre parait-il réussie malgré le vent et le courant (bon, n’exagérons rien!).Même le pavillon français n’a pas été oublié pour nous saluer.

 

Nous voilà confortablement installés, à deux pas du centre, pour un tarif raisonnable aux standards US.

La marina accueille une grande variété de bateaux, du megayacht aux petits voiliers bien adaptés à I’Intracostal Waterway. Le moteur domine cependant, ce qui explique sans doute que chaque poste d’amarrage soit doté d’une pompe à gazole!

Mais comme ailleurs sur la côte sud-est, ce sont les bateaux de pêche qui dominent, avec une compétition de pêche au gros prévue pour le week-end suivant. Le matériel est de sortie!

 

Au-delà de la volonté commerciale d’afficher le meilleur service possible (on sent partout la concurrence entre les marinas), il y a dans cette marina une réelle volonté permanente d’aider les visiteurs. On nous donne en particulier de précieux conseils pour la meilleure manière de passer le Cap Hatteras : on imaginait passer au large, ce qui est un erreur. Il faut passer à terre, sur le plateau continental, en évitant soigneusement la limite du Gulf Stream où se produit la rencontre avec la fin du contre-courant du Labrador.

Côté matériel, la marina a eu l’excellente idée d’acheter 4 voitures anciennes, et de la prêter gratuitement, sous forme de « courtesy car »! Nous héritons ainsi d’une superbe Buick des années 60 pour faire nos courses.

Le contraste est saisissant avec la Floride. Le village est petit, environ 4000 habitants, et présente un ensemble très homogène de très belles maisons en bois construites au 18ième et 19ième, et parfaitement restaurées.

 

 

Toutes les îles basses qui séparent la ville de l’océan font partie de la réserve Rachel Carson, domaine des oiseaux de mer et des chevaux sauvages.

Un superbe musée maritime, de nombreux restaurants délicieux, des jolies boutiques et le general store qui vend des glaces à gogo, partout des habitants sympathiques qui engagent la conversation, les 5 jours que nous allons y passer, coincés par une onde tropicale précoce, vont nous sembler bien courts.

Entre les gouttes, nous en profitons pour visiter le parc naturel.

 

 

 

 

La côte lui faisant face est bordée de belles maisons, chacune avec son ponton individuel.

 

Vendredi 9, le front froid est passé dans la nuit, le très beau temps est de retour. Il est grand temps de quitter Beaufort pour New York, désormais sans escale, car on a épuisé notre capital de temps : la marina est réservée à Jersey City pour le lundi 12, Liliane et Jean-Pierre débarquant de France dès le mardi.

 

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