USA 4 : Long Island

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Long Island

Bande étroite de terre parallèle à la côte du Connecticut sur une centaine de milles, elle protège ainsi un étroit bras de mer, le Long Island Sound. Aux plans administratif, géographique et des transports (métro, aéroports – 2 des 3 aéroports de New York, JFK et La Guardia y sont situés), elle reste proche de l’Etat de New York dont elle fait partie, même si la partie est, la plus intéressante, ressemble plus à la Nouvelle Angleterre. Plus on va vers l’est, plus beaux sont les paysages maritimes, avec enfin des cailloux, des falaises, du relief, de belles rias et des baies découpées à la mode de l’Europe de l’Ouest ou de la Scandinavie. Le temps manquant, nous privilégions le côté Long Island à la côte continentale, celle-ci étant plus urbanisée, et imposant la plupart du temps de s’arrêter dans des marinas.

A Manhasset, premier abri, on peut déjà trouver un mouillage sans voisins immédiats, bien que Port Washington, à l’entrée, soit encombré de nombreux bateaux au corps-morts. Manhasset, c’est le « West Egg » de « The Great Gatsby », où habite le narrateur, on comprend que le sulfureux Gatsby en ait fait le lieu de ses somptueuses soirées dans son manoir au bord de l’eau. Comme on le verra de manière constante jusqu’à Nantucket et Newport, tous ces manoirs ont été parfaitement conservés, et sont méticuleusement entretenus.par les héritiers des Gatsbys.

Malheureusement, le bel anticyclone, qui nous gratifiait depuis plusieurs jours d’un ciel limpide et de records de chaleurs, connaît un gros coup de mou. Nous nous réveillons comme prévu sous une chape de brume, qui ne tarde pas à franchement mouiller. Nous décidons malgré tout de rallier Oyster Bay. Ce site, fameux pour les huitres servies dans les bars branchés de New-York, est en fait composé de 3 anses de plus en plus protégées : Cold Spring Harbour ouverte au nord, Oyster Bay Harbour, mieux protégée mais très encombrée de corps-morts, et enfin la troisième, West Harbour.

West Harbour est un immense plan d’eau absolument désert (comme on n’y voit pas à 200 m, ça ne change pas grand chose) de profondeur constante, environ 3m. On se demande si on n’a pas raté une quelconque interdiction de mouiller. L’ancre tombe devant les arbres, fond de vase molle d’excellente tenue;

A la recherche de vivres frais, les plus courageux partent en annexe dans le brouillard et sous le crachin. Derrière un pont, une quatrième baie s’ouvre, avec le petit village de Bayville à proximité. Outre un excellent bar, nous y trouvons enfin un vrai poissonnier. Nous repartons lestés de 2 homards, d’un beau morceau d’espadon, et de 6 huitres sauvages (pour goûter, à 2.5$ pièce…). Le soir, c’est fête à bord, BBQ de homard sous le crachin, voilà la vraie vie!

© JPRL

Rebelote le lendemain (pour le crachin, quand même pas pour le homard). Le fond de Cold Spring Harbour, accessible par une passe aussi profonde qu’étroite et sinueuse, se cache derrière un grand banc de sable, où s’abrite une colonie de bateaux traditionnels bichonnés par leurs propriétaires.

Mais l’excellente app Radar nous laisse entrevoir une éclaircie possible à mi-journée. Nous avions prévu de rallier la baie suivante, Northport Bay, mais nous commençons par traverser le sound vers les Norwalk Islands, sur la côte du Connecticut, à l’entrée de la rivière du même nom. Bien que le paysage soit un peu abimé par une énorme centrale thermique, les îles sont très belles, type Golfe du Morbihan. Le temps de déjeuner à Sheffield, celle du sud, le ciel se déchire, et l’accalmie nous permet de les traverser de part en part, avant de rallier Long Island et d’entrer en fin d’après-midi dans Huntington Bay.

La visite d’Huntington Harbour s’avère décevante, toute la ria, très belle au demeurant, n’étant que corps-morts à perte de vue. Nous créons l’attraction du soir en faisant le plein au ponton à essence du coin, vite rempli d’une cohorte de joyeux américains, le verre à la main, venant nous souhaiter la bienvenue, nous parler de Macron, et ayant peine à comprendre qu’on ait traversé l’Atlantique pour venir chez eux. On serait bien restés, mais nous avions préféré passer la nuit dans la ria voisine, Northport, qui se termine au cœur d’un beau village. Hélas, pas de place pour mouiller tant les corps morts sont denses, et nous devons rebrousser chemin pour louer une bouée au milieu des autres bateaux. Pour se venger, on file en vitesse à terre la nuit tombée, pour arriver juste avant la fermeture dans un excellent restaurant (Bistrot 44), qui sert le « Cioppino », une sorte de bouillabaisse au homard à tomber par terre.

Réveil avant le lever du soleil, on ne rigole plus. L’étape du jour affiche 60 milles au compteur. Le front passe dans la matinée, avec le retour d’un beau soleil, et force 4 annoncé de SW, fraichissant à 25 nds dans l’après midi. A l’est, Long Island se termine par une sorte de pince de crabe, qui abrite de nombreuses îles et autant de mouillages séduisants sur le papier. Nous ne voyons pas passer la première partie du parcours :un bon courant s’ajoute à une vitesse respectable sur l’eau, il nous faut juste ralentir pour sortir un magnifique « striped bass », version locale du bar. Nous avons la chance d’avoir à bord une grande spécialiste du levage des filets, chapeau bas. Ensuite, c’est atelier salade tahitienne et papillotes.

 

Passé dans le trou de souris de Plum Gut, après Orient Point, on tourne à droite dans Gardiners Bay, et on se retrouve comme prévu à tirer des bords sur 10 milles, courant contre les 25 nds de vent annoncés, heureusement par eau plate, sous la protection de Montauk Island.

Les prévisions météo ne sont pas fameuses. Shelter Island (« lîle abri ») nous paraît un bon choix, plus précisément Dering Harbour, où nous louons par téléphone auprès de Jack une superbe bouée au ras de la côte, parfaitement abritée des vents forts de sud annoncés.

Shelter Island (et plus largement l’ensemble des îles situées entre Gardiners Bay et Long Island) se révèle un terrain de croisière fabuleux. On y trouve partout d’excellents mouillages quelle que soit la direction des vents. Les côtes sont partout très protégées, une constante dans toute la région, avec partout ces belles maisons aux jardins si soignés. A Dering Harbour, une française a monté une boulangerie-café-snack un peu bobo, mais très accueillante.

 

A terre, l’ile est magnifique, très vallonnée, avec des maisons plus modestes que la moyenne, et une belle végétation qui traduit sans doute une certaine humidité ambiante.

 

 

Malgré les apparences, pas de cavalier sans tête en vue.

 

Un yacht club, apparemment très select, occupe la pointe qui ferme la baie. Ici, pas d’Optimists ou de Caravelles pour former les jeunes. On les embarque sur de magnifiques monotypes en bois, aux vernis impeccables.

Le lendemain, la météo persiste dans sa prévision de 25 nds. Etant en avance sur notre programme, nous décidons de rester une nuit de plus, tout en partant faire le (long) tour de Shelter Island. En fait de 25, c’est plutôt 35 qui nous accueillent de l’autre côté, où les îles sont toutes prolongées d’un long et très étroit banc de sable qui les déborde de plusieurs dizaines de m.

Heureusement, un peu de flair permet de trouver un beau mouillage sous le vent de Sag Harbour Peninsula, parfaitement abrité, alors que nous voyons les bateaux au mouillage près du port de Sag se faire sérieusement secouer. Aucune accalmie ne s’annonçant, nous sommes plutôt contents de retrouver Dering Harbour, où pas un souffle ne passe à travers les arbres.

C’est le beau temps temporairement revenu qui nous accompagne ensuite pour quitter Long Island en direction de Mystic River/New England.

Bilan de Long Island  : nous pensons avoir passé le temps nécessaire à l’ouest. Nous avons ignoré la côte du Connecticut faute de temps (sans trop de regrets) et vraiment aimé les îles de l’est, qui méritent à elles-seules au moins une semaine de visite.

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One Response

  1. Claire guihard

    Sympa les maisons « plus modestes que la moyenne »…logeables quand même !!!

    Encore un récit qui fait envie avec ses belles photos.

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