USA 7 : En route vers le Maine

Classé dans : Atlantique Nord, USA | 7

De Newport (sortie de la baie de Narragansett) à Portland (capitale du Maine) la distance est d’environ 200 milles, à condition de passer par le canal qui court-circuite le tour du Cape Cod.

Nous savons bien que la saison est finie. Mais nous faisons le pari de pouvoir passer avant le froid et le brouillard épais. Pas de planning précis, on verra au jour le jour selon la météo.

Mardi 26 septembre, Spica quitte la baie de Narragansett, chahuté par la houle de Maria qui déferle sur la côte.

Direction Cuttyhunk, dont le mouillage intérieur est bien abrité de toutes les directions. Une houle de l’ordre de 4m commence à casser sur les hauts-fonds de plus de 7m de l’entrée de Buzzard Bay. Très vite cependant, les Elizabeth Islands font rempart. L’ambiance à Cuttyhunk est étonnante : on entend la houle déferler de l’autre côté de la dune, alors que le mouillage est parfaitement calme. Le temps s’est arrêté depuis notre premier passage en juin dernier : les bateaux de la petite marina se sont volatilisés. Sur les bouées, 4 bateaux seulement! A terre, toutes les boutiques sont fermées sauf le mareyeur ouvert de 4:30 à 5:30 qui nous vend des huitres et de la soupe aux palourdes, la célèbre “clam chowder”. La lumière est magnifique et le ciel rosé après le coucher du soleil.

Il fallait bien profiter de cette superbe soirée, le lendemain matin on se réveille dans une purée de pois qui ne se lève pas.

Départ de l’île en fin de matinée quand on aperçoit enfin l’entrée du chenal de sortie, et nous naviguons avec le radar en permanence et une veille attentive, dans une visibilité d’environ 300 m.

Le brouillard se lève en arrivant à Marion, petite anse bien abritée sur la côte nord. On prend une bouée où on restera 2 nuits pour laisser passer un petit front de nord.

Le village est résidentiel, avec de belles maisons, mais assez mortel. Le “General Store”, inchangé depuis au moins un siècle, résume bien l’ambiance du coin.

   

Pour remonter vers la baie de Boston, un canal a été creusé et ouvert en juillet 1914. Après 3 siècles de palabres, un financier dénommé Belmont prit les choses en mains en espérant faire une bonne affaire. Il n’en fut rien, et le canal, trop tortueux, fut revendu en 1928 à l’Army Corp of Engineers, qui ont alors redressé son tracé. C’est le plus large canal maritime sans écluse au monde. Il permet d’éviter la côte extérieure du Cape Cod, longue langue de sable en forme de biceps de plus de 200 kms. Curiosité : l’écart de marnage entre le nord et le sud (1,70 m) génère un courant de marée alternatif qui peut atteindre 6 nds, ce qui impose aux bateaux faiblement motorisés de l’avoir avec soi.

Le canal fait 9 milles, bordé de pistes cyclables au milieu d’espaces verts. Il est traversé de trois élégants ponts métalliques. Le premier, magnifique, est un pont de chemin de fer dont le tablier se soulève, les deux autres sont des ponts suspendus classiques.

A la sortie dans la baie de Cape Cod, pas de vent. C’est au moteur qu’on effectue la vingtaine de milles jusqu’à Provincetown, tout au bout de la presqu’île de Cape Cod, bien visible de loin par une tour de 100 mètres de haut.

C’est le bout du monde, avec une côte plate, bordée de dunes basses d’où seuls émergent de petits phares.

 

Un phoque pointe son nez juste à l’entrée du mouillage pour nous rappeler qu’on a changé de bassin de navigation!

A terre, on découvre une ville très touristique et animée qui offre un contraste saisissant avec les villages très WASP que l’on vient de quitter. C’est la première ville gay et lesbienne de la Nouvelle Angleterre. La tenue pour le moins déjantée de certains couples nous dépayse de Marion, à 1/2 journée de navigation! Il y a foule dans les boutiques branchées. Les galeries d’art se touchent, pour le meilleur et pour le pire. La presqu’île a attiré depuis un siècle des artistes de renom. Notamment, Edward Hopper (un des peintres favoris du skipper…) a passé  ses étés pendant 40 ans tout près, à Truro et y a peint quelques uns de ses chefs d’œuvre.

 

 

Et la mer n’est jamais loin du business…

Le bord de mer, maisons dans les dunes, est très typique de cette partie de la Nouvelle-Angleterre dans une ambiance qu’a si bien restituée Hopper.

   

 

On profite de la journée maussade du lendemain pour donner dans le culturel. Le monument, construit au début du vingtième siècle en l’honneur des Pilgrims, domine la ville de ses 100m  de haut.

Cette première centaine de colons a débarqué de la goélette Mayflower le 11 novembre 1610, en provenance de Plymouth, après 74 jours de mer très durs. Un intéressant petit musée donne tous les détails de leur arrivée. On y apprend qu’avant de mettre pied à terre, ils rédigèrent le “Mayflower Compact Act”, qui fixait les règles de vie entre eux à terre, considéré à ce titre comme l’acte fondateur de la constitution des Etats-Unis qui en reprendra les principes. En fait ils ne restèrent pas à Provincetown où la terre était trop sableuse, mais fondèrent en face la ville de Plymouth, homonyme de celle de leur départ.

On fait la connaissance de l’équipage de Lilopin, Dufour 56 qui navigue depuis 3 ans sur la côte est des USA, en provenance de Nouvelle-Ecosse. Marie-Christine et Dominique ont été séduits eux aussi par les superbes paysages et l’accueil des américains, au point d’y avoir déjà passé trois saisons! (http://domacaraibes.over-blog.com).

La température s’est considérablement rafraichie, au point de nous faire renoncer à l’idée d’une étape de nuit directe pour rejoindre le Maine.

On repart sous un soleil radieux, au près, bien emmitouflés puis au moteur jusqu’à Gloucester, en laissant Boston au fond de Massachusetts Bay.

Gloucester est un gros port de pêche, un peu comme notre Guilvinec breton, bordé d’entrepôts anciens.

Il n’y a pas grand chose de prévu pour les non-pêcheurs : on a le choix entre mouiller dans une anse à distance de la ville ou en plein milieu du port, dans un trapèze astucieusement laissé libre, en face des quais de débarquement des chalutiers, solution que l’on retient. Ce mouillage s’avère excellent, de très bonne tenue dans la vase, bien protégé et tout près de la ville. En saison, on doit s’y bousculer. Aujourd’hui, nos seuls voisins sont un couple de canadiens sympatiques. Sur Bandera, Lori-Ann et Michael fuient l’hiver de leur pays (“do you know the canadian winters?”) pour une année sabbatique vers les Bahamas.

La ville est un peu endormie en ce dimanche soir, mais on trouve une brasserie qui fabrique des dizaines de bières que l’on peut comparer à la dégustation, un régal.

Et puis on ne peut pas résister à l’institution de la ville, la Gloucester House, et ses homards directement sortis des cales des pêcheurs.

On repart tôt le lendemain matin par un soleil radieux sans vent jusqu’à Postmouth, qui marque la frontière entre le New Hamphire et le Maine. Grosse ville industrielle au fond d’un estuaire sans aucune marina, rien ne nous y attirait a priori. L’accès en bateau y est rendu difficile par l’absence de port près du centre ville, et un courant d’enfer dans la rivière, qui relie un lac à la mer.

Comme on veut juste faire une courte halte pour la nuit, on prend un corps-mort du Portsmouth Yacht Club, à  l’entrée de la rivière, à Kittery, dans un creux de la rive opposée. Le Yacht Club se niche dans une anse de la rive droite, dans un emplacement spectaculaire, qui offre là aussi quelques bouées Spica aurait pu s’installer.

Adam nous attend patiemment au club malgré l’heure un peu tardive, et va changer notre plan. Très chaleureux, il nous donne plein de renseignements sur les marinas de Portland où il a travaillé, et nous propose de nous conduire en ville. De fil en aiguille, nous l’invitons à prendre un verre à la brasserie locale (encore).

Encore un amoureux des grands bateaux sur lesquels il a travaillé, en transat et aux Caraïbes. ll nous “vend” bien sa ville, qui le mérite : jolie restauration du centre ville, beaucoup d’animation, et de bistrots sympathiques, il semble vraiment y faire bon vivre. Retour à pied au bord de la rivière et au milieu des bras de mer jusqu’au yacht-club.

Nouvelle étape de 40 milles, cette fois-ci rapide, jusqu’à Portland, nous voici au début de Casco Bay, le début de l’archipel du Maine.

 

7 Responses

  1. Marchand jean louis

    Belles ces photos, de vrais tableaux.
    Un peu technique la nav non?

    • Spica

      Bonjour Jean-Louis,
      merci pour ton assiduité et tes commentaires! Technique la nav? Non, pas trop. Certes il y a souvent du brouillard, du courant et certaines côtes sont très exposées. Mais les abris sont nombreux et assez facilement accessibles. Le balisage est excellent bien qu’un peu complexe (les américains n’utilisent pas de balises cardinales, tout est rouge ou vert – et inversé par rapport à l’Europe, vert à babord, rouge à tribord). La météo à court terme est très précise et souvent actualisée. Et de longues traversées se font en zones protégées, comme le Long Island Sound, Buzzards Bay ou les rias du Maine. On le verra dans l’article suivant, les choses sont un peu différentes dans le Maine, au moins pour une raison : la présence d’une densité de bouées de “lobster pots” (les casiers à homards) incroyable, parfois on ne peut même pas passer les deux coques entre deux bouées voisines!

  2. M. Louis-Bernard BOHN

    Chers Michel et Christine,
    Encore de bien belles navigations à votre actif… Merci de nous faire partager régulièrement votre joie de découvrir ces paysages et contrées lointaines et si plaisantes…
    Bon vent et belle nav !
    Amitiés.
    Louis-Bernard

  3. Jean Gabriel OLLIVIER

    Super belles nav.!
    L’idée de nous séparer de SIRIUS fait son chemin … Un vague projet d’une résidence secondaire en Vendée va m’aider à la prise de décision…
    Bonne continuation à vous
    Jean Gab

  4. jean L

    Belles photos et belle ambiance : on s’y croirait. Merci pour ce blog. C’est vraiment beau mais, au bleu vif de l’eau et du ciel on sent que le fond de l’air doit être frais. Magnifique et bon voyage vers le Sud !
    Amitiés
    Jean

  5. Clerc didier

    very interesting,j’ai parcouru toute la nouvelle ecosse il y a 2 mois par la terre , c’est magnifique ,jusqu’ou allez vous ?

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