USA 12 : Florida – Maine express

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USA Saison 2 : retour sur la côte est US. Devant nous, 1250 milles jusqu’au Maine, l’équivalent Canaries – Bretagne. Un peu frustrés de ne pas avoir pu mieux explorer le Maine en octobre 2017 (cf notre article USA 8 – Fall in Maine), nous avons décidé de différer la suite de nos aventures tropicales pour revenir visiter le Maine en juin, plus précisément Downeast, la partie la plus au nord.

Comme l’an dernier, décision est prise de monter vite jusqu’au Connecticut, quitte à passer quelques jours sur Long Island que nous avions adorée, pour attendre l’arrivée de nos fidèles équipiers Liliane et Jean-Pierre, qui nous rejoindront à Newport. Seulement 3 escales devant nous : l’incontournable Beaufort NC, Rudee Inlet et Cape May.

Sortie rude du Lake Worth au départ de West Palm Beach : plus de 20 nds contre 4 nds de courant, il s’agit de négocier de vraies déferlantes bien dans l’axe. Ensuite, les conditions sont parfaites pour remonter : 15 à 18 nds de SE fraichissant à 20 – 23, en tournant vers le sud en même temps que la rotation du Gulf Stream, et voilà  550 milles avalés en 58 heures de ponton à ponton, avec la journée du milieu à 253 milles! Seul évènement, l’arrivée d’un passager clandestin, qui passera la nuit à bord pour se reposer, en refusant obstinément de sortir du confort du carré.

Nous retrouvons Beaufort avec beaucoup de plaisir, sa marina si accueillante, son emplacement stratégique pour négocier au mieux le passage du Cap Hatteras, et le charme de sa vieille ville. Cette fois-ci, erreur regrettable : visite en vélo d’Atlantic Beach. 1 heure dans chaque sens le long d’une route à 4 voies, un pont interminable à 4 voies, pour se retrouver dans une sorte de Palavas à l’américaine, à oublier.

Au retour, arrêt couleur locale à Morehead City, où se prépare un grand événement, le concours annuel de pêche au gros.

Soirée avec nos voisins de ponton, Fred et Christian, qui viennent de ramener leur catamaran Saint Patrick 50 Sea Jay d’Afrique du Sud où il a été construit. On ne peut imaginer deux conceptions aussi radicalement différentes d’un catamaran!

Rudee Inlet

C’est le harbourmaster de Beaufort,qui nous a suggéré de couper la remontée par un arrêt à Rudee Inlet, très bien placé, puisqu’accessible depuis Beaufort avec une seule nuit en mer. Contrairement à la plupart des chenaux très dangereux qui coupent le cordon littoral de la Caroline du Nord et de la Virginie au milieu des bancs de sable, celui-ci est régulièrement dragué et protégé par deux grandes digues. Nous ne nous y aventurerions pas par forte houle, mais cette fois-ci aucun risque. Il s’agit en fait du port de Virginia Beach, baptisée par le américains « Redneck Riviera » qu’on peut traduire « Riviera pour les ploucs » ! Le mur d’immeubles type années 50 qui borde Virginia Beach localise l’entrée, au sud.

Partis de Beaufort au lever du soleil, au milieu des dizaines de bateaux de pêche au gros, on file sur eau plate, sous code 0 jusqu’au Cape Lookout puis sous gennaker toute la nuit. On y voit comme en plein jour sous la pleine lune au large du Cape Hatteras, dont le phare est bizarrement éteint. Par suroît 10 à 15 nœuds, la destination est atteinte en début d’après-midi, plus tôt que prévu. Immédiatement à gauche après l’entrée se trouve un petit plan d’eau entouré de belles maisons, où pas plus de 3 ou 4 bateaux peuvent mouiller.

 

La branche nord est coupée par un pont qui ne laisse passer que les bateaux à moteur dans un chenal donnant accès à une très belle zone de marais sauvages bordés de beaux arbres, qui contraste singulièrement avec les immeubles tout proches. L’excellent dîner sur un dock équipé de sortes de balancelles sur glissières (« gliders ») achève de nous convaincre de l’intérêt de cet arrêt. Toujours écouter les avis des locaux…

Cape May

Le brouillard nous enveloppe brutalement à la sortie de Rudee Inlet, s’épaissit dans l’entrée de Chesapeake, et la température baisse de 10°. Le vent baisse et la pluie s’ajoute au brouillard. La pluie s’arrête devant le mur d’immeubles d’Ocean City, ville côtière où les étudiants viennent traditionnellement fêter leurs diplômes. Traversée de l’entrée de la Delaware et chenal d’accès à Cape May sous un ciel bas un peu triste.

Sur les conseils de Joël, croisé à Grand Bahama sur son RM Jade, nous avions réservé une place à South Jersey Marina.

 

 

 

Abri parfait face à de belles maisons anciennes sur pilotis, long ponton d’accueil « cat friendly », accueil impeccable, boutique, salles de bain individuelles en marbre, machines à laver, pour un prix raisonnable à deux pas du Lobster House, restaurant de poissons doublé d’une excellente poissonnerie.

La ville est à deux kilomètres, bonne distance pour pour se dégourdir les jambes après quelques jours de mer. Cape May se révèle une station balnéaire très bien conservée avec ses 600 maisons victoriennes de la deuxième moitié du XIXème siècle, aussi délirantes les unes que les autres, parfaitement bien entretenues.

 

On croise beaucoup de touristes attirés par les boutiques, les restaurants et les bistrots. Aujourd’hui sous le brouillard et la pluie, la magnifique plage qui borde l’entrée de la Delaware est complètement vide. Et on repart dans la brume épaisse, et toujours sans radar.

L’étape de 150 miles jusqu’à l’entrée de New York est pire que la précédente : veille permanente sans le radar (en panne depuis plusieurs semaines, honte à Raymarine dont le matériel est si peu fiable et le SAV indigne) dans un brouillard à couper au couteau qui se double vite d’une pluie battante. Le plafond se relève un peu juste sous le pont du Verrazzano à l’entrée de la baie de New York, mais on ne voit même pas le sommet des piles du pont. Pour les belles photos, voir notre article sur NYC de juin 2017!

 

 

La statue de la Liberté apparaît tout pâle sauf sa torche dorée.

Petit à petit le brouillard se lève et les immeubles du sud de Manhattan brillent au soleil. East River est embouquée avec la fin du flot qui nous amène sous le soleil à Manhasset Bay, après avoir longé les pistes de l’aéroport de La Guardia.

Quel plaisir après ces deux étapes éprouvantes de saluer le coucher du soleil, un verre à la main, sur le ponton du très select yacht club de Manhasset Bay qui nous permet d’amarrer l’annexe et nous accueille de manière fort sympathique, avant de finir la soirée sur la terrasse de Louie’s, institution locale.

 

La suite en quelques tableaux:

– la régate du dimanche à Oyster Bay, les beaux bateaux sont de sortie.

– une très bête panne d’annexe

Au beau milieu d’Oyster Bay, à 1 mille de Spica, plus de moteur! En bateau, tout peut arriver : le tuyau, à l’intérieur de la nourrice d’essence s’était déconnecté, était tombé au fond, et la pompe d’essence n’aspirait plus que de l’air. Retour au bateau à l’aviron (plus d’1/2 h quand même, c’est fou ce qu’on va vite et loin au moteur…),  le tuyau est rafistolé avec une surliure. Le soir visite de la ville d’Oyster Bay, petite bourgade où le président Théodore Roosevelt avait sa résidence secondaire où il est mort. Il semble qu’il était très apprécié des habitants et a fait beaucoup pour la ville. Après sa mort un parc a été créé en son hommage et sa splendide propriété de Sagamore Hill est ouverte au public. Il est moins connu que son homonyme et lointain parent Franklin Delano mais l’histoire de sa présidence est intéressante : en 1908 le parti républicain, où il ne faisait pas l’unanimité, croyant l’écarter des postes importants, l’a proposé comme vice-président. Le président William McKinley assassiné quelques mois plus tard, Roosevelt lui succède avant d’être élu pour un deuxième mandat. Il s’est illustré par sa médiation dans la  guerre russo-japonaise, dont l’armistice a été signé à Portsmouth (New Hamshire), ce qui lui a valu le prix Nobel de la paix. Sa passion pour la chasse a inspiré la création du célèbre ours en peluche Teddy Bear (Teddy étant son diminutif), à la suite d’une chasse à l’ours dans le Mississipi. C’était la page d’histoire.

le beau mouillage de Northport Bay, où on attend tranquillement qu’un coup de noroît de quelques heures se calme.

l’originalité d’un détour par le Connecticut. Derrière les Thimble Islands, Joshua Cove et Island Bay nous accueillent dans une ambiance de cailloux très bretonne. Nuit très calme par ce vent de NW, mais nous sommes bercés par les coups de klaxon réguliers de la locomotive Boston – New York aux passages à niveaux tout proches, ambiance conquête de l’ouest.

le retour à notre favorie : Shelter Island

Une passe étroite entre deux langues de sable donne accès à Coecles Bay, avec une idée derrière la tête : Fred, du catamaran Sea Jay rencontré à Beaufort, nous avait conseillé le restaurant Ramhead Inn et ses bouées gratuites si on y prend un repas. Mauvaise pioche,  le restaurant est fermé car la saison n’est pas encore commencée en cette mi-juin… Nous profitons de l’abri, excellent par ce temps à grains qui passe brutalement du SW au NW, et qui donne accès à un petit ponton privé pour descendre les vélos à terre.

 

Le lendemain matin, le beau temps revenu, on part faire le tour de Shelter Island : véritable parc arboré parsemé de belles maisons inoccupées, dans des jardins superbement entretenus par des bataillons de jardiniers équipés de tondeuses de la taille d’une petite voiture, débarquées de camions dignes d’un paddock de Formule 1.

 

Les sociétés de surveillance doivent être aussi nombreuses, et on ne se sent pas particulièrement bien accueillis dans cette île-condominium qui abrite les grandes fortunes de New-York.

Et les moyens de transport n’ont rien d’ordinaire.

– la pêche au gros à Montauk

En longeant de belles falaises ocre, cap sur la pointe sud-est de la « queue de baleine » de Long Island, reste de la moraine d’un glacier formé il y a 2 millions d’années.

Montauk  a été créé en 1648 par des colons venus du Massachussetts, attirés par les vastes champs pour leurs moutons. C’est le berceau du premier ranch et des premiers cowboys. L’un des plus célèbres est Théodore Roosevelt (encore lui) et son régiment de cavalerie, les 25000 Rough Riders, venus en quarantaine après avoir combattu les Espagnols à Cuba en 1898.

Un milliardaire nommé Fisher avait rêvé de faire de Montauk un nouveau Miami Beach, mais le crach boursier de 1929 a arrêté ses projets pharaoniques dont ne subsistent que la marina et un hôtel. Les rum runners en avaient fait une plaque tournante pendant la prohibition. Mais Montauk est surtout un très ancien port de pêche, considéré comme la capitale de la pêche sportive sur la côte est. On avait déjà eu un avant goût de cette flotte à Beaufort, en voyant arriver le monstrueux Marlena, 28 mètres, surmotorisé (ils se baladent souvent à plus de 25 nds) bardé de dizaines de cannes en tous genres, venu participer au concours annuel.

Une passe étroite donne accès aux marinas, en passant entre de belles installations portuaires sur pilotis et le port de pêche.

De là, un chenal très étroit, tortueux, balisé par des perches, conduit au lac Napeague, excellent abri naturel circulaire de profondeur constante, environ 2,80m, bordé de plages. Pour s’abriter du vent d’est prévu, on mouille tout au fond, accueillis par une biche qui gambade sur la plage. Un mille en annexe dans l’autre sens ne nous fait plus peur et on part déguster de délicieux sushis dans un restaurant en bordure du canal d’entrée.

– Block Island vue de terre

En cette belle avant-saison, toutes les bouées sont libres, ce qui nous laisse le choix d’un bon emplacement près des marinas. Accueil par un harbourmaster très sympathique et cultivé, qui engage un grand débat sur les mérites comparés de Trump et Macron, sur le Brexit, … Ensuite, tour de l’île à vélo. Old Harbor, côté est de l’île, à l’arrivée du ferry, est très touristique avec ses maisons victoriennes et ses dizaines de boutiques.

Le reste de l’île a un petit air celtique avec ses murs en pierres sèches et ses (très nombreux et raides) vallons verts sauvages.

 

Le phare de la côte SE aurait pu inspirer Hopper.

Au retour, le bar au dessus de la marina, The Oars, tapissé d’avirons, propose tout ce qu’il faut nous remettre rapidement de nos efforts, devant le coucher de soleil, encore une adresse à noter.

 

 

– stop à Newport

Après la Nouvelle Angleterre et la baie de Chesapeake, Liliane et Jean-Pierre reviennent en troisième saison et débarquent du bus de Boston, le jour de notre arrivée. Aussi, coup de chaud dans la baie en découvrant des dizaines de bateaux de course qui régatent dans l’entrée de Narragansett dans une débauche de haute technologie à l’image du maxi Rambler 88 qui survole la course.

Les craquements des écoutes amplifiés par les coques en carbone résonnent dans toute la baie!

Avec près de 200 participants, on a peur de ne pas avoir de bouée dans le système local premier arrivé-premier servi. C’est en effet la célèbre régate annuelle du New York Yacht Club de New York qui continue à avoir lieu, comme par le passé, à Newport, ainsi que la préparation de la course Newport – Bermudes qui part la semaine suivante. Mais nous connaissons désormais le sésame Oldport Marine Service, qui nous affecte immédiatement une excellente bouée près du centre ville.

– Pocasset Bay

La météo n’est guère optimiste pour les jours à venir, avec une succession de fronts froids annoncés. Pour l’heure, tout petit temps qui nous permet seulement de nous positionner à l’entrée du canal du Cap Cod, dans la baie de Pocasset pour la nuit. Mais toute la baie est encombrée de corps-morts et on a beaucoup de mal à trouver de la place pour mouiller, entre les derniers bateaux et le chenal d’entrée. Il est vraiment dommage que, comme de plus en plus chez nous en Bretagne, l’invasion des corps-morts soit telle qu’elle ne laisse parfois plus aucune place pour que même un seul bateau puisse passer la nuit sur son ancre !

– arnaque à Provincetown

Départ aux aurores pour passer le canal avec le courant. Provincetown est toujours aussi déjantée et animée. Mais inflation monstrueuse sur le prix de la bouée : 112,50 $ la nuit alors qu’on paie entre 20 et 50 $ ailleurs! Bien que nous soyons seul bateau visiteur, aucune négociation n’est possible. Et bien nous n’y reviendrons pas, et cette arnaque mérite une large publicité, d’autant que l’abri est très précaire.

Marblehead et le Boston Yacht Club

Compte tenu de la météo annonçant 35 nds rafales à 45 au large, nous renonçons à l’étape directe prévue Ptown – Portland. Direction Marblehead, Spica se régale dans ce vent de travers de 18-20 nœuds fraîchissant et sur eau plate. Une matinée suffit pour débouler à 10 nœuds dans l’entrée de Marblehead avant le coup de vent de suroit annoncé à 14h.

Encore un endroit où il est impossible de mouiller, mais une bouée à 46$ nous confère le titre de membre temporaire du très sélect Boston Yacht Club, et nous donne accès à son célèbre bar surplombant le mouillage, qui abrite une barre à roue du Spray de Joshua Slocum, auteur de l’exploit extraordinaire du premier tour du monde en solitaire achevé en juin 1898 (et qui a inspiré Moitessier pour baptiser son célèbre ketch).

 

 

Il nous reste tout l’après-midi pour arpenter la vieille ville, découverte de nuit en octobre dernier.

© JPRL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore deux demi-journées express à 9 nds de moyenne, et nous retrouvons Boothbay, première escale dans le Maine, après avoir régaté avec le TS 42 Castor et son équipage Antoine, Chloe et leur moussailon Max, sympathiques porteurs du projet humanitaire Ocean Dentiste (http://www.ocean-dentiste.com).

3 Responses

  1. Nicole Crepel

    Bonjour à tous les deux.
    Toujours aussi beau passionnant de suivre votre périple à travers ce blog..
    Bonne continuation.
    Nicole

  2. Patrick BERTRAND

    Bonjour les marins,

    C’est toujours avec joie (et envie) que nous lisons vos aventures.
    Merci pour ces récits.
    Un détail au sujet de Teddy Roosevelt, il est l’un des quatre présidents dont la tête est sculptée dans la montagne à Mont Rushmore.
    Cela laisserait entendre que, parmi les présidents, il est l’un des plus appréciés.
    A bientôt
    Patrick

    • Spica

      Bonjour Patrick, merci pour ce complément historique pertinent! Bises à Pilar.

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