USA 18 : Suite et fin

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Ca tape, ça cogne, ça secoue, ça monte et ça descend, à la sortie de la baie de Chesapeake! Revoilà la grande mer et ça fait plaisir de retrouver l’air du large et la belle couleur de l’eau. Rapidement, les conditions de glisse sous gennaker deviennent parfaites.

 

Spica est salué par des fous de Bassan, au vol puissant. On ne peut pas dire qu’on était malheureux dans la baie de Chesapeake, mais on avait l’impression d’être à la campagne.

La porte des Bermudes définitivement refermée, l’équation est toujours la même pour descendre le long de la côte : le premier vrai abri est Beaufort, en Caroline du Nord, à 300 milles au sud après avoir contourné le Cap Hatteras à la mauvaise réputation. Vu que le Gulf-Stream est à quelques milles seulement au large, il faut raser la côte et éviter à tout prix d’avoir vent contre courant, situation qui peut lever une mer mauvaise, voire dangereuse.

La météo annonce des conditions favorables, malgré un petit front qui devrait nous donner un court épisode de vent dans le nez avant l’arrivée. Dès la fin de la nuit une fois passé le Cap Hatteras, le vent rentre de sud-ouest comme prévu, pile dans le nez. Mais en guise de petite brise, il monte rapidement jusqu’à 25 – 30 nœuds. Un ris puis 2 dans la grand voile, et quelques tours dans le solent, la mer se creuse beaucoup, cette zone pourrie étant parcourue par des courants erratiques de plus de 2 nœuds. Nous essayons de tirer des bords vers la plage, au large, pas de bonne solution… Après avoir bataillé contre vent et courant pendant 14 heures, nous contournons le Cap Lookout, avant d’arriver à Beaufort à 2 heures du matin, non sans avoir vu derrière nous d’autres bateaux faire retour péniblement tout droit au moteur, en tapant énormément et en avançant à 1 ou 2 nds…

Le lendemain matin, on se frotte les yeux : un Outremer 45 (identique à Spica), est amarré à côté de nous, arrivé 3 heures après nous, sans nous réveiller!

Avec une trentaine de bateaux produits, la probabilité d’une telle rencontre doit quand même être infinitésimale. C’est une famille de Miami, qui rêve d’aller naviguer en Méditerranée, comme quoi le rêve est toujours de l’autre côté…

Pour la quatrième fois on se retrouve dans cette marina municipale qui a beaucoup d’atouts : l’accueil prévenant du dockmaster et de l’équipe, la voiture de courtoisie disponible pour faire les courses, le quai animé par les bistrots et les touristes. C’est aussi un lieu de passage obligé pour les bateaux qui longent la côte en direction des Bahamas et le va-et-vient est incessant.

Nous avons le plaisir de retrouver Tribe, premier Gunboat que l’on a déjà vu aux Bahamas (les Gunboat sont de grands catamarans en carbone, construits en toute petite série, que les riches armateurs achètent pour des fortunes).

La société qui les´construisait a fait faillite et à été rachetée à la barre du tribunal de New York par Outremer. Le chantier prépare le lancement du nouveau modèle de 68′ (22 m) – construit désormais à La Grande Motte. Nous passons un moment très agréable à bord avec son skipper Spike, autour d’un plateau de fromage et d’une bouteille de rouge, à disséquer les trouvailles techniques apportées à son magnifique bateau durant ses 17 ans de navigation et de refit.

Spike va changer de vie, en quittant le métier de skipper professionnel pour représenter Gunboat aux USA.

Sur le ponton extérieur est amarré le Lynx, reconstitution en 2001 au chantier de Rockport dans le Maine, d’un clipper de 36 mètres ayant participé à la guerre anglo-américaine de 1812-1815 (cf article USA 17). Sa réplique fait naviguer des délinquants, version locale du Bel Espoir du père Jaouen.

La marina n’a pas souffert de l’ouragan Florence qui a frappé durement la région en septembre. Mais la ville porte les traces de son passage avec des bâches sur les toitures et des arbres coupés. Les commerces ont été inondés.

On revient dans nos endroits favoris : le vieux pub Clawson’s et ses crab cakes très authentiques, le restaurant Aqua, l’un des meilleurs de la côte avec ses spécialités de cocktails au Martini, le General Store et ses glaces, la ville du XVIIIème siècle bien préservée et son environnement sauvage de marais.

Le musée maritime présente une exposition sur le pirate Barbe Noire, dont le vaisseau a coulé à l’entrée de Beaufort : le Queen Anne’s Revenge est l’ex-frégate française de 31 mètres, le Concorde, construit à Rochefort, qu’il a capturé en 1717. Le naufrage aurait été volontaire, pour ne pas partager le butin avec l’équipage! L’épave a été repérée en 2009 et son ancre et divers objets remontés à la surface sont présentés dans le musée.

 En ce samedi 1er décembre, on a droit à la parade de Noël, d’abord à terre l’après-midi avec des chars et des costumes un peu déjantés, puis le soir sur l’eau avec les bateaux transformés en sapins de Noël.

Charleston (voir aussi post USA 11 : 2017)

Partis de Beaufort avec une quinzaine d’autres bateaux qui profitent comme nous d’une fenêtre météo favorable, on fait route directe sur Charleston avec un froid toujours tenace. Par ces excellentes conditions, la matinée nous suffit pour semer tout le monde. Arrivés en fin d’après-midi le jour suivant par 20 nœuds de nord, on s’amarre à Charleston Harbour Marina, en bataillant contre vent et courant .

Charleston a tout d’une capitale : centre historique, boutiques de luxe, musées, belles demeures. On complète la visite qu’on avait faite l’année dernière : quartier huguenot, visites guidées de maisons de planteurs et gouverneurs. Mais cette richesse accumulée sur le dos des esclaves rend mal à l’aise, et la présentation n’en fait pas grand cas.

Saint Augustine

Il aurait fallu s’arrêter à Savannah, autre ville historique du sud mais la météo en décide autrement et il faut choisir : ce sera Saint Augustine. Le froid nous accompagne toujours pendant ces 200 miles. Il faut dire qu’on est partis à minuit de Charleston pour arriver avant un coup de vent de sud prévu le sur-lendemain. D’où deux nuits en mer et arrivée le matin en face de la bouée d’entrée de la passe. L’entrée, réputée dangereuse, n’est pas cartographiée du fait du déplacement permanent des bancs de sable. Mais le chenal est parfaitement bien balisé jusqu’à la marina que nous avons choisie, Conch House Resort and Marina, située dans un bras de rivière sauvage, à une demi-heure à pied de la ville.

Excellent accueil, bon service, bistrot et restaurant sur le dock, très réputé, ce que l’on vérifie sans tarder. La marina, pourtant faite d’énormes docks flottants en béton, a été détruite par le cyclone de 2016, à peine reconstruite et à nouveau dévastée un an plus tard. Depuis, seuls quelques pontons ont été remis en service.

La ville de Saint Augustine vaut le détour et il y a un monde fou!

Petit rappel historique : des premiers fortins établis par les français en 1564 et les espagnols en 1565, l’histoire ne retiendra que le nom de Don Pedro Menendez qui massacra les français, laissant le nom de Matanzas (massacres) à la région et lui imprimant sa culture hispanique. Pendant un siècle, des escarmouches vont se répéter avec les anglais, et les espagnols édifient le fort San Marcos en 1695.

Au cours des siècles suivants, ce fort ne sera jamais pris militairement, et la ville passera alternativement des espagnols aux anglais au gré des traités de paix. La Floride est finalement intégrée aux USA en 1821. La ville va s’endormir jusqu’à ce que Henry Flagler, co-fondateur de la Standard Oil, avec Rockefeller, découvre la Floride, amène le chemin de fer et fasse construire de magnifiques hôtels de luxe. Saint Augustine devient de la sorte le point de départ des développements ultérieurs vers le sud, d’abord West Palm Beach puis Miami et les Keys.

De la ville coloniale, il ne reste rien, mais la reconstitution récente, dans style Disneyland, attire beaucoup de monde dans d’immenses bistrots de tapas qui ne font pas vraiment envie. Les hôtels de Flagler ont été récupérés, l’un par une université, un autre par la mairie et par un musée.

 

 

Les bâtiments sont magnifiques, parfaitement entretenus. En ce samedi, il y a des mariages à tous les coins de rue avec des réceptions dans tous les salons. Le soir on assiste à la parade de Noël des bateaux illuminés, devant une foule enthousiaste qui participe sur internet au vote de la plus belle décoration.

Le lendemain dimanche, c’est plus calme mais il y a des petits orchestres de jazz dans les bistrots et une bonne ambiance familiale. Plus les maisons sont petites, plus la décoration est abondante:

On quitte Saint Augustine dans un froid glacial, sous un ciel gris, au portant sur une mer plate. On a l’impression d’être sur un tapis roulant! On surveille les surfs bien emmitouflés dans le carré, le skipper ne quitte plus ses pantoufles fourrées achetées 9,90$ chez Walmart, quelle trouvaille! Arrivée le matin à Fort Pierce choisie pour couper en deux l’étape inintéressante  entre Saint Augustine et West Palm Beach.

Fort Pierce

Fort Pierce? A éviter! Sur cette côte rectiligne ininterrompue de la Floride, le long d’un cordon de sable bas, bordée de rangées d’immeubles groupés en paquets, s’ouvrent des petits estuaires appelés inlets. Ces inlets font communiquer les voies navigables intérieures de l’Intracoastal Waterway (ICW) avec la mer. La plupart sont peu profonds, défendus par des rouleaux, et réservés aux bateaux locaux. Marina agréable, comme il doit y en avoir des centaines le long de l’ICW. Mais l’environnement est absolument sans intérêt : chantier, route et voie ferrée. On en est réduits à trouver du charme à la locomotive des trains de marchandise, avec son sifflement qui rappelle les films de la conquête de l’ouest!

Juste derrière le bateau, un arbuste couvert d’oiseaux abrite des colonies différentes : pélicans, ibis, cormorans et hérons.

On rejoint la ville à vélo où le seul point d’intérêt (si on peut dire) est un petit musée du « manatee », nom anglais des lamantins ou dugongs, espèce en voie de disparition.

Départ le lendemain matin, et, pour cette dernière étape, on se fait secouer par une mer désordonnée et des trains de houle par le travers qui annoncent le coup de vent de sud à venir. Le vent est totalement irrégulier en force et en direction. On arrive en face de l’entrée de West Palm Beach à la tombée de la nuit.

West Palm Beach

On connaît bien West Palm Beach, villégiature créée de toutes pièces par Flagler, avec son île de milliardaires, Palm Beach (et son désormais célèbre golf trumpien de Mar-a-Lago…), séparée de la ville par le lac Worth. Un pont basculant donne accès au centre ville, en face de rives bordées de belles maisons à l’est. Notre faible tirant d’eau nous permet de mouiller à l’abri du vent, et surtout du courant très fort dans cette partie resserrée de la rivière. On prend le temps de vérifier que l’évitage un peu erratique nous laisse à l’écart des bateaux voisins, avant de filer avec Spikette au ponton de la ville pour un excellent repas arrosé d’un minuty bien frais, qui fête dignement cette dernière étape américaine (Avocado Grill, excellente adresse).

Noël approche, think big!

Très beaux murals un peu partout.

 

Le lendemain, on rejoint Riviera Beach Marina, en passant devant Venus, l’étonnant megayacht dessiné par Stark pour Steve Jobs, boss d’Apple, qui est mort avant son lancement.

Nous sommes très bien abrité du vent de sud-est qui souffle fort en levant un fort clapot dans le lac. Dernières courses et achats logistiques, y compris renouvellement du matériel de snorkelling, check-out à la douane et à l’immigration. On attend le passage du front froid le lendemain soir pour partir à la nuit dans du sud-ouest qui tourne ouest comme prévu. Cette dépression basse est une rare aubaine qui nous permet de traverser le Gulf-Stream en tout confort, à la fois au portant avec vent et courant dans le même sens.

Nous retrouvons chaleureusement Karen, Aaron et Fabian et leur Grand Bahama Yacht Club, qui vont surveiller Spica  jusqu’à la saison suivante début mars 2019.

Survol des Exumas en partant, vivement mars!

5 Responses

  1. Marchand

    Toujours aussi jeunes ces vrais marins félicitations.
    Cela ne semble pas toujours évident ces navigations et l’aleatoire toujours présent quelque soit le travail préparatoire de ces courses en bateau
    Merci de nous les faire partager.
    Retour en France…c’est moins enthousiasmant !
    Amitiés
    Françoise et Jean-Louis

  2. Bohn

    Nous sommes en février et le mois de mars approche…
    Alors merci de nous faire partager ces découvertes et émerveillements…
    Et bon préparatifs pour la prochaine séquence…
    Amitiés.

  3. Nicole Crepel

    Malgré des conditions qui semblent parfois difficiles, tout paraît simple dans vos récits . Bravo et merci de nous faire vivre vos aventures.
    Viendrez vous faire du ski avant de repartir ?

  4. martine Ruel

    C’est vrai que tout semble simple, facile, joyeux, peuplé de belles rencontres…
    Comment allez vous vous réadapter?
    A bientôt les amis
    Martine

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