Kaoha Peretiteni

Classé dans : Pacifique, Polynésie | 3

C’est par ces mots que les Marquises accueillent pour la première fois un Président de la République En quittant la France, nous étions loin d’imaginer cette coïncidence de dates, qui nous fait assister à un évènement inimaginable pour ce petit archipel perdu au milieu du Pacifique, à 1500 kms de Tahiti, dont seule d’île d’Hiva Oa est un peu connue du grand public grâce à Gauguin et Brel.

On imagine les tractations en amont pour le choix d’Hiva Oa plutôt que Nuku Hiva, capitale administrative de l’archipel. Le soutien de l’inscription des îles Marquises au patrimoine mondial de l’Unesco semble la raison du voyage. Le programme officiel comprend la visite du cimetière sur les tombes de Brel et Gauguin, le spectacle de danses marquisiennes au stade le 25 juillet, suivi d’un repas offert à la population ; la visite du site archéologique d’Upeke et du SMA (service militaire adapté pour les jeunes en situation d’échec scolaire) le 26.

Alors que la mise à l’eau de Spica est reportée de plusieurs semaines (notamment en raison d’une panne du guindeau, treuil électrique qui sert à remonter le mouillage, absolument indispensable pour naviguer), nous assistons aux préparatifs de cet événement hors normes.

A terre, opération remise à neuf : nettoyage des bas-côtés et réfection de la route entre l’aéroport et le village, élagage des arbres, plantation d’arbustes ornementaux et installation de drapeaux français sur les poteaux électriques, peinture des bâtiments communaux en un drôle de vert. Plus une seule herbe ne dépasse!

Au port, c’est l’embouteillage : les deux bateaux ravitailleurs, le Tapporo et l’Aranui arrivent à 24 heures d’intervalle et la houle s’invite pour compliquer les déchargements. Le Tahiti Nui, bateau du gouvernement arrive en même temps pour transporter les délégations officielles et les danseurs venus des autres îles des Marquises. Lors de sa première rotation, il est obligé de se mettre à couple de l’Aranui et de débarquer ses passagers par navettes, pendant qu’une barge en marche avant toute la journée l’écarte du cargo! Accueil traditionnel, c’est le mave vai, “venez!”.

Au stade transformé en salle de spectacles, installation de gradins, peinture d’une fresque sur les oiseaux en voie de disparition (terminée vraiment au dernier moment…), mise en place de Tikis géants.

Devant la tribune, une gigantesque pirogue polynésienne tient lieu d’estrade Les répétitions s’enchaînent depuis l’arrivée des troupes pour mettre en place les 6 tableaux chorégraphies par les différentes îles réunissant 500 danseurs. C’est la première fois que les danseurs des 6 îles dansent ensemble et la mise en place semble un peu laborieuse…

Côté sécurité, les gendarmes ont reçu deux motos pour ouvrir le cortège présidentiel (!) et des renforts en hommes. On voit arriver petit à petit des militaires puis les fameux hommes à oreillettes. La capacité de la République à déployer ses fastes patriotiques dans une bourgade de 1000 habitants à plus de 30 h d’avion de Paris est vraiment un sujet d’émerveillement…

Le relai Moehau où nous logeons occupe un endroit stratégique à l’entrée du village, juste au dessus du stade. Toute l’équipe de journalistes et techniciens (24 …) de la chaîne Polynésie 1ère loge ici, et occupe toute la pension. Nous nous retrouvons donc à la rue, mais Georges, propriétaire du relais, nous prend en pitié et nous trouve une chambre sans visibilité en tassant un peu les journalistes. On est donc aux premières pour suivre l’évolution des préparatifs.

Au village d’Atuona, c’est l’effervescence : les roulottes d’été, style food truck, qui étaient interdites depuis un an à cause du covid, sont autorisées pour 4 jours. On y mange une cuisine authentique, principalement des plats marquisiens à base de cochon, de chèvre et de poisson cru, mais aussi des plats chinois.

Les délégations ont amené leur artisanat, surtout la sculpture, avec la représentation de tikis, des plats, des pagaies ; les tapas réalisés à base d’écorces d’arbre aplaties sur lesquelles sont dessinés des motifs marquisiens ; des colliers de graines, des tissus fleuris et des bijoux tous originaux et uniques. Certaines îles ont leurs spécificités : à Ua Pou, travail de la pierre fleurie ; à Tahuata, sculpture sur os et rostre d’espadon ; à Fatu Hiva sculpture sur bois dans la vallée d’Hananvave et tapas à Omoa. Ils exposent sous les colonnades de la place centrale et c’est l’occasion de discuter avec les femmes et quelques sculpteurs : certains sont très jeunes et continuent la tradition familiale.

Jour J, les consignes sont strictes : tous les spectateurs doivent être dans le stade avant l’arrivée du président, la route étant bouclée (il n’y en a qu’une !). Alors on regarde autour de nous. Les femmes ont sorti leurs plus belles robes et portent des couronnes de fleurs superbes.

Il règne une ambiance bon enfant, on se croirait dans les années 60 à attendre la visite de De Gaulle en province.

Les danseurs patientent sur la pelouse. Une trentaine de musiciens, uniquement des percussions, stimulent le public de temps en temps. Tout ça nous fait penser à la mise en scène d’un péplum romain, César – Macron fendant la haie des guerriers sous les applaudissements, précédé de cavaliers depuis le front de mer.

Sur la pirogue, la maire d’Atuona l’accueille par un discours de bonne tenue, et en profite pour le baptiser “Te Hakaiki Taha’Oa” (le grand chef qui marche et qui va loin).

Ensuite, le spectacle marquisien s’installe, vraiment impressionnant, avec une mise en place impeccable même si on se perd un peu dans les différents tableaux, faute de sous-titres. Très beaux chants. Bouquet final avec la danse de l’oiseau, où les couples représentant chacune des îles montent sur scène pour déposer dans un vase sculpté des plumes d’oiseaux offertes ensuite au Président, avec un cadeau XXL de chaque île, il ne repartira pas les mains vides.

Pour mieux apprécier le spectacle, le lien sur les superbes enregistrements de Polynésie la 1ere:

https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/marquises/hiva-oa/exquises-marquises-retour-en-videos-sur-un-show-extraordinaire-1067251.html

Discours de remerciements du Président avec quelques mots en marquisien pour chaque île, très appréciés. Il confirme son soutien au dossier d’inscription de la culture marquisienne au patrimoine mondial de l’Unesco (tout ça pour ça… ?). Puis bain de foule avec selfies pendant près de 2 heures.

Les marquisiens que nous cotoyons depuis notre arrivée nous ont expliqué ne pas être spécialement pro Macron, mais être très légitimistes et très fiers d’accueillir le Peretiteni (président) comme l’indique la bannière sur la scène.

Quant à nous, nous nous rapprochons des fours marquisiens : comme en Nouvelle Calédonie, ce sont des trous creusés dans la terre où des plats traditionnels à base de ragouts de cocon ou de chèvre au lait de coco, accompagnés de légumes racine, sont enveloppés dans des feuilles de bananiers puis dans un grand sac et cuites pendant 10h au contact de pierres réfractaires, au préalable chauffées au feu. A l’ouverture, cérémonie avec des chants guerriers impressionnants, puis ces énormes sacs sont portés sur des tables, déposés dans des plats, bénis puis distribués à tout le monde. Les plats qu’on a goûtés étaient délicieux mais en bouchaient un coin!

L’alcool avait été interdit depuis 3 jours pour éviter que les esprits ne s’échauffent et effectivement, nous n’avons vu aucun dérapage.

Une fois le président parti, tout le monde disparaît, le calme s’installe, à peine perturbé par un épilogue qui fait grand bruit : un camion de pompiers, amené pour l’occasion, tombe dans l’eau lors de son embarquement sur le Tahiti Nui, entre le quai et le bateau ; malgré l’intervention des plongeurs de Marquises diving pour passer une élingue sous le camion, plusieurs heures seront nécessaires pour remonter l’épave de feu ce magnifique camion, comme accroché à un hameçon! Radio-quai suggère que le camion n’avait pas été vidé de son eau pour transporter cette précieuse cargaison à Manihi, atoll des Tuamotus. Les 5 tonnes supplémentaires ont été fatales à l’une des élingues…

Le calme étant enfin revenu à Hiva Oa, nous reprenons nos préparatifs laborieux, entrecoupés de tourisme.

3 Responses

  1. Louis-Bernard

    Quel récit coloré et haletant !
    Merci de nous avoir fait partager ce moment de la visite du « grand chef en marche qui va loin » !
    Cela mérite bien d’être au patrimoine de l’humanité.
    Bonne continuation !

  2. Anita et Alain

    Magnifique récit
    On aurait aimé être là , avec vous, pour profiter de cet événement exceptionnel.
    Merci pour ce très bel article , tellement agréable à lire
    Voilier MAKANI II

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