Hiva Oa 2ème saison : en attendant la remise à l’eau…

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Arrivés le mercredi 13 juillet, on pose nos sacs au relais Moehau, à 20 minutes du chantier. Difficile en effet de vivre sur Spica sans aucun confort à bord, de supporter les 35° dans le bateau l’après-midi et les moustiques sans un souffle d’air (nous sommes au fond du chantier, adossés à la falaise), tout en pataugeant dans la boue dès la première pluie.

Cherchez Spica!

On a une semaine de préparation intense avant la remise à l’eau de Spica prévue le 20 juillet : carénage (14 m x 2 coques…), révision et essais des moteurs, réinstallation des voiles, nettoyages, rangements, courses…  Mais un bateau, c’est fait pour naviguer, pas pour rester à sec pendant 2 ans, et les pannes vont s’enchaîner jusqu’à retarder notre mise à l’eau de 6 semaines. Ces pannes successives étant riches d’enseignements, nous en ferons un article à part.

Nous surmontons un moral fluctuant pour approfondir notre connaissance de l’île et faire des rencontres, d’autant que nos après-midi sont libres, la chaleur rendant les travaux à bord presque insupportables dès midi.

Atuona n’a plus de secret pour nous.

C’est un village de 1500 habitants. La partie basse s’étire en arrière du stade avec sa mairie, le dispensaire, la pharmacie, le collège Saint Anne à côté de l’église catholique, le musée Brel et Gauguin, le fare artisanal, les 2 « magasins » (petits supermarchés), un coiffeur, le Mango Bar tenu par la copine du topographe, des « roulottes » ouvertes aléatoirement, sortes de food trucks sédentarisés à la sauce polynésienne et 2 restaurants. Il faut un peu de temps pour en comprendre le fonctionnement, jusqu’à ce qu’on découvre la page Facebook « Vendre et échanger à Hiva-Oa »  qui donne les clés de cette économie un peu souterraine.

Le reste du village se disperse sur les collines environnantes, avec de belles maisons au milieu des arbres fruitiers. Et partout des poules et des coqs. Au bout de ces quelques semaines, on commence à connaître beaucoup de monde dans ce petit microcosme.

On passe plusieurs fois au fare artisanal, où l’artisanat des différentes îles est exposé. Certains artistes d’Hiva-Oa travaillent sur place et c’est l’occasion de discuter avec eux sur leur savoir-faire, et bien sûr, on ne résiste pas à acheter des petits objets en souvenir.

Au chantier, à l’heure des mails du matin, on papote avec Lionel. Figure des Marquises et des Tuamotu, il les sillonne depuis des années sur son Ovni 37, après un premier tour du monde. Il nous renseigne sur les atolls qu’il affectionne le plus et nous met en garde sur les pièges à connaître. Bruno quant à lui prépare son bateau en alu au chantier et partage avec nous les aléas d’un séjour à sec prolongé.

Une exposition artisanale avait été organisée pour la venue du président, chaque ile présentant ses meilleurs sculpteurs. Au stand d’Hiva Oa, nous tombons sur une très belle sculpture, sorte de vase en bois de rose aux parois en forme de flammes, que nous avions admirée à l’aéroport de Papeete, il y a deux ans. Le sculpteur s’appelle Philippe Cristofini, et doit avoir une certaine renommée car le gouvernement lui a commandé un cadeau pour Brigitte Macron. https://fr-fr.facebook.com/pages/category/Just-For-Fun/Phil-Cristo-268881816557757/ 

Il vit ici depuis une dizaine d’années, dans une maison juste au dessus du port. Il nous propose de venir lui rendre visite. Rendez-vous pris quelques jours plus tard. Son atelier est dans son jardin sous un abri, dans un fouillis de troncs d’arbre, de pièces en cours de réalisation et de machines et outils pour travailler le bois. Il nous explique les différentes essences de bois qu’il trouve sur l’île et nous montre sa technique originale, inspirée de la poterie, qu’il a apprise avant de travailler le bois. Il nous fait la démonstration sur son tour à partir d’une bûche, avec une habileté impressionnante. La commande de ce bel objet est confirmée, on la récupèrera dans quelques semaines avant de quitter les Marquises.

Le contact passe entre nous, et il nous propose de nous accompagner pour une randonnée d’une journée à travers l’île.

Le samedi suivant, départ à 7 heures ; sa femme nous dépose en voiture en haut de la route d’Hanaiapa et nous voilà partis pour une balade de 19 kms. Il ne nous avait pas dit qu’il était triathlète et courait tous les matins 10 kms. Mais il adapte sa foulée à notre rythme. Le sentier traverse une forêt humide d’altitude, franchit plusieurs crêtes, puis passe à côté d’une ferme isolée et descend à flanc de colline dans des paysages plus arides avec des vues extraordinaires sur la côte jusqu’à la plage d’Hanatekuua.

Philippe nous fait partager sa passion des arbres et nous montre les différentes espèces selon l’altitude et l’exposition ; certaines sont endémiques et sont menacées par les espèces invasives introduites par l’homme : acacias pour nourrir les chèvres, tulipiers du Gabon, gigantesques falcatas, pins des Caraibes, … A chaque fois, ces espèces prennent le dessus, assèchent le sous-bois et entraînent la destruction de la diversité des espèces endémiques.

Un incident aurait pu gâcher la rando : la semelle d’une des chaussures de Christine se décolle entièrement, mais Philippe sort la machette de son sac, pèle une branche de purao (espèce à tout faire) et fait une lanière qui tiendra toute la rando!

La plage d’Hanatekuua est sûrement la plus belle d’Hiva Oa : sable blanc dans un écrin de cocotiers et de bois de rose. Un platin de calcaire d’où jaillit une source d’eau douce. Trois maisons de week-end en bordure de plage. Rafraichissement avec des noix de coco, longue baignade dans une eau turquoise, d’une température idéale et beaucoup de chance : pas de nonos ce jour-là (les nonos sont des mouches minuscules qui sévissent sur les plages et laissent des bouffioles rouges très douloureuses qui ont tendance à s’infecter). Nous reprenons un chemin côtier en balcon au dessus des criques, jusqu’au village d’Hanaiapa où la voiture nous attend.

Il est vraiment dommage qu’à Hiva Oa aucun sentier de randonnée ne soit mis en valeur par la commune, qui visiblement s’en désintéresse (cf le raccourci du port au village, franchement dangereux par temps humide) avec pour conséquence l’absence de guide pour faire découvrir des sites aussi extraordinaires, nous avons eu beaucoup de chance de rencontrer Philippe.

Le samedi suivant, nous décidons de louer un 4X4 pour visiter les sites archéologiques et faisons signe à Lionel et Bruno pour une joyeuse équipée à 4.

Direction le site d’Upeke, déjà visité il y a 2 ans, mais nettoyé à l’occasion de la visite présidentielle, et où on peut enfin voir quelque chose. Le site est au fond de la vallée de Ta’a Oa, anciennement la plus peuplée de l’île. Parmi les différents clans, celui des Tiu était considéré comme le clan souche. Une légende raconte qu’il y avait ici un arbre merveilleux sur lequel vivaient tous les oiseaux des Marquises. En s’effondrant, les branches touchèrent les différentes îles et donnèrent à chacune un oiseau particulier. Le grand tohua est une esplanade rectangulaire impressionnante, pavée de grosses pierres, où se déroulaient les festivités, les danses et les jeux.

Il est surplombé de plus petites terrasses, les meae, considérés comme des espaces sacrés (tapu) où avaient lieu les prières rituelles pour les récoltes, où étaient apportées les offrandes, dont les victimes humaines. Des tikis, statues représentant les dieux ou les ancêtres divinisés, ont dû être pillées sur ce site et il n’en reste plus qu’un, un peu plus en hauteur, à côté des pierres creusées où s’effectuaient les sacrifices.

Nous rallions ensuite Puamau, puis rendons visite au tiki souriant, cf notre post http://spica.cool/wp-admin/post.php?post=12962&action=edit

Un peu plus tard, Lionel nous emmène dans la vallée des pétroglyphes, qui part du fond du port par un sentier forestier, et qui est désormais à l’abandon. A coup de machette, on finit par atteindre le grand pétroglyphe, pierre gravée de grande taille, qui aurait dévalé la rivière lors d’une forte crue.

Au dessus, on joue à Indiana Jones, sur un autre paepae noyé dans la végétation, probablement premier d’une série non explorée par les archéologues.

Virée à Tahuata pendant 2 jours avec Lionel sur son bateau Ivitu. Comme il voyait notre mine dépitée, il nous a proposé une bouffée d’air frais sur l’eau. Michel à la barre retrouve les mêmes sensations que sur notre ovni breton, dans le canal du Bordelais entre Hiva-Oa et Tahuata, sous 15 nœuds de vent portant, l’idéal pour s’amariner. Après 3 heures de nav, nous mouillons devant une plage de sable doré (rare aux Marquises) dans l’anse d’Hanamoenoa, rebaptisée anse de Steven, du prénom du solitaire qui vivait là, décédé en début d’année. Baignade délicieuse dans une eau transparente à la température idéale. On revit…

Lionel le joue à la marquisienne : mise en place de pièges à cochon pour le barbecue du lendemain…

… et montée au col pour voir la vue.

Cette petite balade anodine s’est révélée une épreuve à la koh-lanta, en nous frayant un passage à coups de machette dans les éboulis. Arrivés au col, toujours pas de chemin pour redescendre, mais une vue splendide sur les deux baies. Le retour aurait été plus facile si on ne s’était pas fait attaquer à 2 reprises, une chacun, par un escadron de guêpes,  sans autre conséquence qu’un bon nombre de piqûres pas franchement indolores…

Le résultat des pièges à cochon : un porcelet pris dans le filet, trop petit et remis en liberté. On ne peut pas dire qu’on était soulagé avec Michel mais la perspective de dépecer un cochon ne nous enthousiasmait pas!

En tout cas, deux jours tous seuls dans une baie sauvage, sans village sans internet. Le retour au chantier a été un peu tristounet.

Passant matin et soir devant le site de la météo, nous finissons par grimper le raidillon qui y mène; qui domine le port.

L’agent de service nous accueille à la marquisienne avec son ukulelé. Depuis ses bureaux (quelle vue !), il nous explique le fonctionnement des installations.

En fait, tous les instruments sont télécommandés depuis Faa’a à Tahiti. Le rôle de l’équipe locale se limite à vérifier que tous va bien, et à lâcher, tous les jours à 13h, un ballon sonde gonflé à l’hydrogène. Les prévisions sont faites à Faa’a. Questionné sur leur relative imprécision, notre interlocuteur, ancien prévisionniste, nous confirme qu’elles souffrent d’un manque d’observations (peu de bateaux sont équipés de stations automatiques, peu d’avions traversent la zone, notamment depuis la crise sanitaire), et d’une tendance des (jeunes) prévisionnistes à retoucher de moins en moins les résultats issus de la modélisation.

Le 2 septembre, les derniers problèmes techniques nous empêchant vraiment de naviguer semblent réglés. Il nous en reste encore beaucoup, mais nous décidons de les régler plus tard, et de remettre Spica à l’eau, sans encombre dans ce sens, sous le contrôle de Maria et Vincent, propriétaires du chantier. Merci à toute l’équipe.

Nous mouillons au fond de la baie de Tahauku, derrière Bruno, mis à l’eau juste avant.

Nous prenons congés de tout le monde, au chantier et ailleurs, et cap sur Tahuata pour une première sortie de 11 milles vers le paradis, yes !

Spica et Orpao

10 Responses

  1. Jean-pierre Roux Levrat

    Ça fait plaisir de voir Spica sur l’eau. Bon vent !

  2. Crepel

    Sympa d’avoir de vos nouvelles..
    Vous avez réussi à optimiser un max vos semaines de galère .
    Bon vent pour la suite de votre navigation dans les Marquises et j’attends avec impatience
    la suite de vos aventures.
    À bientôt donc.
    Nicole

  3. Marchand

    Pas toujours de tout repos , mais vous êtes jeunes et courageux
    Bonne nouvelles decouvertes
    Amitiés
    Jean-Louis

  4. Marchand

    Difficiles retrouvailles
    Votre bateau vous reproche peut-être de l’avoir laissé aussi longtemps
    Profitez bien
    Amitiés
    Jean-Louis

  5. Philippe

    Bravo les Amis, mais oubliez vite les galères et profitez bien !!
    À bientôt

  6. favier anne

    La Suite , La Suite , La Suite …..
    Bises d’une sédentaire
    Anne

  7. Claire guihard

    Encore un beau chapitre à dévorer. Et des photos !
    Bloqués à terre mais que de découvertes.
    Bon vent. À bientôt .

  8. Bouyssou

    Bravo les amis, quel talent de conteur, on s’y croirait. Mais je regrette que vous n’ayez pas eu l’occasion de decouper un cochon sauvage ! En tout cas, les photos sont superbes et ne peuvent que susciter des vocations !
    Sur le Bassin, il est temps de sortir le Pacific de l’eau, retour au chantier dans deux jours.
    Si vous revenez un jour en France (?!?), venez nous voir, ca nous rajeunira !
    Francoise et antoine B

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