Kauehi

Classé dans : Pacifique, Polynésie | 3

Un bel atoll tout rond, pas trop grand, avec une passe facile et bien orientée, un village au vent protégeant le mouillage, la moitié de l’atoll bien cartographiée, et pourtant à l’écart des routes, voilà Kauehi.

En ce mois de juin bien venté, nous nous abritons à Hirifa, très beau mouillage du sud de Fakarava, à attendre une bonne fenêtre météo pour continuer vers l’est (qui n’arrivera pas). On est en pleine migration des voiliers, principalement US, vers l’ouest. C’est la grande foule, jusqu’à 50 bateaux, contre 6 lors de notre dernière visite! Effet du déblocage des bateaux coincés par le Covid? Mystère… L’avantage, c’est qu’entre plongée passe sud et randonnées sur le motu, on a plein de voisins pour papoter : retour d’expérience des américains sur Starlink (comment peut-on s’en passer!), et aussi partage des meilleurs mouillages. 4 Outremer au mouillage, Emilio sur son 55 flambant neuf, et 3 45, dont les danois de Wadura. Ce sont eux qui nous parleront les premiers de Kauehi. Pas trop loin de Fakarava, nous voulions visiter Ahe et Manihi au nord, tenter une entrée à Faaite au sud avant de rallier Makemo, mais Kauehi n’était pas dans la liste, étrange.

Une fois convaincus d’y aller, il suffisait d’attendre que les 30 nds de vent qui secouent les cocotiers baissent un peu, et surtout s’orientent au SE, pour parcourir vent de travers les 60 milles de mouillage à mouillage. Car Kauehi présente un autre avantage pour un bateau rapide comme Spica, c’est de pouvoir être rallié sans passer une nuit en mer, à condition de partir tôt et d’avoir un bon enchaînement des marées entre la sortie de Fakarava et l’entrée de Kauehi. Au bout d’une petite semaine, les planètes s’alignent enfin à peu près, et une belle cavalcade nous amène à la passe d’entrée vers 14h. Le courant montant est encore fort. Comme il part en éventail dans la passe, la partie nord, contre le vent, est une marmite, tandis que la partie sud est parfaitement calme, photo prise de la limite entre les deux.

Plus que 7 milles jusqu’au mouillage, un peu d’hésitation : mouillage sur ancre ou bouée? La densité de patates nous fait choisir une bouée libre. Généralement, nous sommes un peu réticents vis à vis des bouées dont nous ne connaissons pas l’état, mais nous sommes rassurés par le seul bateau de passage, qui avait fait les vérifications d’usage.

Le village se présente comme un trait de côte très boisé, comme l’ensemble de l’atoll.

Un grand quai en corail, un peu déglingué, conduit à l’église.

Trois autres bateaux sont au mouillage : Mary, l’institutrice du village, vit à bord d’un ketch imposant avec mari et enfants. Ses parents sont juste derrière sur un catamaran vintage. Et un troisième bateau leur sert d’annexe. Nos voisins, eux, sont en route vers les Marquises pour convoyer un monocoque de Tahiti à Panama. Tout ce petit monde se retrouvera sur Spica pour dîner, avec livraison de poissons du lagon, tout frais de l’après-midi : nasons, écureuils, perroquets, loche, un régal garanti sans gratte par les pêcheurs locaux (on confirme). L’une des équipières du monocoque, Cécile, acrobate de cirque, se retrouve à animer des formations à l’école, et à faire des séances de démonstration. En bateau, nous avons croisé beaucoup de talents, mais pas encore celui-là.

Le lendemain lundi, grande animation, c’est l’arrivée de la goélette qui ne ravitaille plus l’île qu’une fois par mois, le bateau habituel étant en panne.

Il n’y a pas assez d’eau pour que le cargo s’approche, les débarquements se font en barge.

C’est le capitaine du cargo qui vend lui-même le frais sur le quai, dans une logique d’approvisionnement un peu déroutante : des pommes, des oranges venues d’on ne sait où, des ramboutans (qui se conservent quelques heures…).

Le reste part dans les 2 magasins de l’île, avec une logique qui, là encore nous échappe : il n’y a plus de lait depuis des semaines, mais les piles de roquefort s’entassent dans le frigo, les cuisses de poulet surgelé arrivent en direct de l’Arkansas, les pommes de terre de l’Idaho, quant aux oeufs, d’habitude rarissimes, ils sont abondants, la propriétaire du magasin ayant tout simplement pensé à mettre des poules pondeuses dans son enclos.

En tous cas, les habitants de Kauehi ne vont pas manquer de bétonnières!

Un snack sur le quai ouvre en semaine jusqu’à 11:30. C’est panini ou hamburger (surgelés). Ce sera hamburger sans frites, elles arriveront (peut-être) dans un prochain avion, car les frites surgelées voyagent en avion, pas en bateau, c’est bien connu.

Cette difficulté à bien se nourrir est le lot de la plupart des atolls des Tuamotus. Sauf qu’ici, un marquisien a suivi sa femme, et a installé un superbe fa’apu (jardin) pour produire en abondance tomates, concombres, pota, papaye pastèques, …

Quel bonheur, après des semaines de disette, de repartir les sacs pleins de produits ultra frais. C’est le moment de relire Moitessier qui, dans Tamata et l’Alliance, relate son expérience sur l’atoll d’Ahe tout proche et explique pourquoi ce qui a réussi à Kauehi n’est pas forcément possible ailleurs.

Au fil des rencontres, on commence à comprendre la situation de l’île. Malgré ses atouts (notamment l’avion 3 fois par semaine, et un vrai village sur l’île principale) les fermes perlières ont toutes fermé (comme en témoignent les flotteurs ramenés à terre), déclenchant une émigration des jeunes.

Une classe va fermer, et l’institutrice va devoir lever l’ancre pour rejoindre Aratika, un peu plus au nord. Le propriétaire d’une superbe langue de terre entourée d’eau (quel potentiel pour une pension!) nous explique ne plus venir que pour les fêtes (en l’occurrence la fête des pères).

Une jeune femme a trouvé du travail à Moorea, elle est de retour chez son frère pour le décès de leur père. Les 200 habitants qui restent vivent du coprah, en se réjouissant que le nouveau gouvernement ait relevé le cours à 200 francs le kilo. La cocoteraie, qui occupe la quasi-totalité de l’île principale et des motu voisins, est d’ailleurs très belle, parfaitement entretenue et nettoyée, et bien desservie par des pistes rectilignes en dur.

En meilleur état que la plupart des maisons, certaines plutôt délabrées. Mais l’ensemble est très beau, très zen, et le mouillage est proche du village et parfaitement abrité des vents du nord au sud-est, ce qui est rare aux Tuamotu.

Au milieu du village trône l’école de Mary, avec son étage permettant de rassembler la population en cas de montée des eaux cyclonique.

La route toute droite traverse le motu principal et mène au platier de la côte au vent.

Depuis notre arrivée, nous bénéficions (enfin) de plusieurs jours de temps parfait, avec même de longues périodes inhabituelles sans un souflle et un peu de brume le matin.

On nous conseille d’aller déjeuner à l’unique pension de l’île, tout au nord. Comme Colette, sa propriétaire, est venue à la goélette, rendez-vous est pris pour le mercredi suivant (pas le mardi, c’est jour de pêche!). Son mari Jean-Claude a construit de ses mains un extraordinaire lodge en bois, avec 4 bungalows sur la plage réunis par un restaurant panoramique.

Ils l’exploitent avec leur gendre. Le plus dur, c’est de s’y rendre. Une heure de piste dans la benne d’un pick-up, ambiance digne d’un film, on dépasse l’aéroport, bienvenue au paradis. Le repas est digne d’un grand restaurant, nous goûtons une rareté, la loche des profondeurs pêchée la veille. Colette a la passion des assemblages de coquillage et de bois flottés, plutôt réussis.

Une rando mène à la côte sauvage. Un phare a été construit dans les années 50, puis s’est écroulé avant d’être mis en service! De curieuses grottes ornent la plage.

Retour à la nuit, avec quelques problèmes de transport : c’est la visite de la gendarmerie qui n’a lieu qu’une fois tous les 3 à 5 ans, ça perturbe un peu le train-train local.

Tout au sud de l’atoll, on nous conseille la visite d’un mouillage réputé, près des 2 derniers motu. L’un des deux a abrité le premier village de l’île, et contient encore un reste de forêt primitive. Près du motu du sud, un grand banc de sable au milieu des coraux, on doit pouvoir y caser 3 ou 4 bateaux. Pour l’heure on y est seul, et c’est très protégé du sud-est assez fort qui accompagne le changement de temps. La houle se fracasse sur le reef, et remplit le lagon par des hoa très larges. Les murènes ont compris que le repas du soir arrive avec le marée, et n’hésitent pas à ramper sur le corail à sec.

Les motu sont bordés d’accumulation de “sable”, en fait constitué de minuscules coquilles.

Une dégradation du temps annoncée arrive le lendemain matin.

La pluie nous prend à terre, et le vent revenant Est rend le mouillage inconfortable.

Retour au village, non sans avoir au départ perdu un collier autour de l’admission d’eau d’un moteur, permettant de tester l’alarme de cale inondée!

Le temps se remet au beau le lendemain, avec un bel alizé d’est qui nous assure un retour au moins aussi rapide que l’aller.

En résumé, tout est bien à Kauehi (sauf les nonos omniprésents), c’est beau et zen, facile d’accès, les habitants sont très accueillants, la passe et le mouillage sont parfaits et il y a sûrement beaucoup plus à explorer que ce que nous avons fait. A maintenir hors des sentiers battus…

3 Responses

  1. Alain

    Merci pour ce beau récit. Nous sommes passés à côté sans réaliser ce qu’on ratait. A inscrire pour une prochaine esacapade sur Kooka.

  2. François Lavenant

    Bonjour les amis . Merci pour ces splendides photos . Vous n’etes surement pas pressés de rentrer en métropole ! Portez-vous bien
    Je vous souhaite de splendides navigations à venir

  3. Claire

    C.était chouette de vous lire. Merci et profitez bien de la suite de vos aventures au pays des îles !

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