USA 14 : Downeast 2/2 – Mount Desert

Classé dans : Atlantique Nord, USA | 3

Dès qu’on arrive dans Penebscot Bay, l’île de Mount Desert et son point culminant, Mount Cadillac, apparaissent à l’horizon. C’est le but ultime de notre étape 2018 dans le Maine, et nous avons maintenant hâte d’y arriver, d’autant qu’une période de quelques jours de temps stable semble se présenter.

L’approche de Mount Desert

D’innombrables îles et îlots entourent l’île du Mount Desert. Sur la route, nous en avons visité deux:

– Isle au Haut

Appelée ainsi par Champlain en 1604 du fait de sa hauteur, elle est imprononçable pour les américains, et incompréhensible pour l’oreille d’un français (ça donne quelque chose comme aïelaou…). Cette belle île isolée au large est restée sauvage et très boisée. Elle fait partie du parc national d’Acadia et semble renfermer des circuits pour VTT, en plus des randonnées pédestres.

Mais ses mouillages sont peu abrités du large et on se contentera d’emprunter le spectaculaire chenal « Isle au Haut Thorofare » qui, au nord-ouest, la sépare de Kimball Island. L’approche sud est signalée par un curieux amer.

On ne s’en lasse pas, le passage est superbe, avec un petit air scandinave.

La sortie nord emprunte plusieurs chenaux qui sinuent entre de nombreuses petites îles boisées bordées de rochers polis, bien caractéristiques de la région.

© JPRL

 

 

Un bon thermique d’ouest s’est levé pour rejoindre Swans Island, idéalement placée sur la route entre le sud de Penobscot Bay et Mount Desert.

– Swans Island
© JPRL

 

Les lobster pots défilent à grande vitesse de chaque côté, et parfois entre les deux coques, pour atteindre l’excellent mouillage de Mackerel Cove, au nord de Swans Island. Nous rejoignons deux bateaux déjà mouillés derrière une barrière de rochers, au nord, qui nous protège du clapot sans nous priver de la vue sur Mount Desert. Comme on pouvait s’y attendre, le thermique tombe complètement dans la soirée.

© JPRL

Baie de Mount Desert

Notre objectif n’est plus qu’à 5 milles. Mais comme dans les jeux de piste, une dernière difficulté imprévue apparaît devant les étraves, sous la forme d’un banc de sable peu profond, Bass Harbour Bar, qui déborde Mount Desert dans son sud en la reliant à Goot Island. Bien exposé au SW, profond de moins de 3 m, parcouru de courants dont on ne trouve nulle part ni force ni direction, il constitue une barre dangereuse dès que le vent se lève. On le franchit par un chenal tout droit dragué à 14 pieds curieusement délimité par une bouée à chaque extrémité, tout près de la terre au pied d’un très beau phare.

Le temps calme et l’absence de houle nous laisseront profiter du paysage à l’aller comme au retour, mais ce coin ne nous inspire aucune confiance.

L’île de Mount Desert

L’île de Mount Desert est considérée comme l’une des plus belles îles des USA et draine plusieurs millions de touristes par an. Heureusement pour nous, la majorité ne vient pas en bateau, et on est encore en avant saison. Elle constitue la plus grande partie de l’un des grands parcs naturels américains, l’Acadia National Park.

Pour ceux que la géologie intéresse, on vous propose une petite annexe à la fin.

L’île présente un aspect de collines arrondies, formées de ganite rosé, très dur, donnant un aspect chauve aux sommets, et dont les pentes sont couvertes d’une épaisse végétation de petits résineux.

Elle culmine à 466 mètres au Mount Cadillac, visible à plusieurs dizaines de milles. Au centre de l’île, une ancienne vallée glaciaire, transformée en très long fjord, Somes Sound, partage pratiquement l’île en deux. La côte est très découpée, formant de très nombreuses criques et baies.

Mount Desert était peuplée par des amérindiens de type algonquin, appelés Wabanaki, formant de petites tribus nomades, vivant de la pêche et de la collecte de coquillages.

La découverte européenne remonte à Verrazzano (celui du pont de New York) en 1524, pour le compte d’une expédition française. Il fit la première carte du Maine et l’appela « Terra onde di mala gente » après avoir reçu des flèches lancées par les Wabanakis.

Mais c’est Samuel de Champlain, en 1604, qui l’a nommée l’Ile des Monts Déserts, nom qui restera, à peine déformé. La colonisation européenne a été assez lente après une première mission jésuite en 1613 à l’entrée de Somes Sound. Mais elle a abouti, comme ailleurs, à l’extinction du peuple Wabanaki en quelques décennies.

La lutte entre français et britanniques pour la possession de la région et du Canada s’est soldée par la capitulation de la France après la guerre de 7 ans en 1763.

Les colons vivaient de l’exploitation de la forêt, de l’agriculture, de la pêche, de l’extraction du granite et de la construction navale. A partir du milieu du XIXème siècle, les grandes fortunes comme les Rockefeller se firent bâtir de somptueuses demeures puis, pour éviter le tourisme de masse, firent classer une grande partie de l’île en parc national : Acadia National Park était né.

– Northeast Harbour

A notre arrivée, une fenêtre météo de 3 jours de grand beau temps s’annonce. Changement de plan, il faut savoir la saisir, et anticiper notre arrivée. Le 20 juin, après avoir franchi Bass Harbour Bar, nous embouquons Western Way, l’approche de l’île par le sud. Arrivée à grand spectacle, entre la pointe de l’île sur babord, les Cranberry Island sur tribord, un windjammer qui tire des bords devant nous avec Mt Cadillac en arrière plan.

Nous avions longuement hésité à choisr notre point de chute pour 3 ou 4 nuits. Le mouillage classique, Southweast Harbour, nous semblait mal protégé et assez éloigné des randos principales, qui partent de la partie est de l’île. Bar Harbour, réputé proche des randonnées et de la partie la plus active de l’île, nous paraissait offrir peu de possibilités sûres pour un mouillage dans la durée. Nous avions finalement retenu la petite anse de Northeast Harbour. Un coup de Dockwa (appli qui permet de réserver bouées et docks dans la plupart des marinas des US, très pratique) et le corps mort est réservé (aucune possibilité de mouillage dans ces abris remplis de corps-morts).

Le port lui même est une anse naturelle étroite, partiellement fermée par une petite île.

On y trouve une petite marina et un chantier au fond, Morris, qui construit des bateaux élégants, à la fois classiques et high tech, qui s’alignent sur les pontons en attendant leur livraison. Mais embrouille à l’arrivée : la bouée réservée appartient en fait à un chantier de l’autre abri, et se situe en dehors de l’anse, très exposée. Quelques coups de fil plus tard avec des petits jeunes qui s’obstinent à nous affecter une bouée qui n’existe pas sans sortir de leur bureau climatisé, nous voilà amarrés à une excellente bouée juste devant la marina.

Ce petit port est un havre de tranquillité, entouré de belles maisons.

C’est d’ailleurs ici que Marguerite Yourcenar a passé une grande partie de sa vie avec sa compagne Grace Frick. Elle y a écrit ses deux principaux romans, Les Mémoires d’Hadrien  et L’œuvre au noir.

Leur maison, Petite Plaisance, se visite sur rendez-vous avec Joan, dans un français parfait et très littéraire. Elle a rencontré très jeune « Madame Yourcenar », comme elle dit, objet de sa thèse. Ensuite, c’est toute sa vie qu’elle a consacrée à étudier l’œuvre de M. Yourcenar.  Après plusieurs longs séjours, est devenue une spécialiste de la vie et l’œuvre de l’académicienne, avant de co-diriger maintenant la fondation qui gère l’héritage US de M. Yourcenar, dont la propriété. La maison elle-même est petite, confortable mais entièrement tournée vers l’intérieur. Elle est conservée dans l’état du jour de la mort de M. Yourcenar, remplie, du sol aux plafonds, d’ouvrages historiques rares, répartis par petites bibliothèques, sur tous les pans de mur et derrière les portes, classés par ordre chronologique.

Rien de grandiose comme les maisons de Victor Hugo à Guernesey ou de Pierre Loti à Rochefort, plutôt une ambiance de travail stricte et studieuse. Joan a approché de près la genèse des œuvres de MY. Elle ne se mettait pas tous les matins à sa table de travail comme d’autres écrivains, mais elle vaquait à ses occupations, notamment le jardinage et la cuisine, pour laquelle elle avait une passion et pendant lesquels elle estimait travailler : ayant alors en tête un passage du livre en cours, elle se mettait à son bureau en face de Grace, et écrivait, presque sans correction plusieurs chapitres. Elle considérait « L’œuvre au noir » comme son chef d’œuvre et, à ce titre, ne voulait pas que son ancien éditeur Plon, qu’elle jugeait trop commercial, le publie. Elle mit deux ans à quitter Plon au profit de Gallimard. La sortie s’est faite en plein mai 68, certains étudiants s’identifiant alors à son héros, Zénon, alchimiste rebelle du Moyen Age. Le dimanche elle recevait ses voisins et amis dans le parloir, petit salon donnant sur le jardin.

Voilà, c’était la seule page culture de notre voyage, et l’occasion de lire ou relire Les Mémoires d’Hadrien ou L’œuvre au noir, en particulier pour ceux comme Michel qui avouent n’avoir pas pu dépasser les premières pages! Dès le soir, L’œuvre au noir est sur le Kindle, au boulot.

A l’auberge Asticou (du nom d’un chef indien) en face du bateau, on découvre les popovers, sortes de brioches que l’on remplit de crème ou de confiture de myrtille : miam, miam… Voilà au moins un sujet qui nous rapproche de Marguerite Yourcenar, qui en était friande.

Les randonnées de Mount Desert

Mais les délices de Northeast Harbor ne nous font pas oublier notre première motivation : les randos du Parc National d’Acadia. Alors on sort la tenue de circonstance et la carte détaillée, mais comment choisir entre tous ces nombreux itinéraires? C’est la réceptionniste de la voiture de location qui nous oriente vers ses randos préférées. En fait ce sont des mini-rando car les distances sont très courtes et les dénivelés faibles. Ainsi, on peut faire plusieurs randos dans la journée, soit sur les sentiers côtiers, soit sur des sentiers plus montagneux.

Et nous voilà partis avec notre Jeep de location sur la route intérieure du parc national, la Loop Road, curieuse route à sens unique, avec seulement 3 entrées-sorties.

Le premier jour on se met en jambes avec le tour de Great Head, éperon rocheux à la pointe sud-est de l’île, qui surplombe les falaises au-dessus de la mer.

 

Le sentier serpente sur les rochers, au milieu d’une variété de pins qui ressemble aux arolles de notre Savoie.

Suit l’ascension du Mount Sargent, par des entiers inégaux, bons à la montée, franchement pourris au retour, dans le lit d’un torrent.

Cette rando est absolument à recommander, bien que ce ne soit pas la plus élevée. Le chemin monte dans la forêt, et permet d’admirer un des nombreux ponts construits par Rockefeller pour réaliser les « Carriages roads », ces chemins en terre permettant à l’époque aux carrioles à chevaux de circuler à peu près à l’horizontale, et qui servent aujourd’hui de pistes cyclables l’été, et de circuits de ski de fond l’hiver.

En sortant de la forêt, on monte au milieu des rochers auxquels les glaciers ont donné de curieuses formes.

© JPRL

 

On a rapidement de très beaux points de vue. Au sud, sur les Cranberry Island:

© JPRL

 

Au sud-ouest, vers Swans Island et Isle au Haut:

 

A l’ouest sur le Somes Sound au premier plan, et sur le nord de Penobscot Bay:

Le sommet n’est qu’une vaste table légèrement arrondie:

Elle offre une splendide vue panoramique sur 360°. Quelle chance de pouvoir profiter de telles conditions, une belle lumière de fin d’après-midi, pas un souffle, et presque personne d’autre que nous 4!

Au loin, les sommets du Vermont et le Canada tout proches:

A l’est, le point culminant de l’île, le Mount Cadillac:

Mount Cadillac qu’on grimpe le lendemain.

C’est le plus haut sommet de la côte est américaine, culminant à un modeste 466 mètres. Du sommet la vue sur les îles environnantes est très belle, mais il faut faire abstraction des centaines de touristes arrivés par la route et sortis de leurs voitures ou de leurs bus climatisés sur le parking du sommet. C’est aussi le premier jour des vacances scolaires, ce qui explique la fréquentation. Elle devrait chuter à nouveau, puisque les élèves et leurs professeurs vont reprendre le chemin de l’école, pour rattraper les 15 jours perdus au mois de mars, toute la région ayant été bloquée par des chutes de neige exceptionnelles.

On voit bien les 4 Porcupine, série d’îles qui prolongent Bar Island dans Frenchman Bay.

Descente par le très bel itinéraire des gorges, entre Mount Cadillac et Mount Dorr.

Pour finir la journée, Liliane et Jean-Pierre nous déposent pour une grimpette au sommet du Norumbega, qui surplombe Somes Sound, avec un magnifique parcours sur la crête aux rochers polis et retour direct au bateau par une descente rapide dans la forêt de pins Douglas.

L’île comprend aussi de nombreux lacs de montagne, tels que Hadlock Lower Pond, longé à la descente.

Pendant ces deux jours, temps exceptionnel : ciel bleu sans nuage et premières vraies chaleurs de notre séjour!

– Bar Harbor

De Northeast Harbour, nous longeons la côte au plus près des caps et des anses pour profiter de ce relief tourmenté avec des maisons bien situées, comme celle-ci, perchée sur sa presqu’ile et accessible par un viaduc:

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Bar Harbor est le port principal de l’île où convergent les ferrys, les paquebots (jusqu’à 5 par jour !) et les touristes venus en voiture. Le mouillage principal est entièrement occupé par des corps-morts et le ballet incessant des bateaux le rend agité. Nous faisons le tour de la petite île Bar Island en face du mouillage, reliée à marée basse par une étroite langue de sable, et trouvons un mouillage calme, abrité et de bonne tenue.

© JPRL

 

Il faut attendre que la langue de sable soit couverte pour accéder avec Spikette au port intérieur. Le harbourmaster qui nous avait repéré, sympathique mais déterminé, nous confirme qu’on a fait le bon choix. Il nous aurait fait dégager du mouillage principal, ou demandé de prendre une bouée.

Belle agitation à Bar Harbor : du fait de la présence des paquebots, toutes les boutiques sont ouvertes tous les jours, et on trouve de jolies choses, mais que de monde! on n’est plus habitués… Les journaux font d’ailleurs état des protestations de locaux, qui trouvent que les bornes de fréquentation sont dépassées. Les magasins de sport valent le détour, on y trouve vraiment de tout. Et un sac à dos Osprey pour le skipper, un!

Après ce bain de foule, on fait demi-tour, le tour de l’île par le nord étant rendu impossible par la route d’accès. Crochet par les Cranberry Island au sud, sans mouillage bien confortable par ce temps.

– Somes Cove, au fond de Somes Sound

Devant Southwest Harbour, nous faisons le détour pour admirer le magnifique plan Frers Rebecca (42 mètres, 172 t!), que nous avions admiré à Antigua, il y a 12 ans, et qui n’a pas pris une ride. Il faut dire qu’il vient d’être entièrement refitté. Aux dires du chantier, ça n’a pas dû être simple. A propos du pont, par exemple « This in itself was quite a task as her original deck was constructed from specially scarfed 60–80ft lengths of teak rather than shorter lengths ». C’est sûr que changer des lattes de pont de plus de 20 m de long …!

© JPRL
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Le temps s’est gâté, et c’est au portant dans un vent soutenu de SW qu’on remonte ce gigantesque fjord aux berges boisées acores, qui coupe presque l’île en deux. Nous avions repéré l’entrée la veille.

 

Tout au bout, à son extrémité nord un passage étroit donne accès à un bassin naturel bordé de villas, dont celle-ci fantastique, construite en porte à faux au dessus de la mer, on veut la même!

Pour une fois, les corps morts laissent la place pour mouiller, dans un très beau cadre et une excellent protection. Au programme : kayak, bien sûr. Le front passe pendant la nuit, et c’est à nouveau au portant, en tirant des bords, que nous quittons Somes Sound le lendemain matin.

Au passage au sud de l’île après Bass Bar, visite de Bass Harbour, port de pêche très actif, avec ses montagnes de lobster pots sur les quais.

 

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Stop déjeuner à Seal Cove (encore une), une des nombreuses anses de la côte ouest, qui est aussi notre dernier mouillage à Mount Desert.

– Blue Hill Harbor

Après une longue bagarre contre le vent dans l’ouest de Mount Desert, nous arrivons en fin d’après-midi à Blue Hill Harbour, sur le continent.

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Sur le papier, un village typique sur les pentes d’une colline pleine de myrtille, et un excellent abri dans une anse complètement fermée. En pratique, le site est très beau, mais l’accès est particulièrement tortueux, le chenal très étroit sinuant entre un semis de roches et de haut-fonds.

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Gérable, mais ensuite tout l’espace navigable est occupé par des corps-morts, principalement de pêcheurs. Après deux passages, nous renonçons à mouiller car il n’y a vraiment pas de place et le risque de ne pas avoir l’évitage à la renverse de la marée est jugé trop fort. Nous rebroussons chemin et, en l’absence de vent, nous mouillons à l’extérieur dans une grande baie, avec une belle vue sur Mount Cadillac. Superbe lever de lune et nuit calme.

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De retour à Camden pour déposer Liliane et Jean-Pierre à leur bus pour Boston, on espère ne pas vous avoir trop fait randonner! Pour nous, retour rapide par Boothbay et Portland où nous avons nos marques. Boothbay, où nous arrivons le 4 juillet avec la grande foule qui débute ses vacances. Tous les loueurs de bouée affichent complet, seul le Boothbay Yacht Club a encore une possibilité, et sous le feu d’artifice de l’Independence Day!

A noter, sur la route, un mouillage parfaitement sûr et peu connu qui nous permet de nous abriter d’un front froid assez actif, Harpswell Harbour dans Merriconeag Sound, l’un des derniers sounds avant de revenir à Portland.

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Annexe par Christine : Géologie de Mount Desert

La formation géologique de Mount Desert est très intéressante et est très bien expliquée dans le guide « Acadia», de James Kaiser. J’espère l’avoir bien traduite, mais si j’ai glissé des erreurs, merci de les corriger car je ne suis pas géologue !

Sa formation résulte de couches de sédiments successifs transformés en roches de natures différentes. Il y a 550 millions d’années, le Maine est recouvert par l’océan primitif Iapetus. Les sédiments (sable, boue, limon) se transforment, à la suite d’une poussée tectonique en profondeur, en schiste de type Ellsworth. Il y a 420 millions d’années, d’autres sédiments les recouvrent aboutissant à la formation d’un 2ème type de roches : la formation Bar Harbor. Puis une éruption volcanique le recouvre de cendres, formant le 3ème type de roches des îles Cranberry. Ces trois formations primitives forment, il y a 400 millions d’années une partie de l’ancien continent Avalonia, situé quelque part entre l’Amérique du nord et l’Europe. Puis lentement les plaques tectoniques bougent et la plaque nord-américaine et Avalonienne entrent en collision et forment une chaine montagneuse. Il y a 360 millions d’années, une partie du magma refroidit en granite, créant la 4ème formation, celle de Mount Desert. Mais à ce stade, ces quatre formations sont enfouies profondément sous terre. Ensuite vers 350 millions d’années, la collision entre l’Amérique du nord et Avalonia d’un côté, l’Afrique et l’Eurasie de l’autre, forment le super-continent Pangea. Cette collision entraîne la formation de la chaine des Apalaches. A ce point, le Maine était situé à peu près au centre du continent Pangea, près de l’équateur. Il a 200 millions d’années, Pangea commence à se fragmenter et, il y a 150 millions d’années, Avalonia se sépare en deux, une partie restant accolée au continent américain, l’autre partie accolée à l’Europe, ce qui explique la similitude de paysages entre le Maine et la côte ouest européenne. Au fur et à mesure que les 2 continents s‘écartent, l’océan atlantique se forme et le continent américain se déplace vers le nord pour rejoindre sa position actuelle. En même temps l’érosion attaque les roches.

Il y a 2 millions d’années, la terre entre dans l’aire glaciaire et une épaisse couche de glace recouvre l’arctique. Par leur propre pression les glaciers se déplacent vers le sud et poussent devant eux les gros cailloux, la terre et les arbres. Par un mécanisme de « papier de verre », ces glaciers agissent comme des turbines sur leur passage, créant des vallées et aplatissant les reliefs. Une douzaine de périodes glaciaires se succèdent jusqu’à il y a 18000 ans.  Mount Desert n’échappe pas à la transformation de ses vallées de V en U.

A la fin de cette période glaciaire, la glace fond lentement et libère entièrement le Maine, il y a 5000 ans. Les rivières formées à la fonte des neiges élèvent le niveau de la mer et noient une grande partie du Maine. Petit à petit la côte revient à son niveau d’origine.

Ces transformations successives expliquent le relief actuel de l’île de Mount Desert, formé de collines granitiques séparées par des vallées en U, toutes de direction nord-sud.

 

 

 

3 Responses

  1. Ruel martine

    encore un reportage qui fait rêver merci les amis!
    J ai adoré la maison de M. Yourcenar et le joli reportage.
    Martine

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