Cuba -> Grand Cayman -> Panama

Classé dans : Caraïbes, Caraibes Ouest | 0

Pourquoi les îles Cayman? Célèbres pour leur paradis fiscal, nous n’avions jamais pensé y aller un jour, et nous étions d’ailleurs en peine de les localiser précisément. Mais si on tire un trait entre Cuba et Panama, on tombe sur Grand Cayman, avec la promesse d’un ravitaillement correct (pas mieux qu’un séjour à Cuba pour vider la cambuse sans pouvoir la remplir). Un petit guide nautique téléchargé sur internet avant de partir (dans la série des guides de Frank Virgintino – http://freecruisingguides.com) dit l’essentiel et complète bien les cartes très sommaires et pas à jour. Ce stop permet aussi de couper en deux l’étape Cuba – Panama, longue de 750 milles.

Cayo Largo, sur la côte sud de Cuba, aurait mérité d’y passer plus de temps. Adieux au dockmaster Pirie, formalités vite réglées, une bouteille de rhum Santiago permet de liquider nos derniers CUC. Vent faiblard sur le début de la traversée puis au reaching 10 à 15 nœuds, grand soleil, le bonheur.

Arrivée près de George Town en milieu d’après-midi (encore une ville à la gloire d’un souverain britannique!). La procédure d’entrée dans le pays, présentée stricte, se révèle plus soft : après appel VHF pour signaler notre arrivée, on est pris en charge par un la sécurité du port qui nous accompagne à un quai, bien exposé à notre goût, pour les formalités. Comme on avait légèrement dépassé 16:30,  surtaxe de 70$, qui nous permet d’aller à terre le soir même, faible consolation (comme dit notre ami Louis-Bernard, venir se faire taxer à Grand Cayman, c’est insolite). Les armes (incluant les fusils de chasse sous-marine) doivent être mises sous séquestre à terre, mais nous ne sommes pas concernés. En une heure tout est plié. La sécurité nous accompagne à une bouée, car il est interdit de mouiller dans la baie pour préserver les coraux. Et la bouée est gratuite, quelle que soit la durée! C’est d’ailleurs la seule chose qui soit accessible dans ce pays qui a inventé une monnaie calée sur le dollar US + 20%. Il n’y a pas de port ni de marina dans cette belle baie très ouverte à l’ouest, seulement un quai de débarquement pour les cargos qui ravitaillent l’île. C’est avant tout une destination de paquebots de croisière US qui viennent y passer une journée au mouillage,

il n’est pas rare d’en voir jusqu’à 4 par jour. La ville est un mélange hétéroclite de quelques bâtiments anciens de style colonial, de centres commerciaux pour les paquebots et de petits restaurants en bord de mer.

C’est aussi la patrie d’un très célèbre illustrateur de la pêche au gros, Guy Harvey, présent sur toute la côte est US et aux Bahamas.

Notre premier choc est le supermarché Kirk, avec une diversité de produits inimaginable en venant de Cuba.

Le niveau de vie est effarant : voitures, prix, diversité et profusion des denrées, qualité des services, hôtels haut de gamme et restaurants hors de prix… (un plat de poisson au restaurant revient à un repas chez un chef étoilé en France). On peut douter que les efforts pour supprimer le paradis fiscal aboutissent…

Mais une escale prévue de 48 heures pour un ravitaillement devient un piège de 3 semaines. En prenant la bouée, perte de puissance sur l’un des moteurs. Avis en France, vérification de l’hélice, le problème vient du coude d’échappement, complètement obstrué. Et l’on découvre, comme sur les contrats d’assurance, écrit en tout petit, que la pièce aurait du être changée à 600 heures. Défaut de maintenance préventive donc, mais les divers mécanos du réseau Volvo qui sont intervenus sur les moteurs sous garantie au-delà des 600 heures se sont bien gardés de nous avertir. Impossible de faire le transit du canal de Panama sans réparer. Après avoir envisagé toutes les hypothèses pour faire la réparation, c’est à Grand Cayman que l’envoi des pièces semble le plus sûr.

Direction Barcadere, une petite marina accessible dans le North Sound, par un chenal un peu scabreux dans le reef (les cartes officielles sont fausses, le chenal actuel, balisé, est plus à l’est). L’eau du lagon n’est pas très belle et le lagon est très peu profond. D’ailleurs, le balisage a disparu juste à l’entrée de la digue d’entrée du port, et on touche, heureusement dans de la vase : il fallait aller directement sur l’extrémité de la digue sans arrondir…

La marina elle-même est à recommander, c’est probablement le meilleur endroit pour patienter en attendant le bon vouloir des transporteurs : un bon restaurant, plutôt un peu plus abordable que ceux de George Town, une piscine et une bonne ambiance, un loueur de voitures à 2 pas, dans l’aéroport qui dessert les USA, Cuba et la Jamaïque notamment.

Elle abrite des tour operators locaux, qui passent la journée à astiquer leurs bateaux. Pour une fortune, ils amènent les touristes sur les deux attractions principales du lagon : Stingray Sandbar et Kaibo Beach. Stingray Sandbar est l’attraction phare des dépliants publicitaires : c’est un petit haut fond sableux où les touristes viennent nager avec les raies, grassement nourries par les tours operators. Pour 25$ , on a craqué pour voir, en se joignant au groupe d’un paquebot Disney. Imaginez 50 croisiéristes, blanc-rosés, munis de masques et tubas, sur un haut-fond sableux, avec de l’eau jusqu’à la taille, en cercle autour d’un animateur qui nourrit les raies.

Et des dizaines de raies viennent nager entre les jambes des gens. L’animateur en attrape pour les faire caresser aux gens. C’est du grand n’importe quoi, à classer dans la catégorie des cochons nageurs de Staniel Cay aux Bahamas. Que font les défenseurs de l’environnement, dans un pays où l’on élève aussi les tortues pour les manger!

Quant à Kaibo Beach, c’est apéro dans l’eau au coucher du soleil au son d’une musique de supermarché. Mais il faut avouer que le restaurant sur la plage est excellent, avec en particulier une collection de rhums anciens d’Amérique Centrale et de Ouest Caraïbes à tomber.

On essaie de rester zen pendant la saga Volvo (pas de stock aux USA, les pièces trouvées par miracle par l’équipe Outremer qui mettent une semaine entre Montpellier et Roissy avant de repartir par manque d’un papier, les divers week-ends et jours fériés de mai). Malgré les efforts de chacun, que nous remercions, nous commençons à envisager sérieusement un plan B. Mais notre bonne étoile ne nous avait pas totalement abandonnés : surgi de nulle part, voici Chad, alerté par Stuart, représentant Outremer aux USA qu’on avait contacté. Il nous rassure : il va s’occuper de récupérer les pièces, de les faire dédouaner (ce qui a l’air très très compliqué ici). On respire, on décide de penser à autre chose qu’à nos $ qui défilent et au temps qui passe, et de visiter l’île. 

Avec ses deux sœurs Little Cayman et Cayman Brac, elles ont été découvertes en 1503 par Christophe Colomb au cours de son 4ème voyage. Il les baptise Las Tortugas, car les tortues abondent. Puis l’archipel est rebaptisée Caymans et devient un repère de pirates, dont Francis Drake. En 1670, l’Espagne cède les îles à la Grande Bretagne et les premières colonies s’implantent. En 1863 : rattachement à la Jamaïque, avant de devenir en 1962 un territoire britannique d’outremer (avec un gouverneur et les portraits de la reine partout – et de Charles en train de caresser les iguanes !).

Quelques coups de coeur quand même:

– la superbe plage de Seven Miles Beach. Au bout une plage publique, bordée de bois de fer et de cocotiers, aménagée pour les familles qui viennent se reposer le week end et fêter les anniversaires des enfants. A côté le bistrot Calico Jack, d’où l’on admire le coucher du soleil en sirotant un cocktail local.

Alors presque tous les soirs on va se baigner dans cette eau à 30° au coucher du soleil, pour se rafraichir de la chaleur de la journée, presqu’intenable.

– Camana Bay : c’est un quartier totalement artificiel, construit il y a 10 ans dans la mangrove, au bord du lagon nord. L’architecture est particulièrement soignée, avec des immeubles aérés, des avenues ombragées.

De nombreux palmiers bordent la promenade en arc de cercle en front de lagon, avec des bars et des restaurants. Des fontaines attirent les familles avec enfants qui se baignent dans les jets d’eau. C’est un havre de tranquillité pour la haute société caymanaise. On doit avouer qu’on est venu se consoler plusieurs fois, avec les glaces du glacier italien Gelato, les sushi de Mizu et la cuisine raffinée de Aqua.

– Rum Point (comment résiter!) et Kaibo : la pointe est du lagon nord se divise en plusieurs langues de sable, bordées de belles maisons au ras de l’eau.

A Rum Point, un débarcadère et un restaurant sous les filaos. C’est bien arrangé avec une bonne ambiance.

Trois évènements marquants:

– Les concours de pêche sportive, le premier à la marina plutôt modeste, le deuxième à Camana Bay, grandiose. On y retrouve les énormes bateaux spécialement dessinés pour cette pratique, qu’on a déjà vus sur la côte est américaine, et d’autres bateaux plus petits super-motorisés. Les équipages sont en grande partie des « beaux bébés » biberonnés à la bière et quelques charmantes nanas, bref conformes aux clichés. A terre il y a tout le staff d’organisation avec un portique pour peser les poissons dans une ambiance de kermesse à l’américaine. Les bateaux rentrent entre 4 et 6 heures de l’après-midi. Les poissons – mahi, thons du type yellow fish et wahoos – sont accrochés au portique puis photographiés avec les pêcheurs.

Les marlins bleus accrochés sont relâchés et donnent des points sous réserve que la vidéo de la prise soit validée. Les prix sont faramineux, pour un total de 520 000$:

Il faut dire que l’inscription est de 2500$ ! Quel monde…

– une compétition internationale de beach volley des nations des Caraïbes, avec une demi-finale Cuba – USA qui tient toutes ses promesses de niveau technique et d’intensité dramatique, et qui se conclut par une victoire de Cuba, à notre grand plaisir.

– enfin les carnavals, 3 week-ends de suite,  avec des costumes extravagants.

Mais nous n’avons pas tout vu. Les sites de plongée sont, paraît-il, réputés pour leur beauté. L’équipage de Makani II (blog : http://voilier-makani.com), Anita et Alain, grands fans de plongée (et de montagne), nous l’a confirmé lors d’un sympathique dîner à leur bord, la veille de partir passer la saison cyclonique au Rio Dulce, au Guatemala. Par contre, le snorkelling à partir des plages est très décevant.

La partie au vent de l’île est plus sauvage, mais elle est couverte de sargasses en décomposition (la bande brune sur la photo) qui empestent toute la côte, et beaucoup de maisons sont à vendre.

Ce problème est le même dans toutes les Caraïbes.

Visite au passage du magnifique jardin botanique Elizabeth II, et ses rares iguanes bleus protégés (alors que les iguanes verts prolifèrent, avec une prime pour les éliminer), et de beaux arbres.

Le jeudi 16 mai, deux semaines après notre arrivée à Barcadère, Chad nous apporte enfin les pièces.

A peine une heure pour les remonter et nous sommes libres. Branle-bas de combat pour un départ dimanche matin, après la clearance de sortie le samedi où nous apprenons que nous ne pouvons récupérer qu’en semaine les taxes d’importation des pièces. C’est bien notre chance de payer à nouveau des taxes dans ce paradis fiscal !

Les 600 milles de traversée vers Panama ne sont pas une partie de plaisir : 20 nœuds dans le nez, au près sous un ciel gris-noir et surtout des trombes d’eau continues pendant 48 heures dès le 2eme jour. Nous sommes désormais tard en saison, la saison des pluies de l’Amérique centrale approche, et une tempête tropicale s’installe sur la côte ouest du Mexique, alimentant d’un déluge le Nicaragua jusqu’à 150 milles au large, où nous sommes. De quoi entamer le moral de l’équipage, sachant que cette histoire de tuyaux nous prive en plus du détour à Kuna Yala (San Blas) initialement prévu. Arrivée le matin du 24 mai à l’entrée de Limon Bay, au milieu des cargos de toutes nationalités venus passer le Canal de Panama.

C’est aussi impressionnant que Gibraltar. La marina de Shelter Bay est juste derrière l’immense digue qui ferme la baie, sur la presqu’île Punta Toro. C’est là que nous avons décidé de faire les formalités pour le transit du canal, sans perdre de temps.

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