Galápagos

Classé dans : Galapagos, Pacifique | 3

Comme Cuba, les Galápagos sont clivants dans le petit monde des voileux au long cours. L’immense majorité des équipages rencontrés nous ont dit : il ne faut pas y aller. Avec un mélange d’arguments plus ou moins recevables : « c’est trop cher », « c’est du racket », « on ne peut rien voir », « c’était mieux avant », …

A part le premier argument, parfaitement recevable pour les équipages à budget réduit (mais on verra que ça coûte moins cher qu’un stage de plongée), les autres ont plutôt piqué notre curiosité. Aux tenants du dernier, on conseille la lecture de l’excellent petit bouquin de Michel Serres. Et on n’est pas fâché de couper en deux les quelque 4000 milles qui séparent les Marquises de Panama…

Toutes les formalités remplies à l’avance, le fameux « autografo » en poche, nous voilà donc prêts à débarquer et à juger par nous-mêmes.

San Cristobal

11 juin, après 8 jours de mer, le relief volcanique de San Cristobal apparaît devant nous. En approchant, on distingue plusieurs volcans éteints, une zone sombre hérissée de petits cratères, une colline verte.

Pas une construction ne défigure le paysage. Une frégate nous survole comme un message de bienvenue. Plus loin une multitude de petits pingouins, quelques otaries qui font des pirouettes devant Spica. Devant nous se dresse El Leon Dormido, un rocher spectaculaire de 150 mètres de hauteur, aux falaises verticales.

Après avoir longé la côte nord, nous arrivons à Puerto Barquerizo Moreno, petit village et mouillage principal de l’île, devenu depuis peu la capitale administrative de l’archipel, et seul mouillage autorisé sur San Cristobal.

Un bateau taxi nous rejoint et nous indique l’endroit où mouiller. A son bord, Carmela nous souhaite la bienvenue. C’est la représentante locale de notre agent, Yachtgala. Elle récupère nos papiers, notamment « l’autografo », sorte de visa qui nous autorise à visiter les Galápagos pour une durée d’un mois, qu’il faut demander au moins 2 mois à l’avance. Une heure plus tard, elle revient, accompagnée de 6 officiels et d’un plongeur qui part inspecter les carènes.

On sent que ça ne va pas rigoler. Une mystérieuse chorégraphie se met en place. Chacun sort sa liasse d’imprimés, qu’on remplit tant bien que mal, en répondant à des demandes sibyllines et parfois saugrenues, régulées par Carmela. Heureusement, nous avions fait faire un petit tampon à l’identité de Spica. Les officiels s’en délectent et nous tamponnons furieusement tout ce qui circule. Dans une sorte d’apothéose, les 6 échangent ensuite entre eux les papiers déliassés, qu’ils tamponnent et signent à leur tour, un vrai festival dont voici le résultat pour l’ensemble des 3 îles!

En outre, on a droit à des demandes saugrenues : où sont les cartes marines papier (nous n’avons que les routiers en version papier, Msieur l’Officier), quelle est la date de péremption des médicaments? (mais devant le nombre de boites de notre pharmacie, le toubib va capituler, essayant à la fin d’enfiler dans le bon sens l’attelle de poignet qu’il voit pour la première fois). Quand on entend le plongeur crier « limpio! », attestant que la coque est propre, on se détend. Le ballet final terminé, tout le monde repart sans plus d’amabilités, nous sommes autorisés à débarquer, et nous décrétons l’Equateur champion du monde de la bureaucratie, loin devant Cuba, et le sourire en moins.

Le mouillage est occupé par quelques voiliers de passage (en fait très peu depuis que le coût faramineux de l’escale a fait fuir la majorité des voiliers), des bateaux à moteur d’une dizaine de mètres pour les excursions et quelques bateaux de pêche. En ce milieu de semaine, il n’y a pas de bateau de croisière. Pour aller à terre, on n’a pas le droit d’utiliser son annexe et il faut recourir aux taxis marineros, aussi nombreux que l’on veut dans la journée, mais absents aux heures des repas et s’arrêtant à 19 h, ce qui est en théorie incompatible avec les soirées à terre. En pratique, il faut négocier : Dany, sur son taxi Perla Negra, s’impose comme le meilleur interlocuteur. Cela ne nous empêchera pas de rester coincés le dernier soir, obligés de faire du stop auprès d’un professionnel, lui-même furieux de ne pas pouvoir rentrer en taxi de son mouillage.

Bien que capitale de la Province des Galápagos, San Cristobal est resté un petit port très tranquille où il semble bon vivre. Le front de mer est bordé de petites boutiques de souvenirs et de bars et restaurants.

La statue de Darwin trône en bonne place sur le front de mer.

On prend nos habitudes au Rustica qui prépare de délicieux cocktails (dont un mojito au jus de maracuja…) et offre un wifi correct.

Les boutiques de tours operators pour sorties en mer se touchent, mais sans aucun racolage, on peut se balader sans être importuné. Les restaurants sont plutôt bons et abordables. Aucune insécurité. Les habitants sont gentils et même prévenants.

Mais la population principale de Puerto Barquerizo Moreno, c’est une immense colonie de « lobos marineros », sympathiques otaries qui pointent leurs museaux de chien devant les étraves, font des cabrioles et s’installent sur les jupes des bateaux, odeur en prime.

Seul un seau plein d’eau les fait partir … jusqu’à ce qu’ils reviennent sur l’autre jupe! Ils ont annexé les pontons de débarquement, les quais et les trottoirs. Sur les plages ils prennent des pauses langoureuses et, devant leurs mimiques, on leur prêterait bien des sentiments humains.

Mais attention aux gros mâles qui peuvent mordre. Ils s’installent même aux terrasses des cafés.

On demande à Carmela de nous organiser un petit tour pour visiter l’île. En fait il n’y a qu’une route de 15 kms au sud, le Parc National occupant tout le reste de l’île. Carlisto nous promène dans son taxi avec deux autres touristes équatoriennes, venues de Guayaquil visiter les Galápagos. Visite de La Gualapaguera, centre de reproduction des tortues géantes terrestres, qui passent leur temps à brouter (certaines dépassent le quintal!).

Ce centre a été créé pour empêcher la disparition de l’espèce décimée aux 18 et 19ème par les pirates et baleiniers, qui venaient faire des razzias de tortues pour disposer de viande fraiche à bord des bateaux. On devient expert sur la reproduction des tortues, et notamment sur leur sexe qui dépend de la température des œufs (comme les poules, parait-il).

La visite se poursuit pas une halte à la plage de Puerto Chino, belle plage de sable doré entourée de rochers. Snorkeling et baignade agréable. Les lobos font l’animation.

Dernière halte au lac de cratère El Junco, qui n’émerge que quelques minutes de la brume permanente en cette saison.

De retour à Puerto Barquerizo Moreno, on prolonge cette visite en compagnie de Carlisto et des équatoriennes par un déjeuner de cuisine locale, à 6$ tout compris. On est loin des visites minutées que certains ont rapportées sur leurs blogs. L’après-midi, Carlisto nous dépose à la plage La Loberia, pour un snorkelling avec les lobos. Nous observons une scène hilarante entre un groupe de jeunes américaines wasp et un troupeau de lobos semblant les imiter.

A force de voir les panneaux publicitaires d’excursions sur les îles et les îlots voisins, l’envie nous prend d’aller faire du snorkeling au Leon Dormido. Depuis que les Galápagos ont créé la réserve maritime en 1959, il est interdit d’aller avec son propre bateau explorer la côte. Cette interdiction est maintenant renforcée par l’obligation d’avoir son AIS branché en permanence. Il faut donc en passer par les tours operators, accompagnés d’un guide du parc national.

Une fois le principe accepté et les dollars déboursés, il faut avouer que nos réticences tombent un peu, ces tours sont très bien organisés : sur de petits bateaux bien motorisés, un maximum de 10 touristes sont encadrés par un guide. C’est Wilson, en anglais et en espagnol, qui anime la journée et nous donne des informations détaillées : dans un premier temps nous longeons la côte en observant les otaries et les boobies à pieds bleus jusqu’à la baie de Darwin. Puis nous filons jusqu’au rocher dont le bateau fait le tour au pied de la falaise, surplombé par le vol des frégates. Deux rochers verticaux se font face et il y a une faille à la base du plus gros qui le traverse de part en part.

Le snorkeling est impressionnant le long du tombant à pic, mais nous ne verrons pas les requins-marteau, certainement dans des eaux plus profondes. On nage au dessus de tortues, de deux raies aigle, de nombreux poissons multicolores, un banc de sardines et des lobos.

L’eau est froide et le chocolat chaud à la sortie est le bienvenu. Cap sur une petite anse abritée de la côte où on regrette de ne pas pouvoir mouiller avec Spica.

Déjeuner délicieux puis balade sur la plage où nous rencontrons nos premiers iguanes marins, noirs, hideux mais totalement inoffensifs et végétariens.

Franchement cette excursion (ainsi que toutes les suivantes) vaut vraiment le coup et le prix de 115$ n’est pas exorbitant, vue la prestation.

Le troisième jour nous suivons à pied le sentier aménagé dans une végétation de plantes endémiques jusqu’à la colline de Tijeretas (surnom des frégates dont la queue est en forme de ciseaux) où la vue panoramique est splendide. Le chemin aboutit à la baie de Darwin où une statue monumentale est érigée. Il traverse le centre d’interprétation retraçant l’histoire de l’archipel et du parc naturel.

L’histoire de l’archipel est assez pauvre : découvert en 1535 par FT de Berlanga, l’évêque de Panama, repaire de pirates au 16 et 17ème siècles pour piller les villes d’Équateur et du Pérou, lieu de carnage de baleines au 18ème. Pirates et baleiniers déciment les îles en tortues terrestres qu’ils chargent à bord comme réserve de viande fraiche. Annexé par l’Equateur en 1832. Cartographié par Fitz-Roy à bord du Beagle en 1935, pendant que Darwin fait ses observations à terre. Au 19 et début du 20ème siècle, implantation de pénitenciers, d’excentriques et de hors-la-loi. En 1959, à la suite de plusieurs missions scientifiques internationales, l’Equateur crée un parc national, interdisant toute nouvelle habitation. En 1964 un centre de recherche Charles Darwin est créé à Santa Cruz. L’exploitation touristique commence en 1970 sous contrôle du gouvernement équatorien et du parc national.


Complément de marché au marché municipal de Puerto Barquerizo Moreno.

On y trouve tout ce qu’il faut pour ré-approvisionner avec des produits locaux de très bonne qualité.

Au mouillage nous faisons la connaissance de l’équipage de Zounos, Oceanis 493, skippé par Clémentine, entourée d’une bande de copines et de l’expérimenté Yannick. Apéro-pasta grandiose à 9 sur Spica.

Ce premier contact avec les Galápagos est un vrai coup de cœur, balayant nos appréhensions. Peut-être que l’accueil de Carmela, son efficacité, sa gentillesse, ne sont pas pour rien dans ce plaisir. Un exemple de son efficacité : nous lui avions apporté 4 bidons pour faire le plein de gazole. Nous les retrouvons à bord remplis le soir, livrés directement sur le bateau par ses soins.
Nos bonnes adresses : restaurant Muyu, café Rustica.

Santa Cruz

Samedi 15 juin, on quitte San Cristobal sous le soleil pour Santa Cruz, distante de 45 milles. Un premier bord de grand largue nous fait longer Santa Fe, île sauvage, peu accueillante, aux falaises abruptes.

Plus on s’approche de Santa Cruz, plus elle disparaît derrière des nuages bas et on ne distingue la côte que par la ligne blanche du ressac. La baie de Puerto Ayora s’ouvre enfin, encombrée d’une multitude de bateaux (petits paquebots de croisière, bateaux à moteur pour touristes, quelques plaisanciers…). On a du mal à trouver un endroit où mouiller avec l’évitage suffisant. La houle de sud-ouest, de 2,5 mètres à l’extérieur, entre sans obstacle dans la baie et fait danser les bateaux. L’inconfort est accentué par le va-et-vient incessant des taxis et des annexes des petits paquebots. Le fond de la baie est hérissé de rochers où la houle déferle. On le savait, mais quelle idée de construire un port ouvert aux vents et à la houle dominants!

Dès notre arrivée, notre agent Gustavo nous contacte par VHF et vient à bord pour nous donner des informations à la fois administratives et sur les excursions possibles. Nous savons que demain dimanche on ne trouvera pas grand chose.

Le débarquement des passagers se fait par de petits pontons glissants déglingués reliés au quai. Avec la houle, cela peut être scabreux. Combien de valises ont fini dans l’eau? Il règne en permanence une grande agitation, avec des hordes de touristes embarquant ou débarquant sous la surveillance des autorités. Car Puerto Ayora est la capitale touristique des Galápagos, du fait de la proximité de l’aéroport international de Baltra, petite île distante d’un bras de mer au nord de Santa Cruz. Les pélicans et les lobos sont indifférents à cette agitation.

Puerto Ayora est une grosse ville de 25 000 habitants avec deux avenues principales : sur Darwin, le long de l’eau, s’alignent de jolies boutiques, bars, restaurants ; alors que sur Baltra, on trouve des commerçants de toutes sortes, les tours operators, le marché. Au bar du coin, on retrouve avec plaisir l’équipage de Zounos qui effectue un changement d’équipage.

Le dimanche, presque tous les magasins sont fermés. On va se balader jusqu’au centre de recherche Charles Darwin qui abrite un centre de reproduction des tortues terrestres et des laboratoires. Après un délicieux ceviche au deck du restaurant Almar, on rejoint un tour operator pour une visite de 2 heures dans l’île. Le temps est encore complètement bouché, mais la présence de mousses sur le tronc des arbres témoigne de l’humidité permanente qui règne dans le centre de l’île.

Premier arrêt aux Gemelos, deux effondrements circulaires : le guide du parc nous explique qu’il ne s’agit pas de cratères mais d’excavations secondaires à l’explosion de bulles d’oxygène lors des éruptions volcaniques. Puis nous allons à un tunnel de lave qui s’enfonce sous terre et dont 400 mètres sont accessibles après avoir franchi en rampant un rétrécissement. C’est un tube ovale de plusieurs mètres de hauteur, très impressionnant.

La troisième partie de la visite se passe dans une propriété productrice de café pour observer les tortues terrestres dans leur habitat naturel. La qualité du guide, qui a pris son temps pour nous expliquer et répondre aux questions a compensé le caractère organisé en minibus de cette excursion. Les bêtes sont encore plus grosses qu’à San Cristobal!

Pour les jours suivants, il fallait choisir entre les nombreuses excursions proposées depuis Santa Cruz. Christine avait fait une fixation sur celle de Bartolomé, mais elle ne semblait pas disponible le lundi. Alors va pour South Plazza.

South Plaza

Traversée de l’île en bus par la seule route orientée sud-nord qui relie Puerto Ayora au débarcadère donnant accès à l’aéroport.

La majorité des excursions part du nord de l’île où une anse parfaitement abritée rassemble une flottille de bateaux d’excursion. Le nôtre s’appelle Santa Fé III et ressemble à un ferry miniature, avec un commandant tout de blanc vêtu et arborant ses 4 barrettes, 3 marins et un cuisinier.

Nous sommes surpris par la tenue du livre de bord, le moindre évènement étant consigné avec la plus grande précision.

Nous sommes 10, et notre guide Alejandro est particulièrement agréable. En première partie, snorkeling à la pointe nord de Santa Cruz, dans une baie abritée de la Punta Carrion : l’eau est chaude et claire et les poissons tropicaux nombreux. On rejoint ensuite les deux îlots de South Plaza, sur la côte est de Santa Cruz, pour un déjeuner à l’abri entre les deux îles. Un bon repas cuisiné sur place est servi à table. Puis on débarque sur l’îlot du sud. L’île est couverte de succulentes, rouges en cette saison par la présence de mélanine.

A l’ombre de la forêt des cactus Opuntia endémiques..

… la faune est très particulière et notre guide nous donne plein d’explications: iguanes terrestres d’un très beau jaune:

iguanes marins tout noirs et hybrides, mélange des 2, qui n’existent que sur celle ile:

lobos (otaries) dont on apprend les différences avec les phoques et qui polissent les rochers à force de se frotter:

nombreux oiseaux qui nichent juste à côté du chemin, boobies à pieds bleus:

nocturnal gulls à l’œil cerné de rouge:

puffins volant sans arrêt le long de la falaise pour empêcher les frégates de voler les œufs.

Ce site est vraiment exceptionnel, par sa beauté, la variété des espèces qui y vivent et la possibilité de les approcher de très près, constante des Galápagos.

Bartolomé

En insistant, nous obtenons que Gustavo nous y déniche une excursion. La seule possibilité est un bateau prétendu de « 1ère classe », pour lequel on casse la tirelire. L’intérêt de cette excursion tient à la beauté des paysages et à sa géologie dont notre guide, Andres, est un fin connaisseur. Après le trajet en bus jusqu’à l’anse nord, nous sommes accueillis par l’équipage d’un Sunseeker, bateau à moteur rapide de 50 pieds : moquettes, bois vernis, pas vraiment un bateau conçu pour ce genre d’usage. On rejoint à petite vitesse Bartolomé, distante de 20 milles sous un ciel nuageux.  L’ile de Bartolomé est spectaculaire : un paysage volcanique de roches noires, brunes et rouges, des cratères, dont certains effondrés ou submergés et un pinacle déchiqueté.

Andres nous fait gravir les pentes du volcan jusqu’au sommet en nous donnant plein d’explications sur les types de lave, les couleurs, l’embryon de végétation qui commence à coloniser la terre.

Du haut la vue est superbe sur les volcans de l’île de Santiago séparée d’un bras de mer de Bartolomé, et sur Santa Cruz au loin.

Une étrange végétation couvre le sol.

Le snorkeling au pied du pinacle est très beau, avec une rencontre insolite, un tapis d’étoiles de mer de toutes les couleurs.

Retour au bateau pour le déjeuner pendant lequel on longe la côte sud-est de Santiago jusqu’à l’ilot Sombrero Chino (en forme de chapeau chinois) où l’on débarque sur une petite plage.

Pendant que les uns font du snorkeling, on accompagne Andres pour une balade le long de la côte en observant la faune. Le lobo de service fait la planche avant sa sieste.

Les iguanes marins s’empilent pour se protéger du froid.

On n’en finit pas de voir des créatures bizarres, comme ces crabes fluos.

On quitte Santa Cruz, le lendemain sans avoir visité les plages alentour, mais on n’en peut plus de l’inconfort du mouillage et de l’agitation permanente. On donne rendez-vous à l’équipage de Zounos à Isabela.

2 restaurants à recommander sur Avenida Darwin, en front de mer : Almar, juste avant d’arriver au centre de recherche Darwin, et Bahia Mar, plus près du muelle.

Isabela

Mercredi 19 juin, fuyant l’agitation de Puerto Ayora sur Santa Cruz, on fait route vers Isabela au près bon plein, appuyé au moteur dans la journée pour ne pas arriver trop tard. On aperçoit les îles volcaniques des Hermanos au nord.

Au sud d’Isabela, l’îlot Las Tortugas est formé d’un cratère effondré au sud-ouest. Il y a une forte houle qui déferle sur la côte. Comme à Santa Cruz, le relief d’Isabela est totalement masqué par des nuages bas. L’arrivée à Puerto Villamil est blanche de déferlantes, mais le chenal est bien balisé. Derrière les îles sur lesquelles casse la houle, le mouillage apparait, d’un calme surprenant.

La carte étant très imprécise, nous appelons plusieurs fois Steven, notre agent, qui devait nous accueilir, sans réponse. Un seul bateau est mouillé là, un Lagoon espagnol. Enrique et Marcela nous mettent en garde contre la présence d’une multitude de roches à fleur d’eau à marée basse si on s’avance trop.

On continue prudemment, et on trouve un excellent mouillage dans 5 m d’eau d’excellente tenue, entre les îles et les hauts-fonds qui occupent toute la partie centrale de la baie, que la cartographie montre pourtant accessible. Un chenal non balisé permet aux petits bateaux à moteur de rejoindre un deuxième mouillage à proximité du quai.

La ville est distante d’environ un kilomètre, avec un tronçon central de 800 mètres d’une avenue somptueuse, pavée, inachevée probablement pour des raisons de crédits.

Puerto Villamil a un petit aspect de ville du far west, avec ses rues en terre battue.

Peu de voitures, tout le monde circule à vélo ou sur des motos hors d’âge. Une belle église très colorée borde la place centrale.

C’est le calme retrouvé après l’agitation de Puerto Ayora. Mais c’est une ville très touristique, avec ses nombreux tours operators, centres de plongée, bars et restaurants. Parmi les nombreuses excursions proposées, nous avons repéré Los Tuneles, réservée pour le lendemain via Steven.

Los Tuneles

Notre bateau s’appelle Cactus, 2 moteurs de 175 CV une dizaine de m de long.

L’excursion consiste à explorer des tunnels de lave sur la côte, 10 milles à l’ouest du port, d’abord en un snorkeling et plus loin à pied. La houle est encore très forte. En route, nous frôlons plusieurs raies manta gigantesques, plus larges que le bateau. L’accès au premier site est un peu scabreux du fait de la houle qui déferle, mais le captain rejoint sans difficulté une anse abritée où nous nous équipons. Bien que l’eau soit trouble et le fond herbeux, on est plongé dans un aquarium géant, fait de petits bassins entre les tunnels de lave qui communiquent par des passages étroits.

Sous l’eau, c’est un festival: des tortues géantes broutent à quelques centimètres de nos masques, deux hippocampes, des requins pointes blanches de belle taille sommeillant sous un aplomb, des raies aigles et une multitude de poissons multicolores.

En repartant après le casse-croute, le guide nous annonce que l’accès au deuxième site ne sera peut-être pas possible en raison de la houle et que c’est le capitaine qui décidera s’il peut passer. En effet un mur de déferlantes de plusieurs mètres de hauteur barre l’accès. Le bateau se met quelques minutes en stand-by juste avant les déferlantes et, après avoir étudié les trains de houle et fait quelques marche-arrière stratégiques, le capitaine met brutalement les gaz à fond, et passe à plus de 30 nœuds entre 2 déferlantes en synchronisant la vitesse du bateau aux trains de vagues. Passé cette muraille liquide, il ralentit à peine pour slalomer à quelques mètres des récifs affleurants, dont une seule morsure aurait envoyé Cactus par le fond.

Après ces émotions, on peut admirer un paysage grandiose de tunnels de lave en partie effondrés et inondés.

Un sentier sur les ponts de tunnels de lave permet d’approcher les fameux « blue-foot boobies »…

… et les rares pingouins des Galápagos.

Le retour est aussi spectaculaire que l’aller, le bateau s’envolant des vagues abruptes pour retomber dans les creux derrière, gaz coupés, sous les cris de terreur des passagers. Nous rasons un rocher isolé battu par la houle, pour voir les très darwiniens cormorans sans ailes (flightless cormorants), dont les ailes sont atrophiées car ils se nourrissent exclusivement de poissons pêchés en nageant.

A l’arrivée, le marin constate que la biellette de direction d’un des moteurs a lâché : on l’a peut-être échappé belle…

Après cette séance adrénaline, on décide de terminer tranquillement notre visite d’Isabela le lendemain et de préparer notre traversée vers les Marquises. Le marché municipal est minuscule, mais deux sympathiques marchands, Gloria et Nestor, nous proposent de prendre notre commande pour le lendemain, avec des légumes et des fruits frais qu’ils vont chercher dans une finca. Par contre viande et œufs viennent de Santa Cruz.

Tout ça nous laisse du temps pour une rando sur un sentier aménagé le long de la côte, entre la superbe plage et des lagunes.

Même dans cette zone proche des lieux habités, nous faisons encore de belles rencontres.

Le départ, prévu le samedi est reporté au dimanche : on rentre épuisés du marché, avec les caddies pleins préparés par Gloria et Nestor, après que notre agent nous ait fait faux bon pour nous raccompagner, grrr. D’ailleurs Steven, en dehors des formalités administratives dont il s’est occupé, ne nous laissera pas un souvenir impérissable, contrairement à Carmela à San Cristobal et à Gustavo à Santa Cruz.

Notre voisin Enrique a des problèmes de messagerie sur son téléphone satellite, que Michel n’arrivera pas à résoudre. Nous convenons d’un échange de SMS chaque jour, pour lui communiquer notre météo. Il part dans la matinée. Zounos arrive en fin d’après-midi, et nous nous invitons pour un sympathique dîner à leur bord. Nous faisons la connaissance des équipières embarquées à Puerto Ayora, et de Zézette, la poule qui a rejoint leur bord pour la traversée, dont ils espèrent avoir des œufs.

Dimanche 23 juin à mi-journée, nous quittons Isabela par tout petit temps de SE, direction les Marquises, 2880 milles à l’ouest.

3 adresses à recommander à Isabela : restaurant El Cafetal sur la place : cuisine équatorienne typique, délicieux ceviche ; restaurant Shawarma Hot au 1er étage : cuisine authentique et jus frais délicieux ; Bar Ukupama, qui vient d’ouvrir, tenu par un sympathique géant jamaïcain (qui a construit pendant 3 ans les meubles en bois massif!) et sa femme suisse allemande qui sert des cocktails originaux tout en allaitant son bébé! Bonne musique.

Bilan de notre séjour

Fallait-il s’arrêter : évidemment!

Quelle durée idéale? Nous sommes restés 10 jours, et nous considérons que c’est un bon compromis. On fait vite le tour des centres d’intérêt de San Cristobal. Les difficultés du mouillage de Puerto Ayora font qu’on n’a pas envie d’y rester trop longtemps. Seule Isabela aurait peut-être mérité un jour ou deux de plus.

Sur la frustration de ne pas pouvoir mouiller où on veut? Elle est réelle, mais on s’est fait une raison si c’est une condition de la préservation de cet écosystème exceptionnel.

A propos des tracasseries administratives? C’est sûr que l’état équatorien nous prend un peu en otages. On a eu beaucoup de mal à admettre d’avoir à obtenir un zarpe d’entrée et de sortie à chaque mouillage, et de le payer (cher), et de devoir payer le déplacement des officiels à Isabela.

A propos de notre agent (YachtGala)? Globalement, nous estimons avoir fait le bon choix. Il a l’avantage d’être représenté dans les 3 ports, en général très réactif, excellent à Puerto Barquerizo Moreno, très bon à Puerto Ayora, mais moyen à Puerto Villamil.

Et le budget? Nous avons fait 6 excursions, parfois très loin et durant une journée entière. Tout confondu (agent, formalités, excursions et guides), ça nous a coûté 1704 $ par personne.

Annexe 1: Géologie des Galápagos

Archipel volcanique situé à 1000 km de l’Amérique du Sud, au large du pays Equateur dont il dépend, en plein océan Pacifique à l’intersection de l’équateur et du méridien 90°, il est formé de 7 iles principales et de nombreux ilots.

Au plan géologique, les îles ont émergé successivement à partir d’un « point chaud » à l’intersection de 3 plaques tectoniques. Du fait de la dérive vers le sud-est, on trouve à l’est les îles les plus anciennes (Espanola et San Cristobal datant environ de 3 à 5 millions d’années) et à l’ouest les îles les plus récentes (Fernandina et Isabela, 700 000 années). Cette formation explique la différence d’aspect des îles : les plus anciennes, plus basses, façonnées par l’érosion et recouvertes d’une végétation très verte, les plus récentes, plus hautes, culminant à 1770 mètres, avec leurs volcans actifs, couvertes de cendres noires.

Le climat est sous influences multiples : les courants océaniques, notamment le courant de Humbolt amenant de l’eau froide de l’Amérique du sud ; le phénomène El Nino qui régit la température des courants de surface dans le Pacifique et entraîne des perturbations de température et de précipitations dans tout le Pacifique. Les eaux froides expliquent l’aspect des îles et la présence d’animaux, comme les otaries, que l’on ne trouve habituellement que dans les régions septentrionales. En théorie, il y a deux saisons : la saison chaude et humide de janvier à juin et la saison froide et sèche de juillet à décembre. Mais la saison sèche peut être la plus humide, comme on a pu le constater! Les eaux froides condensent et forment un épais brouillard sur les terres, la « garua » : Santa Cruz et Isabela étaient entièrement masquées par le brouillard alors qu’il y avait un grand soleil en mer, la végétation, sur les reliefs, étant complètement recouverte de mousses.

La flore est très différente entre les zones arides et humides et selon l’altitude. Certaines plantes sont endémiques, comme les cactus géants.

La faune si particulière des Galápagos serait venue de l’Amérique du Sud. L’isolement expliquerait qu’elle soit restée à un état primitif. Certaines espèces, dont les tortues géantes terrestres, les iguanes terrestres et marins sont endémiques. L’aspect « jurassic park » de ces animaux est vraiment saisissant. Les lobos forment des colonies très nombreuses sur certaines îles, particulièrement à San Cristobal.

Annexe 2 : Darwin

Charles Darwin, embarque à 22 ans comme naturaliste sur l’HMS Beagle pour un tour du monde de 5 ans, de 1831 à 1836. Après avoir passé plusieurs saisons à cartographier l’Amérique du Sud, le Beagle fait escale aux Galápagos à l’automne 1835. Pendant que le capitaine Fitz-Roy cartographie de façon très précise l’archipel,  Darwin débarque sur quelques îles, San Cristobal, Santiago, Floreana et Isabela. Il effectue des observations sur les formations géologiques des îles, la flore et la faune. C’est là qu’il identifie des différences morphologiques des plantes et des animaux d’une île à l’autre. Il met notamment en évidence la corrélation entre la forme des becs et le type de végétation dont les pinsons se nourrissent, les fameux pinsons de Darwin. C’est ainsi qu’il suspecte un mécanisme de sélection naturelle et d’adaptation des plantes et des animaux pour survivre. Il va élaborer sa théorie de l’évolution des espèces qui se transforment sur une longue période. Cette idée s’oppose à la création des espèces par une action divine, sans changement. A son retour, la publication de son journal de voyage « Voyage d’un naturaliste autour du monde » lui assure la célébrité. Mais ce n’est qu’en 1859 qu’il publie « L’origine des espèces » grâce aux observations réalisées aux Galápagos. Sa théorie de l’évolution est considérée comme hérétique par l’Eglise, ce qui le pousse à développer dans son livre une solide argumentation. Il n’est pas le seul scientifique à défendre cette théorie, comme un de ces confrères Alfred Russel Wallace. Son livre connaît un succès magistral et déclenche des polémiques scientifiques, philosophiques et religieuses. Par la suite sa théorie sera contestée par les découvertes génétiques sur les transmissions et les mutations.

Aux Galápagos, son souvenir est omniprésent : lieux géographiques, centres de recherche, monuments…

3 Responses

  1. Marchand Jean-Louis

    Beaucoup de préparation pour réussir un tel voyage ! Félicitations.
    Vous paraissez en pleine forme…
    Le pays me parait plutôt austère
    Amitiés
    Françoise et Jean-Louis

  2. JP & L Roux Levrat

    Quel plaisir de revoir les Galapagos et combien vous avez bien fait d’y faire escale .
    Quel étonnement de voir Christine boire un pot avec une otarie…

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