Marquises 4/4 : Sous la protection du Tiki souriant

Classé dans : Pacifique, Polynésie | 6

Janvier 2021 : déjà 18 mois que Spica est bloqué à sec à Hiva Oa. Quand nous avons pris l’avion pour la France en août 2019, nous avions un billet retour pour la fin de la saison cyclonique en avril 2020. Au programme : les Tuamotu, les Iles sous le Vent, Cook, Tonga, Fiji et une réservation pour passer l’hiver austral suivant à Whangarei, en Nouvelle Zélande. La suite est connue, avec les restrictions de déplacement liées à la pandémie : par 3 fois, nous avons essayé en vain de revenir à bord. Cette fois-ci, nous avons profité d’un créneau de 3 semaines pour venir voir l’état du bateau et faire de la maintenance. Nous sommes arrivés, avec nos 92 kgs de matériel, en passant par Vancouver, pandémie oblige, et après 2 jours d’arrêt à Papeete, pour attendre le bon vol pour Hiva Oa. Nous sommes repartis 2 jours avant l’annonce de la fermeture des frontières…

Nous avions réservé à la pension Moehau, à 20 mn à pieds du chantier. Son propriétaire, Georges, nous avait loué une chambre très agréable, sur une terrasse qui surplombe la baie d’Atuona. Le petit déjeuner et le repas du soir sont dimensionnés pour le gabarit marquisien moyen, donc un plat pour 2 suffit amplement.

Nous avions hâte de retrouver Spica. Il était caché derrière un enchevêtrement de bateaux, heureusement que nous n’avions pas l’intention de remettre à flot.

Sachant qu’un bateau souffre beaucoup plus à sec qu’à flot, c’est avec inquiétude qu’on fait le bilan. Globalement, pas de moisissures à l’intérieur, tout est resté plutôt sain. Les batteries moteur, sans charge, sont mortes comme on s’y attendait. Une aile du bimini textile n’a pas résisté aux averses tropicales. Un panneau de pont (Lewmar) s’est mis à fuir. Le contacteur de winch électrique (encore Lewmar) est en poussière sous l’effet du soleil. Une pompe de cale Whale s’est mise en marche sans raison (défaut très courant…), heureusement le chantier s’en est aperçu et a dû couper son câble d’alimentation. Et, curieusement, un bidon d’huile tranquillement posé au fond d’un coffre s’est fendu et vidé. Mais nous n’avons pas pu lever les doutes sur l’état réel des moteurs, ni des membranes du dessalinisateur. La dizaine de jours de chantier a été très pénible. Nous n’avions pas d’expérience de l’été austral, c’est redoutable, d’autant que le chantier est dans une ancienne carrière. Peu de vent et surtout un soleil intenable ont fortement ralenti le rythme.

Du coup, nous avons entrecoupé les travaux avec un peu de tourisme, à la recherche du Tiki souriant et des traces de Brel et Gauguin. Ce tiki se situe dans une vallée sur la route de l’aéroport. Malgré les explications de Georges (“prendre un chemin à droite au pied d’un manguier planté”) et un vague schéma au début du sentier, nous avons mis un peu de temps à le découvrir, ce qui en rajoute à son mystère. Selon Phil, sculpteur à Atuona dont nous reparlerons, la représentation de tatouages sur les oreilles pourrait laisser penser qu’il s’agit d’une femme, ce qui serait rarissime. Assez petit, il est en très bon état de conservation, isolé au pied d’un arbre, et gravé sur une pierre penchée. Tout est étrange, son sourire totalement inhabituel sur ce type de structure, ses yeux comme cerclé de lunettes.

Le musée Gauguin a la particularité de n’abriter aucune œuvre de Gauguin, bien que la quasi-totalité de sa production soit présentée, sous forme de copies, toutes réalisées par un couple de peintres talentueux, Claude et Viera Farina. La maison de Gauguin et son atelier, la célèbre “maison du jouir”, a été reconstituée à son emplacement initial, tout près du puits où ont été retrouvés les vestiges du passage de Gauguin, après que toute trace de sa présence ait été détruite après sa mort, persona non grata qu’il était.

Pour Brel, pas de musée mais un hangar qui abrite le fameux Jojo, son bimoteur baptisé du surnom de son manager et meilleur ami, Georges Pasquier, immortalisé par la chanson éponyme de son disque “Marquises”, qui contient la célèbre maxime : “Gémir n’est pas de mise aux Marquises”.

https://www.youtube.com/watch?v=OXjfZhDN

L’avion qui rouillait sur l’aéroport de Faa’a a été restauré par une poignée de fidèles. A son bord, il effectuait gratuitement des transports inter-îles et des évacuations sanitaires, qui en ont fait un héros local. Il embarquait voisins et amis, et des bonnes sœurs du couvent voisin parmi les plus intrépides, qu’il ne manquait pas de bien secouer en l’air, “pour les rapprocher de Dieu”! Quelques archives retracent sa carrière.

Nous quittons le fenua quelques heures avant le nouveau couvre-feu en France, sans bien savoir quand Spica pourra à nouveau naviguer.

6 Responses

  1. lobert

    Merci de ces nouvelles qui montrent que la pandémie ne fait finalement qu’allonger la durée de votre périple sans entamer votre volonté d’aller au bout de ce projet.
    Bravo.
    Philippe

  2. Marchand

    Beau challenge
    Un bateau c’est toujours de l’entretien
    Bonne continuation de votre navigation
    Amitiés
    Jean Louis

  3. Didier Clerc

    Salut les spica.
    Toujours passionnant tes comptes rendus.
    On a pose notre baluchon a terre et sans regrets quand je vois la situation compliquee de nombre de nos amis navigateurs.
    Portez vous bien.

  4. Jean-pierre Roux Levrat

    Vivement la suite avec Spica sur l’eau ,ses voiles et son équipage . Bon vent

  5. Claire Guihard

    Quel plaisir de lire à nouveau les aventures de Spica ! Bonne route Bon vent. Profitez!

  6. jean lemaistre

    Bonjour,
    Bravo et bonne continuation pour votre magnifique aventure avec hélas des contrarités inattendus !
    Bon vent
    Pascale et Jean

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