Tuamotu : Rangiroa

Classé dans : Pacifique, Polynésie | 2

Rangiroa n’est distant que de 75 milles d’Apataki, mais les contraintes d’entrée et de sortie des passes, ainsi que la durée du jour nous imposent une nuit en mer.

Sortis d’Apataki par la passe nord sur mer d’huile, on avance sur un moteur tout l’après-midi en longeant la côte nord de l’atoll d’Arutua. Situation conforme aux prévisions, qui annonçaient 5 à 10 nds de NE. Vers 4 heures, un flux faible se lève de SW, qui permet de dérouler le solent et d’avancer confortablement au grand largue, sous grand voile haute. Vers 5 heures du matin, pendant le quart de Michel, juste avant le lever du soleil, le vent monte instantanément à plus de 35 nœuds, avec de fortes rafales. Spica réagit très bien, mais pas le temps de se griser de vitesse, avant que quelque chose casse, l’affalage s’impose, une fois Christine réveillée, rapidement on s’en doute! Affalage pas si simple, la drisse de grand-voile quelque peu entortillée sur elle-même. Une fois à sec de toile, notre vitesse se stabilise à 5,5 nds de moyenne sur une mer qui se creuse étonnamment vite. Spica se comporte très bien, en restant parfaitement maniable à 35° de part et d’autre du vent, les vagues n’étant pas assez creuses pour nous entraîner dans des surfs incontrôlables. Ce cinéma dure jusqu’à l’alignement de la passe de Tiputa, où on arrive évidement trop tôt par rapport à l’étale de basse mer. Par prudence, on renvoie la GV au 2eme ris pour rester manœuvrant dans la passe, par vent de travers.

Il y a encore un fort courant sortant, des déferlantes sur la moitié est de la passe, à droite en entrant, des remous à gauche type Golfe du Morbihan, mais rien de dangereux.

Le soleil est revenu, le lagon est calme et on se détend!

Le seul mouillage est à droite de la passe devant le hameau d’Ohotu. Une dizaine de bateaux sont au mouillage, soit sur leur ancre, soit sur bouée. Le mouillage de Spica est un casse-tête pour trouver un évitage suffisant entre les autres bateaux, d’autant que l’eau n’est pas très claire et que les pièges ne manquent pas entre les patates de corail et les corps-morts abandonnés à moitié coulés. On finit par mouiller juste en face de l’hôtel de luxe Kia Ora avec ses bungalows sur pilotis.

Rangiroa est un atoll des plus touristiques, proche (en avion) de Tahiti, avec un mouillage principal mal protégé. Pour ces deux raisons, ce n’est pas le favori des voiliers.

C’est la plongée qui attire les foules. Le site est mondialement réputé, médiatisé par les films de Cousteau. Dans la passe de Tiputa; on peut plonger devant des murs de requins. De grands dauphins sont sédentarisés et font le show au milieu de la passe. Au moins 6 clubs de plongée se partagent cette manne et leurs semi-rigides, pleins de palanquées de plongeurs, sillonnent en permanence la passe, au milieu des déferlantes.

Le lagon est immense, deuxième lagon le plus grand du monde et le premier en Polynésie : toute l’île de Tahiti pourrait y entrer, presqu’île comprise:

C’est une véritable mer intérieure qui peut lever une mer très dure en cas de coup de vent. Le mouillage principal est au nord du lagon, orienté WNW – ESE. Il est bien protégé du NW au NE. Mais dès que l’alizé vient à l’est, le mouillage devient agité, totalement inconfortable par vent de SE, et dangereux au-delà, en particulier par mara’amu, ce vent fort de SSE qui accompagne les fronts dépressionnaires. Dans ces conditions, il y a un bon mouillage au sud, à Faama (l’ile aux Récifs des dépliants touristiques) mais il faut faire 18 milles au près dans la zone non hydrographiée pour y arriver. Les Sables Roses, au coin SE; sont encore plus loin (35 milles) et plus au vent. Il faut rajouter que la meilleure partie du mouillage a été supprimée depuis la mise en place de corps-morts locaux, imposant de mouiller assez loin de terre. Cela éloigne de l’abri (relatif certes) de la bande de corail qui prolonge la passe, et on se retrouve en plein milieu du trafic des clubs de plongée

Donc Rangiroa n’était pas sur notre short-list d’atolls à visiter. Mais il est sur la route entre Apataki et Tikehau. Alors nous y voilà.

Lili nous accueille pour le déjeuner, sur le quai, institution incontournable de Rangiroa. Dynamique jeune femme d’origine malgache, elle pratique une cuisine polynésienne aux parfums de son île. Le village d’Ohotu aligne sans charme les clubs de plongée et quelques petits commerces. Mais un endroit sort du lot : le deck qui surplombe la passe de Tiputa, dans la pension “Les Relais de Joséphine”. Depuis son fauteuil à siroter un verre, le spectacle de cette passe, dont la surface change de minute en minute en fonction des courants, est magique,

C’est décidé, ce sera snorkeling pour Christine, avec un club de plongée : mais les dauphins sont en retard et les requins occupés ailleurs. Pas de chance pour cette fois…

On varie les plaisirs avec une balade à vélo entre Tiputa et la passe ouest d’Avatoru. La route, presque rectiligne, suit les motus nord, reliés par des ponts.

On longe les pensions et hôtels cachés dans la verdure puis l’aéroport et, au bout, le village d’Avatoru très peuplé avec les commerces habituels, 15 km harassants sous un soleil implacable.

Des français se sont lancés dans la production de vin sur un motu de Rangiroa. Ils ont installé une cave de dégustation au bord de la route, fermée en journée. Pas grave, on a déjà donné, leur rouge est imbuvable, le rosé à peine meilleur et les deux blancs, bof… amateurs de bon vin, passez votre chemin. (par contre, leur rhum est correct).

Le lagon bleu est une des attractions de Rangiroa. C’est un petit lagon dans l’épaisseur du récif au coin sud-ouest de l’atoll. Après avoir lu des blogs de voiliers y ayant passé la nuit, on y part avec Spica. La traversée du lagon se fait au début en zone hydrographiée. Mais quand on s’approche du lagon bleu, la zone n’est plus cartographiée, les nuages s’épaississent et il commence à pleuvoir faiblement. Après avoir tourné 1 heure, la visibilité restant très mauvaise, on décide de renoncer pour être de retour au mouillage avec une lumière suffisante (on apprendra le lendemain qu’il y a un bon mouillage 1 mille plus au sud, sur du sable, juste devant l’entrée du lagon). Finalement cet aller-retour de 37 milles nous a pris la journée. Heureusement qu’on s’était donné un peu de marge pour mouiller avant le coucher du soleil car on s’y est repris à trois fois entre les patates et les corps-morts coulés!

Mais le petit aperçu du lagon bleu entre les cocotiers nous a laissé un peu frustrés. Alors on s’inscrit pour le lendemain à une excursion organisée. Ce sont les familles propriétaires  des motus autour du lagon bleu qui l’exploitent, avec des petits speed boats pour 10 personnes. Le lagon est assez grand, très peu profond et, avec un rayon de soleil, prend des teintes jaune pale, vert d’eau, turquoise.

C’est une nurserie de requins pointes noires au milieu desquels on se promène.

Sur le motu principal, des farés accueillent les touristes pour le déjeuner : thon cru au lait de coco, thon mariné cuit sur place au barbecue, poulet grillé, riz, pain au coco : un régal. Notre hôte nous laisse barboter dans l’eau et prendre des photos. Il revient avec des palmes de cocotier et nous tresse des chapeaux, pour une fois on sacrifie aux rites du tourisme! De retour au nord, la suite du programme comprend un snorkeling dans la passe d’Avatoru : les coraux sont plus jolis qu’à Tiputa, beaucoup de poissons multicolores mais pas de « gros »dans la passe. On termine par un thé dans sa famille qui habite autour du lagon vert, petite anse juste derrière la partie ouest de la passe d’Avatoru : l’endroit est très agréable, avec quelques maisons sous les cocotiers autour de ce mini lagon. En face, un beau motu occupe le centre de la sortie de la passe, il aurait été racheté par l’instituteur.

Finalement, notre impression de Rangiroa est plutôt meilleure que ce qu’on en entendait dire. Le problème, c’est que c’est très beau dans l’absolu, mais bien moins que plein d’autres atolls! Comme Tikehau, à suivre.

2 Responses

  1. Claire Guihard

    Un peu de couleur dans notre grisaille matinale, encore de beaux paysages dont on ne se lasse pas, ça fait du bien Merci

  2. LENZI JEAN-MARIE

    Donc ne soyons pas effrayés par les Grands espaces …
    Amitiés. JML

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