Iles Sous-le-Vent : Maupiti

Classé dans : Pacifique, Polynésie | 0

Séjours de juin 2022 et octobre 2025.

Cet article raconte 2 visites de Spica à Maupiti : une première courte et un peu frustrante en juin 2022 puis une deuxième plus longue fin octobre 2025, sans trop de contrainte de temps, sur la route de Mopelia.

Le bord droit de la passe par beau temps

C’est pourquoi l’île est longtemps restée repliée sur elle-même, loin de l’agitation des autres îles, avec un mode de vie à l’ancienne. C’est toutefois moins vrai depuis la construction de l’aéroport gagné sur le lagon en 1972 et les liaisons maritimes avec le catamaran Apetahi Express. L’île s’ouvre désormais frénétiquement au tourisme pour le meilleur et pour le pire, sous forme de très nombreuses petites pensions installées sur les motus de l’entrée et sur l’île principale, tout le monde veut sa part du gâteau.

Les voiliers retrouvent encore à Maupiti le caractère authentique de la Polynésie et le calme que Bora a perdu depuis longtemps. On verra que c’est aussi une bonne base de départ pour visiter Mopelia.

Les 2 fois, on bénéficie des conditions optimales : 8 à 10 noeuds de vent, pas de houle et une passe calme et facile à repérer avec son balisage latéral et ses deux alignements à suivre pour rester dans le chenal. On sait que si on déroge à la règle des 15 noeuds de vent et de 1,5 mètres de houle à ne pas dépasser, on risque de se retrouver devant des déferlantes et de devoir rebrousser chemin.

L’île se présente par sa falaise verticale de basalte surplombant le quai.

La première fois, avec nos amis Caroline et Philippe, nous mouillons devant le village, juste avant un beau grain.

tandis que la deuxième fois, on s’installe à gauche du chenal, à côté du motu Pitihaei, où nous retrouvons nos amis espagnols de Catarsis, Emilio et sa famille sur leur Outremer 55; et un autre Outremer 51, Umoya.

L’eau du mouillage du village est très trouble, alors que celle près du motu est limpide et turquoise, sur un beau banc de sable.

L’une des attractions de Maupiti, c’est l’ascension du mont Teurufaatiu qui culmine à 385 mètres. C’est un challenge et nous l’avons complètement foiré en 2022, en nous trompant de chemin, pour finir dans un sous bois pentu au milieu des barres rocheuses, avec seulement une vue partielle sur le village et son mouillage.

Nous sommes d’autant plus désolés pour nos camarades d’infortune Caroline et Philippe que la vraie ascension vaut vraiment le coup.

Cette fois-ci, nous rejoignons l’équipage de Catarsis de bon matin pour une revanche, en profitant d’un ciel encore pas trop chargé.

Malgré des passages vertigineux, munis de cordes d’escalade, on gravit le sommet, avec une vue époustouflante sur presque 360 degrés.

Côté sud, on surplombe l’éperon rocheux dans l’axe de la passe et les dégradés de bleus du lagon bordé des grands motus. Grace à une bonne visibilité, on voit très bien Bora Bora et plus loin Raiatea et Taha’a! On reste un moment à savourer le paysage. La descente par un autre chemin dans l’axe principal de l’île n’est pas vraiment plus facile avec un passage étroit sur une crête entre des à pics de part et d’autre. À l’arrivée on se remet de nos efforts par un délicieux déjeuner au restaurant Tarona, le seul de l’île. Sa carte est inépuisable, ses plats tous aussi délicieux et ses portions gargantuesques! Il va devenir notre cantine durant les deux séjours.

De l’autre côté de la passe le motu Tiapa’a accueille plusieurs pensions dont la jolie pension Papahani où l’on peut dîner, moyennant réservation, avec un bon buffet traditionnel. un superbe cadre et de beaux couchers de soleil.

Un peu plus loin sur le motu, une famille organise tous les samedis depuis 14 ans un four tahitien pour les touristes des pensions de l’île. C’est une véritable institution et nous nous retrouvons avec les équipages de Catarsis et d’Umoya avec une centaine d’autres personnes. Les plats sont authentiques, cuits dans des feuilles de bananier : poulet, porc, bénitier, uru (fruit de l’arbre à pain) ; fei (bananes plantain) comme légumes et, en dessert, un poe au potiron (sorte de flan au tapioca arrosé de lait de coco). Après le repas, concours de débourrage de noix de cocos et de lancers de cocos. Bon, on n’a pas participé à toutes les animations. Et on a eu de la chance car certains samedis, des speed boats viennent de Bora Bora, transportant jusqu’à 300 personnes!


Un peu plus loin, sur la langue de sable qui prolonge le motu, un lieu de rassemblement de raies mantas est connu comme « station de nettoyage », c’est à dire qu’elles se font débarrasser de leurs parasites par de petits poissons comme les labres ou les demoiselles. En Polynésie, les raies mantas sont considérées comme sacrées et nager avec elles est une expérience magique. Alors un matin on part en annexe et on repère le spot par la concentration de bateaux de prestataires. Et elles sont là aujourd’hui : 4 raies mantas, d’environ 3 mètres d’envergure, nagent en rond majestueusement en roulant et déroulant leurs nageoires pectorales, entourées des petites poissons multicolores. On ne bouge plus et on a la chance de les voir venir à notre rencontre!, moment magique!

Après plusieurs jours à lézarder sur le banc de sable, en route pour la ville. On retrouve le mouillage principal de l’île en face du village, sur un grand banc de sable dépourvu de patate de corail, juste devant l’église.

Le mouillage est très bien protégé entre le motu, l’île et un grand banc de sable affleurant côté sud-est. Le seul inconvénient est la turbidité de l’eau totalement opaque. La première fois, on nous avait dit que ça provenait d’un coup de vent récent qui avait brassé le sable très fin. Une rumeur invoque une réaction provoquée par les phosphates relargués dans le lagon par les maraîchages, on se saura pas…

Quelques bateaux nous entourent: il y a des voiliers de voyage, des« locaux » qui sont là depuis de nombreux mois, un professeur qui venu en voiler faire un remplacement au collège. Et grâce à l’invitation du bateau hollandais Amaryllis, on se retrouve tous à son bord pour faire connaissance autour d’un verre. C’est très sympa et cela fait longtemps qu’on n’a pas trouvé cette ambiance de partage au mouillage.

D’un coup d’annexe, on vient s’amarrer au ponton branlant devant la mairie, au cœur du village de Vaiea. C’est là qu’embarquent les passagers pour l’aéroport qui est construit sur le motu en face. Il y a une petite halle où on peut acheter des légumes 2 fois par semaine, mais il est conseillé de réserver si on veut en avoir et de se lever très tôt.

Le village regroupe une partie des 1300 habitants de l’île. Les maisons sont, pour beaucoup en mauvais état, avec la tombe de l’aïeul et sa maison en ruine donnant une impression d’abandon… Mais d’autres sont bien entretenues avec des jardins fleuris. Ici peu de boutiques mais des petits magasins où l’on trouve des produits de base. Lors de notre première visite, on loue des vélos à rétropédalage pour freiner, rustiques mais suffisants pour faire les 10 kms du tour de l’île.

Presque au bout de l’île, symétriquement au rocher face à la passe se trouve un deuxième rocher isolé. Ces deux rochers ont donné le nom à l’île: Mau pour figé et Piti pour jumeaux. C’est aussi le symbole de l’île: un pilon à double tête, le “penu”.


Plus loin on arrive à la belle plage de Tereia prolongée par un banc de sable peu profond donnant
une couleur jaune paille au lagon.

Tout le long de la route, on peut voir de nombreux marae qui témoignent de la présence polynésienne très ancienne. Le tour se termine par une côte impitoyable, suivie d’une descente vertigineuse qui met nos freins à l’épreuve.


En 2025, le même tour de l’île permet de sentir le développement en marche. On passe par un petit port aménagé pour les bateaux des prestataires et les habitants du motu en face. La route continue sur la côte sous le vent avec un gros village où on trouve un magasin et un glacier! Un peu plus loin on nous a indiqué la maison d’un sculpteur qui taille dans de la pierre basaltique des pendentifs en forme de « penu » à deux têtes, symboles de Maupiti. On bavarde un moment avec lui et sa famille et on repart avec des penu et des tas de légumes!

Depuis notre dernière visite, de nombreux Rbnb, des petites pensions et campings ont ouvert. On peut comprendre que c’est plus rentable, valorisant et moins fatiguant de développer de l’hôtellerie que de casser des noix de coco pour faire du coprah et vivre des subventions du pays.


Le lendemain on refait le tour en annexe sur ce lagon magnifique avec seulement 20 cm sous la coque à la pointe sud-ouest de l’île.

On peut s’approcher des grands motus couverts d’une végétation dense où se cachent des petites habitations et des pensions. À l’aéroport,ˋ une statue monumentale en pierre en forme de penu accueille les passagers. De magnifiques plages bordent les motus, avant de se retrouver dans l’eau profonde face à la passe.

On poursuit à pied jusqu’au quai de débarquement pour les cargos ravitailleurs et les deux navettes maritimes : le Maupiti Express qui n’a d’express que le nom;

et l’Apetahi Express, catamaran rapide qui relie Maupiti à Papeete via Bora et Raiatea tous les jours pendant le vacances scolaires.

On rentre par le bord de l’eau où de nombreuses barques sont remontées entre des poteaux pour ne pas stagner dans l’eau et rester protégées du ressac qui peut être dur, même dans le lagon. Elles ont une forme particulière : l’avant est plat pour passer partout dans le lagon peu profond sur les bancs de sable.

Contrairement à notre première visite où nous devions rentrer sur Bora, cette fois-ci, nous avons prévu de filer sur Mopelia, atoll dont tous nos amis nous ont parlé. On le verra, la production de coprah locale n’étant plus suffisante pour en rentabiliser le transport, plus de cargo et seuls les voiliers de passage et quelques pêcheurs casse-cou (100 milles de haute mer, quand même) peuvent assurer le transport des biens et des rares personnes.

Il est donc rituel de passer à la mairie pour savoir si notre trajet peut être utile. Et finalement comme deux autres voiliers font la route également, et sont chargés de matériel, Spica est sollicité pour amener Marcello, l’un des habitants de Mopelia qui fait des aller-retours entre Mopelia où résident en permanence sa femme Adrienne et une de ses filles Feimanu, et sa maison de Maupiti où il cultive son fa’apu. Et avec Marcello c’est une autre aventure qui débute, de celles dont on se souvient longtemps. Au prochain post.

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