Cuba 3/3 : Cienfuegos – Cayo Largo

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Cienfuegos

En cette fin de matinée, ça pulse pour avaler les 45 milles entre Casilda et Cienfuegos, avec 18-20 nœuds de suroit, grand largue, à l’ombre du bimini, devant une très belle côte, mais sur une mer couverte de sargasses.

On arrive à 17 heures au goulet d’entrée de la baie de Cienfuegos, ourlé de blanc par le ressac qui brise sur les falaises,un petit phare blanc sur la pointe est et une centrale nucléaire russe jamais achevée en face. Comme Santiago et sans doute Guantanamo et Havana, ces rades sont d’exceptionnels abris, modèle rade de Brest : un goulet très étroit qui s’élargit en une vaste rade parfaitement protégée.

Musique à fond sur les plages où une foule de gens se baignent. Plus loin un gigantesque panneau de bienvenue à moitié détruit : Bienvenidos Cuba Socialista, au pays des symboles, ça vaut son pesant de propagande négative!

Au fond du goulet, une forteresse du XVIII qui défendait l’entrée contre les pirates. Puis le goulet tourne à angle droit entre un joli village de pêcheurs coloré à gauche et un énorme hôtel stalinien à droite.

A la sortie du goulet s’ouvre une belle baie boisée au fond de laquelle se trouve Cienfuegos. La marina est un peu en amont, sur la Punta Gorda d’où émergent des palais rococos, comme celui du Yacht Club qui jouxte la marina, et son voisin la Casa Azul.

De nombreux bateaux sont au mouillage et sur les docks de la marina. Accueil assez policier, avec un dockmaster pour une fois peu accueillant. Il nous demande combien de nuits on reste (2), nous laisse nous amarrer en nous annonçant ensuite qu’on ne pourra rester qu’une, mais qu’il faudra voir avec son successeur le lendemain matin… On aurait peut être mieux fait de mouiller, mais c’est quand même pratique d’être à cet emplacement quand on reste peu de temps.

Beaucoup d’ambiance, plein de français qui prennent l’apéro au bar de la marina et les équipages des catamarans de location de la société Dream Yacht. Du Yacht Club juste à côté, des régates d’aviron et de rameurs rentrent. Les jets skis font du raffut… Une ambiance vraiment festive dont on a l’explication : c’est le bicentenaire de Cienfuegos et la ville est en fête!

Le soir, petite balade à pied à Punta Gorda, visite impromptue du Palacio de Valle où s’activent des ouvriers : c’est un palais construit au début du XXème siècle pour le richissime négociant en sucre del Valle Blanco, dans un style néo-mauresque inspiré des alcazars d’Andalousie. De la terrasse, vue sur la presqu’île et la baie.

Le lendemain, le harbormaster a changé on trouve vite une solution avec son successeur, vraiment très sympathique. Mais nous perdons pas mal de temps à la marina : plein de diesel qui impose d’aller retirer de l’argent en ville (la liaison téléphonique de la carte ne marchant plus), changement de place, un peu d’approvisionnement à l’épicerie de la marina bien pratique (merci aux loueurs qui sont sa clientèle principale et au marchand de légumes locaux installé à côté (trop cher), le tout sous une pluie battante, le frond froid est là. En conséquence, la visite de Cienfuegos sera assez superficielle.

L’après-midi nous remontons les 3 km du Malecon qui borde la baie et se prolonge par le Paseo del Prado, bordé de bâtiments néoclassiques à colonnades, plus ou moins bien entretenus, à la recherche d’un ATM.

La ville actuelle est récente, bien que la baie ait été découverte par Christophe Colomb au cours de son deuxième voyage. C’est un français, Louis de Clouet, qui la fonda en arrivant de Louisiane après la cession de celle-ci aux Etats Unis le 22 Avril 1819, il y 2 siècles jour pour jour. La ville a pris le nom du gouverneur de l’époque José Cienfuegos (rien à voir avec le révolutionnaire compagnon de Castro). Mais c’est le déplacement de industrie sucrière par la première guerre d’indépendance (1868-1878) qui amène les fortunes à Cienfuegos. Ils font construire de somptueux palais inspirés du style néoclassique parisien. La ville est qualifiée de Perla del Sur et a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Che est mis à toutes les sauces, comme celle de cette laverie pour les hommes « sans tache et sans peur », c’est vraiment n’importe quoi!

Le centre ville est piéton, et les scooters électriques sont très répandus, ce qui change de Santiago.

Une grande place rectangulaire, inévitablement baptisée Jose Marti, occupe le centre. A une extrémité un arc de triomphe, apparemment le seul de Cuba, à la gloire de l’indépendance cubaine. Autour des bâtiments élégants du XIXème siècle : Theatro Tomas Terry, Museo provincial, Catedral de la Purisima Conception, Casa de la Cultura, Palacio del Gobierno et Casa de Louis de Clouet.

Devant celles-ci, un gigantesque cuba libre se fabrique sous les applaudissement et les vivats « Cuba Libre! »).

On se promène dans les rues avoisinantes du centre ville, particulièrement calmes. L’état de l’immobilier est plutôt meilleur qu’à Santiago.

 

Une odeur de pain frais nous amène à une panaderia qu’on aurait sûrement pas trouvée en dehors de l’heure de la fournée.

Les cubains achètent le pain tout chaud à coup de carnets de rationnement, qui sont donc bien toujours d’actualité. La boulangère accepte de nous en céder contre quelques CUP, et il se conservera très bien.

Comme à Santiago où nous avons été surpris de voir beaucoup de symboles maçonniques, les francs maçons ont pignon sur rue.

En ce jour de fête, toute l’activité est concentrée sur l’avenue du bord de mer avec concerts en plein air, buvettes où la Cristal et la Bucanero (bières locales) coulent à flot, fêtes nautiques, marathon en soirée, vélos-taxis racolant le client. Le niveau de décibels est inégalé!

On se réfugie au calme au restaurant du Palacio de la Valle, extension de l’hôtel Melia voisin, dans ce cadre néo-mauresque étonnant.

Cayo Largo del Sur

Après avoir quitté Cienfuegos et ses fêtes du bicentenaire, on longe la limite qui interdit l’accès à la Baie des Cochons et empêche la route directe. En avril 61, la CIA alliée à des exilés cubains et à la maffia, imposait à Kennedy fraîchement élu un projet de débarquement visant au soulèvement des cubains de l’île contre Castro. L’opération mal préparée et sous-estimant les forces adverses fut un fiasco retentissant. 58 ans plus tard, la zone est toujours interdite, et surveillée par un navire militaire cubain!

On fait escale pour la nuit à Cayo Guano del Este, petite caye corallienne. Les russes y ont construit un phare extrait d’un album de BD, qui pare les dangers de l’archipel de Cayo Largo.

Après avoir traversé à la nage, petite discussion avec le gardien de phare, qui alterne 30 jours au phare et à terre. Solitude garantie. Il nous invite à visiter le phare avant de partir.

Mais le vent se lève en début de nuit, pour 25 nds de NE. Dans ces conditions, l’abri est précaire, car la mer fait le tour de l’île. En monocoque, la nuit aurait été intenable, pour nous, c’est juste inconfortable, même si Spica fait de belles embardées. Et au matin, pas question de répondre à l’invitation du gardien, malheureusement!

On longe la côte sud de Cayo Largo del Sur sous le soleil, dans un paysage de carte postale : plages de sable blanc bordées de cocotiers, petites paillotes, eaux transparentes et turquoise. Les skippers des catas de charter ont pour habitude de beacher, 10 m d’eau sous les safrans, le nez sur la plage.

On accède à la marina par l’un des deux chenaux qui contournent une île dans la mangrove (attention à l’accès par celui de l’est, qui passe sur un haut-fond non balisé).

La marina est adossée à la mangrove.

Elle est assez protégée des vents dominants, mais les places sont exiguës et les pontons flottants beaucoup trop court, ce qui rend les manœuvres scabreuses par vent traversier.

Pour une fois, il y a de l’eau à volonté. Tout ça se paie assez cher, 1 CUC par pied de longueur.

Le responsable incontournable du coin, c’est Pirie. A la fois maître de port, coordinateur de toutes les autorités, responsable touristique, en charge des plongeurs, multilingue (dont un anglais et un français parfaits), on se demande quand il dort! En tous cas, au coucher de soleil, il est toujours sur le pont, avec les autorités.

Son accueil est extrêmement chaleureux, et les formalités sont rapides.

C’est un autre visage de Cuba que l’on découvre, dédié au tourisme et finalement … très peu cubain. Cayo Largo est la destination des catas de location basés à Cienfuegos, bien entretenus par leurs skippers cubains. De nombreux hôtels les pieds dans l’eau y ont été construits, desservis par le deuxième aéroport cubain (c’est un bon point de départ pour faire une visite à Havana).

Au bout du ponton, la Taberna El Pirata sert un excellent mojito, et un honnête repas, dont les restes nourrissent des tarpons énormes un crocodile qui semble « apprivoisé ».

Il n’est pas très gros (dans les 2m quand même) mais ça ne donne pas envie de mettre un pied dans l’eau!

Le village a une certaine allure, car il est construit sous une belle cocoteraie. Il loge les employés des hôtels durant leur temps de travail dans l’île (ils habitent principalement à l’île de la Juventud, plus à l’ouest). L’isolement de l’île explique un certain relâchement des autorités : pour la première fois, on peut prendre l’annexe pour aller se baigner sur la magnifique playa Sirena, et rendre visite aux iguanes sur l’île en face.

Comme partout, José Marti veille, et ETECSA connecte au monde.

En 2 nuits, on a fait le tour. Il est temps pour nous de repartir direction Kuna Yala au Panama, avec une courte escale à Grand Cayman, pile sur la route à 150 milles au sud. Du moins c’est ce que nous imaginions, mais en bateau, l’aléa règne et prend un malin plaisir à bousculer les programmes les mieux préparés…



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