Women’s only!

Classé dans : La Grande Motte, Méditerranée | 1

Je navigue avec Michel depuis longtemps sur monocoque. Nous avons forgé notre expérience en famille le long des côtes bretonnes et en Europe de l’ouest. En 2006 nous avons fait une transat dans le cadre de l’ARC (Atlantic Rally for Cruisers) où des séminaires de préparation dans différents domaines étaient proposés : énergie,  sécurité, météo, avitaillement,  cuisine, enfants… et j’avais trouvé cela très formateur. C’est dans cet esprit que je me suis inscrite à la formation « Women’s only » proposée par Grand Large Services dont le but est le suivant :

« Votre formation 100% féminine : WOMEN’S ONLY – apprendre sans mon conjoint

Pourquoi ?

Une pédagogie différente

Oser, expérimenter dans un cadre sécurisé et bienveillant

Acquérir les compétences souhaitées sans contraintes

Bateau : Outremer 45’ ou Outremer 51’ (nouvelles générations) »

Le but de ce stage est de donner confiance aux épouses et compagnes qui partagent le rêve d’un grand voyage avec leur moitié, avec des réticences liées à la méconnaissance de certains aspects techniques du bateau. D’où ce stage sans les conjoints.

Le chef d’orchestre de cette formation s ‘appelle François Ruby, qui fait le grand écart entre l’accompagnement en montagne en ski de randonnée et la formation en voile.

Notre monture est un Outremer 49, Pura Vida, âgé de 4 ans, équipé de 5 winchs électriques, parfaits pour nos petits muscles. François a hissé deux pavillons dans les barres de flèches tribord : Uniform et Yankee, qui, conjointement, signifient : « je ne suis pas maitre de ma manœuvre ». Nous voilà décorés d’un signal qui doit, normalement, tenir les autres bateaux à distance, enfin, pour ceux qui connaissent le code international des signaux!

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François nous met en confiance en nous disant qu’on a le droit à l’erreur.

Notre groupe est très éclectique, de nationalité, d’âge et d’expérience nautique : Tracey australienne qui navigue depuis plusieurs années sur un monocoque, Julia allemande qui a peu d’expérience et l’envie de tout découvrir et moi française avec quelques milles au compteur ! Les échanges se feront principalement en anglais avec l’aide de Julia qui est polyglotte.

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La météo prévoit un mistral fort samedi se renforçant dimanche et nous ne sommes pas très rassurées. Mais comme François affiche une assurance et une sérénité absolue, nous lui faisons entièrement confiance.

Samedi matin, ça commence très fort : François envoie Julia en tête de mât pour passer une drisse. Puis on s’attelle aux manœuvres de port que François nous décortique en fonction de la direction du vent. Puis il nous confie les manettes pour que l’on puisse sentir les mouvements du bateau en fonction des commandes moteurs et de la position des aussières. Il n’intervient qu’en cas de danger pour nous ou pour le bateau. Cette méthode s’avère très fructueuse et nous recommençons plusieurs fois en changeant de rôle entre nous. Il faut voir l’air concentré de celle qui est à la barre, les sourcils froncés, l’œil rivé sur le vent, le quai et les 4 pointes du bateau ! Mathieu immortalise ces instants avec son drone qui a fort à faire avec le vent et les goélands qui attaquent ce drôle d’oiseau !

On hisse les voiles à la sortie du port, 2 ris dans la grand voile, par 20 nœuds de vent, au largue, direction Sète. Le programme initial de passer la nuit sur l’étang de Thau tombe à l’eau car l’un des ponts d’accès est en panne et nous nous trouvons une place à quai dans l’avant-port. On l’a échappé belle car le stage aurait été  compromis si on avait dû passer le dimanche dans le canal entre 2 ponts ! Soirée au resto pour nous remettre de nos premières émotions.

Dimanche matin le mistral a forcé, force 6 à 7. On profite de l’escale pour visiter Sète.  Détour par le marché où Tracey achète des tas de légumes en vue d’un curry de poulet pour ce soir. Ensuite nous longeons le canal où on assiste à une compétition de natation jusqu’au quartier de la Pointe Rouge, village de pêcheurs sur l’étang de Thau. L’étang fume sous l’effet du mistral.

Après cette petite parenthèse touristique bien sympathique, nous préparons le bateau pour affronter ce vent de 25 à 35 nœuds : foc de brise monté sur un bas-étai, 3 ris dans la grand voile. On n’en mène pas large ! La mer est toute blanche, le vent de secteur noroit, une mer peu agitée.

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Le bateau se comporte très bien au portant. Il fait un grand soleil et on est grisé par la vitesse du bateau. On se relaie à la barre jusqu’à Palavas où on mouille devant la plage pour déjeuner, à l’abri du vent qui a molli. Retour à La Grande Motte pour s’abriter d’une hausse de vent prévue dans la nuit. On a progressé sur la manœuvre d’accostage par rapport à la veille et des passants s’arrêtent sur le quai inquiets ou ironiques devant ces nanas à la manœuvre de ce gros engin ! Soirée inoubliable du curry de poulet mitonné par Tracey. On se couche épuisées. Je me demande si nous n’avons pas manœuvré en rêve toute la nuit…

Lundi matin cours théorique sur les manœuvres de virement et d’empannage à l’aide de petits bateaux de couleur. Ca fait un peu bataille navale mais le but est justement de ne pas faire couler le bateau ! Le vent s’est calmé pendant ce temps et c’est avec un beau soleil et une petite brise que nous sortons pour des manœuvres d’homme à la mer. C’est en effet la terreur de tout équipage réduit de réussir à remonter à bord le skipper tombé à l’eau. Nous larguons une bouée que nous ramenons à tour de rôle au bateau, d’abord au moteur puis à la voile, mais là, c’est une autre paire de manche ! Retour au port et dernières manœuvres d’accostage au quai puis entre les piles, filmées par Michel.

Ce stage a été riche en formation, chacune d’entre nous venant chercher des connaissances différentes. François a adapté sa formation au niveau de chacune pour nous faire progresser en nous mettant en confiance et nous donnant les bases pour continuer à nous poser des bonnes questions par la suite. La solidarité a été constante et l’ambiance excellente. On a croisé nos cultures différentes, Julia et sa rigueur germanique, Tracey et son art culinaire, moi et mon expérience de croisière. Merci à Julia pour sa traduction quand les mots en anglais se refusaient à nous. J’espère que nous nous recroiserons, sur terre ou plus probablement sur mer.

Nous avons beaucoup appris toutes les trois et je me sens plus confiante, pour ma part, notamment dans les manœuvres de port.

Merci François.

Christine

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One Response

  1. Claire guihard

    Super Christine, suis admirative! En plus c’est très agréable à lire. Bizzz

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